Sarah B.16 mai 2017 3 mn

Des parents artistes, la belle vie ?

Pour beaucoup de personnes, le monde des arts et de la culture est synonyme d’ouverture d’esprit, de découvertes, de plaisir. Pour Sarah, vivre avec deux parents peintres n’a jamais été fascinant. Loin de là...

Par Sarah B.16 mai 2017 3 mn

Fille unique de deux parents artistes, les gens ont tendance à croire que je suis chanceuse, que je vois plein d’expositions, que j’ai la culture dans le sang… Mais être une fille d’artistes n’a pas été un avantage pour moi, bien au contraire. J’ai eu une enfance qui m’a semblé différente de celle des autres.

Petite, j’avais honte de mes parents parce qu’ils n’étaient pas comme les autres. Ils étaient un peu « perchés ».

Notre maison sortait de l’ordinaire, c’était une maison d’artistes. Dans mon salon, il y avait une grande bibliothèque avec beaucoup de livres. Des cerfs-volants pendaient du plafond tandis que les murs étaient recouverts de tableaux. Sur un mur, il y avait aussi un miroir cassé dont je n’ai jamais compris la signification. Je crois que seule ma chambre me donnait l’impression d’être classique.

Ma maison, c’était un peu la honte

Dès mon plus jeune âge, ma mère voulait absolument que je lise. Comme ce n’était pas mon truc, je mettais des marque-pages pour qu’elle ne s’aperçoive pas que je ne lisais pas.

Mes parents voulaient aussi que je dessine, comme eux. Mais je n’en avais pas le don ni l’envie.

Je trouvais que mes dessins ne ressemblaient à rien, je ne voulais pas dessiner. Je ne voulais pas faire comme eux. Je préférais être différente.

A 6 ans, j’ai compris que je ne vivais pas tout à fait comme les autres et que c’était un peu la honte. Un jour, j’ai invité pour la première fois une copine chez moi. Elle m’a fait remarquer que ma maison n’était pas comme les autres. Elle la trouvait bizarre et m’a avoué que tout ce qui pouvait se trouvait dans ma maison lui faisait peur, que ce soit les toiles de femmes nues ou les cerfs-volants pendus au plafond.

Depuis ce jour, j’ai caché ma vie à mes amies. Avant leur arrivée, je décrochais toutes les toiles pour les cacher dans l’atelier de ma mère.

J’essayais de faire en sorte que ma maison ressemble aux maisons de toutes mes copines, à la fois épurée mais avec une télé écran plat, parce qu’il n’y avait pas la télé chez moi. J’imaginais aussi qu’il fallait un salon blanc, simplement blanc.

Je n’avais pas non plus la même culture musicale que mes copines. Chez moi, on écoutait du Mozart ou du Beethoven, alors que chez elles, c’était Rihanna ou Mozart mais dans sa version opéra rock, pas tout à fait le même que celui que j’avais à la maison !

Je n’aime pas la peinture !

A 12 ans, la culture a conduit mes parents à se séparer. Et là, tout s’est écroulé. Mon père était jaloux des fréquentations artistiques de ma mère et des expositions qu’on lui organisait. Il ne s’était jamais vu proposer ce genre de choses. En tant que peintres, mes parents vivaient une sorte de concurrence malsaine.

Cette séparation m’a privée de mon père. Pourtant sa présence me semblait très importante pour mon éducation, et même pour mon bonheur. Il n’y a jamais eu un week-end où j’allais chez mon père et le week-end d’après chez ma mère. Là encore, on ne faisait pas comme tout le monde. Je vivais chez ma mère, point final.

Puis mon père est tombé dans cette maladie qu’on appelle l’alcoolisme. Mes relations avec lui ont empiré alors que j’en avais besoin pour me construire. J’ai dû le faire sans lui.

Il n’est plus l’homme que j’ai connu. Avant si soigné, élégant, toujours tiré à quatre épingles dans ses pantalons en lin et sa chemise bien repassée, ses cheveux  coupés court, aujourd’hui, il ne se ressemble plus. Il affiche désormais des cheveux longs, gris et tout bouclés, une barbe non entretenue… Quand je lui fais la bise, il pue l’alcool. Il s’est détruit et je n’arrive plus à me dire que c’est mon père.

Désormais, quand mes parents se croisent, ils se serrent la main.

J’en veux vraiment à mes parents de m’avoir forcée à aimer la peinture et d’avoir essayé de me donner leur culture. La peinture n’est pas quelque chose que j’aime, à cause de toute cette « merde ». Mes parents se sont séparés et mon père est malade, voilà ce que représente la peinture à mes yeux.

Je garde quand même une trace de cette éducation, je le sens dans le parcours que j’ai choisi, celui de la mode, un monde où il faut se montrer créatif… Comme eux !

 

Sarah, 18 ans, étudiante, Dijon

Crédit photo CC Marina Del Castel  // Flickr 

TAGS :