Haby

Haby25 août 2019

L’éducation, c’est ma vie.

Au Sénégal, même diplômé.e, difficile de travailler

Au Sénégal, je m’inquiétais pour mes perspectives d’avenir. Alors j'ai décidé de me former, aujourd'hui, en France, pour retourner travailler dans mon pays demain.

Par Haby25 août 2019

Je suis arrivée à Paris le 2 septembre 2018 avec un seul but : étudier et avoir un diplôme pour pouvoir travailler. Parce que, au Sénégal, même si t’as le bac, c’est difficile de travailler. Y a pas beaucoup d’entreprises et il faut avoir un niveau genre bac +4 ou plus. Les personnes qui travaillent là-bas sont étrangères, de Côte d’Ivoire ou d’autres pays d’Afrique. Elle ont les mêmes diplômes que nous, mais au Sénégal, le niveau est moins bon, donc les entreprises sénégalaises embauchent rarement des gens du pays.

Dans les écoles, on parle plus wolof que français

Dans les entreprises, ils cherchent quelqu’un qui s’exprime bien en français pour parler correctement avec les clients. Mon oncle, il a eu un bac +4, il a voulu postulé dans des entreprises mais on ne l’embauchait pas à cause de son niveau de français. Au Sénégal, on parle pas très bien le français. À l’université, il y a des profs, ils te parlent wolof. Les cours sont en français, mais des fois, le prof mélange avec le wolof. On parle plus wolof que français. Il y a des écoles privées où ils ne parlent que français, mais dans le public, c’est du n’importe quoi. En Côte d’Ivoire, ils ont un meilleur niveau. En troisième, j’avais une amie ivoirienne, elle maîtrisait bien et elle avait des meilleures notes que nous.

Au Sénégal, le français est mis sur la touche, au profit du wolof. Langue la plus parlée du pays, le wolof est de plus en plus utilisé au sein des établissements scolaires et dans les médias. Un article TV5 Monde.

Pour moi, étudier et avoir un certain niveau sans pouvoir travailler, c’est comme si j’allais à l’école… pour rien. Quand un de mes frères a eu son bac, il a galéré et n’a même pas trouvé de travail. Il a cherché dans le marketing et la communication pendant un an. Du coup, il est venu ici, en France, pour trouver du travail. Ça fait maintenant trois ans qu’il travaille, dans un autre métier.

Grâce à la MLDS, je vais pouvoir continuer mes études

C’est pour toute ces raisons que je ne voyais pas d’avenir au Sénégal. Il y a quand même des Sénégalais qui travaillent mais plus dans des métiers manuels, comme l’électricité. C’est plutôt des hommes. Pour les filles, c’est plus difficile. Souvent, elles passent par la France pour passer leurs BTS [Brevet de Technicien Supérieur], puis parfois elles retournent au Sénégal trouver du travail. C’est ce que j’ai décidé de faire moi aussi.

Quand je suis venue ici en France, j’étais heureuse. Je me suis dit : « Ça va, mes problèmes sont résolus. » Mais ça n’a pas été le cas. Comme j’ai un visa temporaire, je ne peux pas étudier. La date de mon visa est passée et j’ai pas d’autorisation de travail non plus.

C’est pas facile aussi parce que j’ai 18 ans et ici, à cet âge, tu devrais être en terminale. Au Sénégal, j’étais en seconde générale. Le 18 octobre 2018, j’ai fait des tests au CIO [Centre d’Information et d’Orientation] d’Aulnay-sous-Bois pour déterminer mon niveau scolaire et c’était difficile d’obtenir des réponses. En français, j’avais quelques difficultés, en maths ça allait… J’étais stressée en attendant les résultats, alors quand on m’a appelée pour me dire que je pouvais commencer à étudier à la MLDS [Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire], c’était comme si un rêve se réalisait. Parce que j’avais déjà été refusée dans un autre lycée à cause de mon âge.

Djamel a quitté l’Algérie pour étudier en France. Malgré les lourdeurs administratives et la difficulté à se faire des amis, il retient surtout de son expérience la satisfaction de découvrir un nouveau pays et des conditions optimales d’études.

Je suis très heureuse d’être ici. J’apprends et je découvre beaucoup de choses. Comme l’anglais, maintenant je comprends pas mal. Grâce à la MLDS, je vais pouvoir continuer mes études. L’année prochaine, je veux faire le bac ST2S [Sciences et techniques sanitaires et sociales] pour devenir secrétaire médicale ou STMG [Sciences et technologies du management et de la gestion] pour devenir comptable. Au Sénégal, ces filières n’existent pas, il y a que les filières générales. J’aimerais bien retourner au Sénégal après avoir étudié et travaillé un ou deux ans en France pour avoir un peu d’expérience.

 

Haby, 18 ans, lycéenne, Seine-Saint-Denis

Crédit photo Unsplash // CC Andre Hunter

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