Loris M.

Loris M.20 septembre 2017

Mon lent abandon de l’école

Pour sa dixième édition de la Journée du refus de l'échec scolaire (JRES), l'AFEV a choisi le thème du climat scolaire. En quoi influence-t-il la réussite scolaire des élèves ? Un premier élément de réponse avec le témoignage de Loris, 17 ans, qui a connu l'ennui et l'échec...

Par Loris M.20 septembre 2017

Je suis en échec scolaire depuis le collège, et même un peu avant, car rester assis et écrire les cours, avec toujours les mêmes professeurs et la répétition… Ça me casse les couilles.

En fin de troisième, je me suis orienté vers un CAP Staffeur ornemaniste, l’un des nombreux métier du bâtiment. Tout me plaisait : les cours d’informatique, de mathématiques, d’arts plastiques, l’ambiance des cours, l’atelier… Seulement, vers le milieu de l’année, la formation a commencé à moins m’intéresser. La routine commençait à s’installer, les cours que j’adorais avant me gonflaient.

Les profs étaient intéressants, mais leurs cours sonnaient faux à mes oreilles et j’ai fini par ne plus les écouter.

Je ne peux pas rester immobile à ne rien faire à un endroit, et si on me parle trop longtemps, je finis par décrocher.

Beaucoup trop d’absences non justifiées

Les profs me parlaient, mais je ne les écoutais donc pas, car la formation ne me plaisait plus réellement. J’ai ensuite commencé à sécher les cours. Je ne me sentais plus à ma place au sein de ma classe, comme… rejeté.

J’étais toujours seul, je m’éloignais des gens de ma classe car ils se moquaient tout le temps de moi et, à la longue, j’ai commencé à déprimer.

A la fin de l’année, mes parents et moi avons été convoqués chez la CPE pour savoir ce qui n’allait pas.

Elle a expliqué à mes parents que je séchais beaucoup trop et que, normalement, j’aurais déjà du être exclu. Puis, elle a commencé à me poser quelques questions pour savoir pourquoi ça ne me plaisait pas. Elle a proposé de me changer de filière et j’ai accepté. J’ai changé de cursus en restant dans le même lycée.

Vu que, d’après certains de mes amis, j’étais doué sur l’ordinateur, j’ai tenté le CAP signalétique, enseigne et décor, un métier où on fabrique des panneaux ou on décore des voitures pour des entreprises. Le CAP m’a plu.

Poussé à se dépasser

Néanmoins, dès le début de l’année, mon prof principal s’est défoulé sur moi, notamment en me ciblant quand mon travail était médiocre et qu’il fallait un exemple. Il venait souvent me voir pour critiquer mon travail pendant les heures d’atelier.

Ça me soulait alors j’ai décidé de le faire chier à mon tour en ne faisant pas mes devoirs, en ne travaillant pas en cours et en séchant à nouveau pour qu’il me lâche un peu. Je me suis finalement fait virer de mon lycée…

L’Afev organise depuis 2008 la Journée du refus de l’échec scolaire (JRES), l’occasion de valoriser les pratiques (dans et hors de l’école !) de lutte contre cet échec.

En revenant un jour pour voir une amie, je me suis rendu compte que ce prof, avec qui je m’engueulais, était sympa et me poussait simplement à donner le meilleur de moi-même et à me surpasser via la provocation.

Quand je l’ai revu, il s’est intéressé à moi. Il m’a demandé ce que je faisais, ce que j’étais devenu et si j’allais bien. Je n’ai pas gardé le contact avec lui, mais je sais où le trouver si j’ai envie de lui parler.

Le système scolaire français est loin d’être parfait. Évidemment, c’est aussi de ma faute, je ne travaillais pas en cours, je ne pouvais pas avoir de bonnes notes, et cela m’a amené à être en échec scolaire. Le système ne m’a pour autant pas aidé à remonter la pente, donc j’ai pris de plus en plus de retard et accumulé les lacunes.

Mais tout n’est pas perdu. Aujourd’hui, je suis en formation en école de la deuxième chance.

 

Loris, 17 ans, stagiaire à l’Ecole de la 2ème Chance, Chelles

Crédit photo Flickr, School memories, CC Lehman_11

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