Farah D. 14/02/2017

Non, Théo n’est pas un cas isolé

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Samedi 11 février, devant le tribunal de grande instance de Bobigny : un rassemblement de soutien à Théo, 22 ans, victime de violences et d'un viol présumé lors d'une interpellation par la police. Je m'y suis rendue.

Dans la rue, on n’a jamais contrôlé mon identité. Mais que des personnes de mon âge, pour des raisons qui ne leur appartiennent pas, aient à s’y soumettre régulièrement… Cela m’interroge.

Samedi, j’ai donc demandé à des jeunes de me raconter leur expérience de ces contrôles…

 

« Bien sûr que ça m’arrive, tous les jours même… Vous n’avez pas idée vous de ce que c’est…»

 

« Ils parlent mal, ils te traitent mal, ils te regardent mal… Une fois y en a un qui m’a demandé de lui dire mon club de foot préféré, je lui ai répondu PSG, il m’a dit ‘ferme ta gueule, tu parles pas, regarde par terre’, alors que c’est lui qui avait posé la question…»

 

« Une fois, mon pote était en scoot, le flic est passé à côté avec la voiture, il a commencé à lui donner des coups dedans, à lui rentrer dedans, mon pote a tellement flippé ! Ils ont failli le renverser. S’il était tombé, il serait passé sous la voiture. Et après, on nous dit que c’est à ces gens-là qu’on doit le respect ? Vous vous foutez de nos gueules ou quoi ?…»

 

 

« Je n’ai aucune confiance en la justice Madame. Ils vont rien faire aux flics qui ont fait ça, ils vont leur donner raison juste parce qu’ils ont l’insigne. C’est sûr. Nous, on aurait fait un truc comme ça, on serait déjà en taule. Garde à vue direct. Eux, ils font ça et ils rentrent chez eux. Ils en ont rien à foutre, on leur permet tout. Et là, on en entend parler, mais ça arrive tous les jours, tout le temps des trucs comme ça, et ça va pas s’arrêter, croyez-moi. Ca ne fait que commencer. L’histoire avec Théo, c’est une parmi tant d’autres ! Ils se croient meilleurs parce qu’ils ont la plaque, mais jamais on n’aurait pu faire un truc pareil nous, jamais… Et ici, on est en France. On est en France, vous trouvez ça normal ? »

 

En cinq ans, 80% des jeunes noirs et arabes affirment avoir été contrôlés

 

« Je pense que ça arrive beaucoup plus à nous, les noirs ou les rebeus, qu’à n’importe qui d’autre. Ils choisissent qui ils contrôlent, faut pas croire. Une fois, j’étais avec un pote blanc, ils ne lui ont rien demandé, c’est moi qu’ils ont contrôlé. Lui, ils n’en avaient rien à foutre. C’est sûr qu’on se fait arrêter à cause de nos gueules, ils nous détestent… »

 

« Les mecs qui ont fait ça en sont pas à leur première fois, c’est le même groupe de flics qui avait défoncé un de nos potes la semaine dernière. Ils lui ont mis la misère. Les mêmes gars je vous dis ! Et nous, on devrait se laisser faire et la fermer ? Faudra pas s’étonner qu’il y ait des représailles après, c’est tout. Si la justice ne fait rien, nous on va la faire… On n’en peut plus, moi je me suis barré plein de fois et j’ai fait ce tatouage en Afrique regardez… (Il montre un tatouage avec marqué «Afrique noire»), j’ai fait ça pour me rappeler à quoi j’appartiens vraiment parce que c’est pas ici qu’on nous respecte. Et franchement,  je dénonce tous les attentats qu’y a eu ici en France, mais je les comprends les mecs, je comprends pourquoi ils pètent un plomb dans leur tête et qu’ils veulent tuer tout le monde après… Je suis contre. Je dénonce. Mais regardez un peu ce qui se passe putain, et vous comprendrez pourquoi ils se barrent en Syrie et qu’ils reviennent pour défoncer tout le monde… J’en peux plus, j’en peux plus. »

 

« On n’a jamais fait de mal à personne. On fait notre vie tranquille dans notre cité et ils nous tombent dessus comme si on était des merdes et qu’ils vont essuyer leurs chaussures sur nous…»

 

« Il faut tout le temps être en alerte, faire attention à eux, ils peuvent te tomber dessus n’importe quand, n’importe comment…»

 

« Je dis pas qu’ils sont tous les mêmes, c’est pas du tout ça. C’est comme partout, il y a des gens bien et d’autres moins bien, alors chez les flics t’as des mecs cools… et t’as des pourritures. Mais eux, ils peuvent te mettre la misère sans aucune conséquence derrière et ça, ça me dégoûte. »

 

« Théo, c’est rien par rapport à tout ce qui se passe et qu’on ne sait pas. »

 

Farah, 21 ans, Paris

Crédit photo Flickr, ‘manifestation’, CC Patrick S. et Pixabay

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