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Elisa D.27 décembre 2020

Je me battrai comme ma mère

Pour que j’arrête mes bêtises, ma mère m’a raconté son passé. Arrivée de Guinée-Bissau, elle s'est battue pour réaliser ses rêves. Quelle leçon !

Par Elisa D.27 décembre 2020

Vers le milieu de la cinquième, à la bêtise de trop, ma mère m’a remis les idées en place. On était dans la voiture, elle était venue me chercher à la sortie des cours et elle était triste à cause de ma bêtise. « Avec ton père, on t’a donné plein d’opportunités que nous n’avons pas eues à ton âge. » Elle m’a lancé ça en me regardant dans les yeux avec un regard triste.

La sixième, c’était mon année sombre au collège. J’étais une élève pas très sérieuse. Je bavardais en classe, je mentais à mes parents à propos de mes notes, je signais mes évaluations à leur place et j’avais beaucoup d’heures de colle. Plus le temps passait, plus c’était pire. À la fin de l’année, j’avais fait quelques efforts mais mes parents n’étaient toujours pas satisfaits.

Elle devait s’occuper de ses frères et sœurs à côté de l’école

Alors, ce jour-là, elle s’est mise à me raconter son parcours. Son immigration près de Mantes-la-Jolie avec ses parents et ses frères et sœurs quand elle avait 7 ans. Leur départ de Guinée-Bissau parce qu’il n’y avait pas d’école et qu’ils n’avaient pas beaucoup de moyens. Ses difficultés à travailler à l’école car elle devait s’occuper de ses frères et sœurs. D’autant plus qu’elle n’avait pas d’aide : mes grands-parents travaillaient tard et parfois ma grand-mère repartait en Afrique pour plusieurs semaines.

Fatima Ouassak est politologue et co-fondatrice du Front de Mères, un syndicat de parents qui lutte contre les discriminations et violences subies par les enfants. Invitée sur France Inter, elle propose de « politiser la figure des mères des quartiers populaires pour faire basculer l’ordre établi qui menace, attaque, voire tue leurs enfants ».

Mais elle s’est accrochée. Elle n’avait pas beaucoup de temps pour travailler sur ses cours, mais elle a quand même réussi à avoir quelques résultats. Vers la fin de son année de lycée, elle a partagé son envie de travailler dans la santé à la conseillère d’orientation. Celle-ci lui a fait comprendre que ça n’allait pas être possible et qu’elle devait plutôt se diriger vers des petits boulots comme caissière ou femme de ménage…

Elle s’est mise à travailler mille fois plus

À mon avis, c’est évident et j’en suis sûre, la conseillère lui a dit ça parce qu’elle est issue de l’immigration et qu’en plus de ça, elle est noire de peau. Ça m’a foutu la haine car je pense que c’est à cause des gens comme cette conseillère d’orientation que les personnes issues de l’immigration doivent se battre beaucoup plus que les autres pour réaliser leurs rêves.

Ma mère, c’est à ce moment qu’elle a eu la rage. Elle s’est mise à travailler mille fois plus pour devenir infirmière. Quelques années plus tard, elle est devenue ce qu’elle souhaitait et aujourd’hui, encore mieux, elle est cadre de santé au Centre hospitalier intercommunal de Meulan-les-Mureaux ! Ça veut dire qu’elle est chargée d’encadrer d’autres professionnels de santé comme les infirmières, les aides-soignants.

Ma mère n’a pas eu les mêmes chances que les autres

Lorsque ma mère m’a appris tout ça, j’étais bouche bée. Triste qu’elle n’ait pas eu les mêmes chances que les autres, mais quand même très admirative. Ça m’a permis de réaliser que, pour atteindre ses objectifs, il faut se battre à fond. J’ai compris aussi que, lorsque l’on est une personne en difficulté (sociale ou financière) ou avec des différences que tout le monde n’accepte pas forcément (couleur de peau, religion…), il faut se battre davantage.

Durant sa scolarité à Mayotte, Memphis n’a jamais réussi à lire ou à écrire. Moqué par ses camarades, ignoré par ses professeurs, il a quand même décidé de s’accrocher. Ce n’est qu’en arrivant à Marseille qu’il a trouvé une association pour « soigner » ses difficultés.

Après cette discussion avec ma mère, mon comportement n’a pas totalement changé à l’école mais j’ai quand même fait des efforts par rapport à mes bêtises. Plus tard, je voudrais être architecte d’intérieur. Dans mon collège, nous n’avons pas de conseiller d’orientation mais lorsque l’on a dû faire un « exposé » sur notre futur professionnel, les profs m’ont dit que c’était un très bon métier.

Comme ma mère, je compte bien me donner les moyens pour atteindre mes objectifs. Et faire taire les gens qui disent que ce n’est pas possible. Comme je le dis tout le temps : « On s’en fout de ce que pensent les autres. »

 

Élisa, 14 ans, collégienne, Mantes-la-Ville

Crédit photo Unsplash // CC Chayene Rafaela

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