Zyed et Bouna, 10 ans après… rien

Zyed et bouna
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10 ans…

« Je suis écoeuré, déçu, dégoûté », le frère de Zyed a le visage grave en sortant de la salle d’audience. Dix ans après la mort de Zyed et Bouna qui s’étaient réfugiés dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois pour fuir un contrôle de police, les deux policiers poursuivis pour non-assistance à personne en danger ont été relaxés par le tribunal de Rennes.

En ouvrant mon compte Facebook ce matin, des dizaines de messages d’indignation défilaient dans mon fil d’actualité. La majorité d’entre eux témoignent de l’incompréhension du jugement, suivis par quelques phrases de soutien aux familles des victimes. Les messages qui m’ont particulièrement fait écho sont ceux qui se demandent si  le procès se serait déroulé autrement s’il n’impliquait pas deux jeunes de banlieue et des policiers. On connaît les dérives du contrôle au faciès que subissent les jeunes Français d’origine étrangère, Zyed et Bouna fuyaient d’ailleurs un contrôle de police alors qu’ils n’avaient manifestement rien à se reprocher. Je me demande aujourd’hui si l’affaire aurait traîné autant d’années si elle n’impliquait pas des policiers.

Autre fait marquant de l’affaire : un délibéré à charge contre les parties civiles selon les proches des victimes qui dénoncent un manque de soutien du Tribunal.

Le représentant des parties civiles, Maître Emmanuel Tordjman, a lui aussi déploré la décision du tribunal : « On ne reconnaît même pas judiciairement les statuts de victimes » aux familles.

Un manque de soutien dont témoigne Gaye Traoré, frère de Bouna, consterné  par la décision : « Malgré tout ce qui s’est passé, on a l’impression que c’est nous les méchants. »

La banlieue toujours autant clichée

Ce qui m’attriste d’autant plus, c’est de voir que 10 ans après, l’image négative des banlieues n’a pas vraiment évolué. Tous les deux mois sur M6, on a droit à un reportage sur les pseudo quartiers chauds de banlieue parisienne : trafic de drogue, délinquance et autres clichés anxiogènes d’un certain journalisme qui ne veut pas voir plus loin que les tours d’immeubles.

Durant la conférence de presse qui a suivi l’audience, un journaliste a demandé à Samir Mihi, un proche des familles et président de l’association Au-delà des Mots, si l’on risquait de voir des émeutes suite au jugement. « Arrêtez de prendre nos quartiers en otage », leur répond Samir, désabusé.

Alors c’est vraiment ça l’image que l’on a des banlieues en 2015, des jeunes qui passent leur vie à brûler des voitures ?

Quelle image cela renvoie aux jeunes habitants de ces banlieues ? Stigmatisés et sans cesse renvoyés à cette étiquette qui leur colle à la peau.

« Pourquoi on parle toujours des banlieues de façon négative ? », s’indignait ma sœur alors que l’on fustigeait le dernier reportage de Zone Interdite sur les “nouveaux ghettos”. « On montre jamais les gens qui se débrouillent, les exemples de réussite et pourtant on n’en manque pas », avait-elle regretté.

Un jour,  je me demandais pourquoi est-ce que l’on nous réduisait autant à nos origines, à notre lieu d’habitation, j’avais alors écrit un petit texte qui me fait d’autant plus sens aujourd’hui :

« Ils disent que la banlieue c’est le problème
Eux qui passent leur vie à la fantasmer
Cette terre où pousserait de la mauvaise graine
Selon leurs dires et leur réalité
Une réalité qui n’est pas la nôtre
Tant leur vision est stéréotypée
Touche pas à ma banlieue avec tes mots
Si c’est pour nuire et caricaturer
Ne nous réduit pas à un quartier
Comme si c’était nos papiers, notre identité
On n’est pas une masse homogène
Mais diverses personnalités
Touche pas à ma banlieue, sérieux
Tu crées des maux rien qu’avec tes mots »

Hawa, 23 ans, volontaire en service civique, IDF

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