Maeva T.

Maeva T.28 avril 2017

Etudiante en journalisme à Marseille, j'aime observer le monde et ma ville et les raconter tels que je les vois.

Lettre à un sexiste ordinaire

Regards insistants, réflexions déplacées, gestes irrespectueux... Je n'en peux plus de subir le sexisme ordinaire. Aujourd'hui, messieurs, je vous l'écrit !

Par Maeva T.28 avril 2017

Cher sexiste ordinaire,

Par la présente, je vous adjoins de me rendre tout ce qui m’appartient en tant que femme et que vous m’avez subtilisé en toute impunité au fil des siècles derniers. Afin de rendre cette tâche la plus réalisable possible, je vous propose un état des lieux de ces biens dont j’exige la restitution immédiate.

En premier lieu, je vous ordonne de me rendre ma liberté à l’occasion d’un acte qui se reproduit chaque matin de mon existence : m’habiller.

Ainsi, j’attends simplement de vous une indifférence qui serait bénéfique pour tout un chacun. Ne vous préoccupez pas de mon choix de porter une jupe qui révélerait le subtil mécanisme d’articulation dont sont pourvus mes genoux. Passez outre le fait que je choisisse de soustraire de votre regard mes cheveux au moyen d’un foulard. Faîtes de même si je les laisse à la merci des courants d’air. Cessez de vous tracasser si mon décolleté a l’audace de rappeler au monde comment sont faits les corps dotés d’une double ration de chromosomes X. Après tout, ce ne serait qu’aligner nos règles du jeu.

En effet, pour ma part, je ne m’accorde pas le pouvoir de me prononcer sur vos choix de chemises, t-shirt ou autre accoutrement aussi douteux qu’il soit.

Enfin des relations saines !

En second lieu, vous êtes prié de me restituer mon droit à circuler paisiblement dans l’espace public. En d’autres termes, j’apprécierais de ne plus avoir à essuyer vos remarques graveleuses ou tout autre commentaire concernant ma démarche, mon absence de sourire ou le diamètre de mes hanches ou tout autre partie de mon corps, qu’au demeurant je n’ai pas choisies.

Vous cesserez ainsi de souffrir de mon indifférence et n’aurez plus à mendier pathétiquement un « merci » en réponse à vos compliments qui n’en sont la plupart du temps pas vraiment.

Vous économiserez vos efforts de créativité et pourrez les dédier à d’autres activités bien plus louables telles que la peinture, l’écriture ou la pratique d’un instrument de musique.

En troisième lieu, j’aimerais récupérer mon droit à des relations saines avec les êtres humains en dépit de l’arbitraire de la génétique. S’il est besoin d’illustrer, je souhaiterais pouvoir discuter avec vous, voire même boire un café en votre compagnie sans que vous en tiriez la certitude tenace de ma disponibilité sexuelle. L’idéal serait même que vous ne vous posiez pas cette question, à moins d’être effectivement nourri d’un sentiment d’amour, ce qui n’est la plupart du temps pas le cas. Ou alors peut-être souffrez-vous de troubles de l’attachement, auquel cas je vous invite à consulter un spécialiste dans les plus brefs délais. Aussi, notez bien que l’obtention de mon numéro, même par les moyens les plus loyaux qui soient, ne constitue pas un permis de me harceler de textos, messages facebook, appels ou tout autre moyen de communication moderne, à toute heure du jour ou de la nuit.

Libre d’être ce que vous êtes

En quatrième lieu, j’exige de retrouver l’ensemble de mes droits sur une dotation dont vous êtes dépourvu et que je vous soupçonne parfois de jalouser : mon utérus.

Vous êtes tenus de ne plus vous prononcer sur mon choix de féconder ou non cet appareil ainsi que sur ma décision d’avorter le cas échéant.

Chose qui, si sensible et dramatique qu’elle soit, se déroulerait bien mieux à l’abri de vos injonctions paternalistes.

Merci par ailleurs, de me restituer la différence qui sépare mon salaire du vôtre, l’intérêt pour ma virginité et ma vie sexuelle dans son ensemble, mon droit de n’être pas parfaite et d’échapper à vos dictats de beauté ainsi que le droit qu’un « non » issu de mes cordes vocales soit compris comme un refus et non comme une provocation aguicheuse.

Enfin, vous veillerez à jeter aux flammes de l’oubli les préjugés que vous portez à mon égard et qui nuisent gravement à vos capacités cérébrales. Parmi les cendres de ce brasier, j’espère aussi trouver celles de la culpabilité que vous avez toujours fait peser sur nos épaules, d’ailleurs bien plus résistantes que vous ne pouvez vous le figurer. Quand ce feu se sera consumé, pensez à bien balayer tout ce qui en restera. Alors vous comprendrez que vous aussi serez plus libre. Libre d’être ce que vous êtes. Libre d’exprimer votre sensibilité. Riche des êtres autour qui, redevenus pleinement humains à vos yeux et non plus réifiés, sauront rendre votre monde plus beau. Car le respect des droits et libertés des femmes ne sont pas qu’une affaire de femmes. Ils sont l’avenir de tous.

 

Maëva, 24 ans, étudiante en journalisme, Marseille

Crédit photo Flickr // CC Laura Hadden

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