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Valentine W.28 décembre 2017

La vague #metoo m’a libérée

Féministe convaincue, je me suis laissée surprendre par les hashtags #balancetonporc et #metoo. Je ne pensais pas avoir tant de choses à raconter...

Par Valentine W.28 décembre 2017

« Si j’avais quelque chose à raconter, moi aussi je posterais un message sur Facebook. » Au début, en discutant autour de moi du phénomène #metoo, la situation me paraissait limpide : ni violée, ni « violemment » agressée, je n’avais pas vraiment mon mot à dire. Prise au piège de la comparaison de la gravité des situations, je pensais n’avoir aucune légitimité à m’exprimer : au nom de quoi pourrais-je déblatérer sur deux ou trois « t’es bonne » lâchés à mon encontre quand mes potes, victimes de viol, se refusent à prendre la parole ?

Et là, boum, prise de conscience : je tombe des nues et me rends compte que j’ai occulté tout un pan de ma vie (certes brève, j’ai à peine 21 ans). Loin de ne « rien avoir à raconter » je m’aperçois qu’il m’est arrivé des dizaines de trucs qui rentrent carrément dans la case harcèlement/agression.

Un souvenir en appelant un autre, c’est l’effet boule de neige : tout remonte d’un coup. Mon boss dans un bar qui me met des mains aux fesses et m’explique que « c’est comme ça que ça marche ici ». Un mec dans le RER qui m’attrape l’entrejambe puis déguerpit en éclatant de rire, regarde les portes se fermer, et me tire la langue depuis le quai. Un voisin de vol long-courrier qui me caresse la cuisse quand il me croit endormie. Un autre qui fait semblant d’être ivre pour essayer de me lécher le visage – lui aussi me pensait dans les bras de Morphée. Et c’est sans compter les dizaines d’insultes, de remarques indésirées et d’ultimatums violents du genre « tu sors pas de ce tram tant que j’ai pas ton numéro, et je t’appelle pour vérifier que tu m’as donné le bon. »

Des épisodes effacés de ma mémoire !

Ce qui me frappe c’est que, malgré mes convictions féministes, j’avais complètement effacé de ma mémoire tous ces épisodes. Je trouve surréaliste d’avoir à fouiller dans mes souvenirs pour faire resurgir des histoires qui devraient sauter aux yeux.

Avec du recul, j’associe ce décalage entre les faits et ma perception des faits à une carence : on souffre d’un manque cruel d’éducation au consentement. « On » car même moi, féministe convaincue, pétrie d’idéaux sur le consentement et élevée dans une famille sensible au combat pour l’égalité des droits, je suis passée à côté de l’étape 1 de la cause : moi. Et si je suis aveugle au viol et au malmenage de mon propre consentement, je crains que des milliers de femmes, malheureusement, le soient aussi.

En un battement de cils, j’ai donc sorti mon clavier, ouvert l’onglet Facebook, et ai raconté d’un bloc mes souvenirs fraîchement retrouvés. Cela, dans l’espoir qu’ils fassent écho chez d’autres femmes qui, elles aussi, auraient enfoui le consentement au fond de leur poitrine.

Rapidement, je me suis confrontée à un paradoxe : mes centaines d’amis sur Facebook avaient tous accès au récit des agressions dont j’avais fait les frais, mais mes propres parents n’en savaient rien. J’avais longtemps pensé que leur raconter ce qui ne regardait que moi serait pour eux une source inutile d’inquiétude. Mais là, j’ai sauté le pas. J’ai leur ai fait lire mon post Facebook, et ils ont tous les deux halluciné. D’abord choqués par ce que je racontais, ils sont carrément tombés de leur chaise quand ils ont compris que ce récit parlait de moi. S’ils avaient peur que je me fasse agresser en soirée, ils n’avaient jamais envisagé le fait que la rue aussi soit un milieu hostile pour une jeune femme.

Ce manque d’éducation était donc un problème à double fond : je n’avais pas été éduquée au consentement et au harcèlement sexuel – car mes parents ne l’avaient jamais été non plus.

 

Valentine W, 20 ans, étudiante, Paris

Crédit photo Pixabay // CC0 Geralt

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