Jeanne G.

Jeanne G.24 mars 2014

Cette classe si mal réputée m’a aidée à grandir

Le jour de ma rentrée en sixième, en ZEP, je ne me sentais pas franchement à ma place. Mais finalement, je me suis rendu compte que cette classe me ressemblait plus que je ne le pensais. Et grâce à cette expérience, je fais aujourd'hui plus attention aux personnes en difficulté.

Par Jeanne G.24 mars 2014

À l’école, j’étais une petite fille très discrète, silencieuse, voire même timide. Depuis les choses ont quelque peu changé… Je levais rarement la main en classe de peur de me tromper. Il arrivait quelques fois que la bonne réponse donnée par mes camarades soit en réalité celle à laquelle j’avais pensé. Je me disais alors que si moi aussi j’avais demandé la parole, j’aurais pu « avoir juste ». J’avais tout de même de très bons résultats. J’étais une petite fille réservée et scolaire. Et puis, je suis entrée en sixième au collège ZEP du secteur rattaché à notre domicile.

Avec mes parents, nous avions choisi pour moi une sixième classique, avec l’option « Activités artistiques ». Je n’avais pas particulièrement envie d’être dans une classe « Anglais renforcé » ou « Sport ». Même si mes résultats le permettaient. Mais je savais que mon amie Laura serait dans la même classe que moi puisqu’elle avait elle aussi choisi cette option.

La peur de se prendre un compas dans le dos…

Le jour de la rentrée des sixième, les parents pouvaient nous accompagner les premières heures de la matinée. Ma mère était là et la mère de Laura aussi. Nous avons alors découvert notre classe : la sixième 107. Ma mère a été tout de suite très surprise de constater que nous étions, semblait-il, parmi les quatre seuls élèves « d’origine française ». Il ne s’agissait pas d’une classe très mixte. Elle regroupait en majorité des jeunes qui vivaient dans la cité voisine. Tout était nouveau pour moi et pourtant à aucun moment je ne me suis pas sentie à ma place.
J’étais en fait dans la classe qui regroupait les meilleurs mauvais élèves de toutes les classes de sixième du collège. Comme aucun parent d’élève ne s’était présenté pour représenter la classe, ma mère a été sollicitée. Elle a de suite pris ce rôle très à cœur. Au premier conseil de classe de l’année elle a réalisé la brutalité que pouvait représenter la « 107 ». Un professeur avait confié : « Avec cette classe, on craint d’écrire au tableau de peur de prendre un compas dans le dos. »

Malgré tout, cette classe me ressemblait

Mais en réalité les échanges entre enseignants, le partage de leurs considérations sur chaque élève et leur envie de chercher des solutions pour certains de ces enfants en « danger » furent, selon ma mère, une « véritable expérience humaine et une leçon d’éducation ». Elle se rappelle avoir été impressionnée par l’investissement de l’équipe pédagogique qui parlait toujours de remobiliser les élèves en difficulté et de les garder dans un encadrement scolaire, d’éviter absolument l’exclusion.

À aucun moment mes parents n’ont envisagé de me changer d’établissement pour me mettre dans l’enseignement privé. Alors que plusieurs de leurs amis ou collègues de travail le leur conseillaient.

Finalement, je garde un très bon souvenir de cette classe. Elle était souvent sens dessus dessous et les heures de colle fusaient. Mais j’ai tellement ri et beaucoup appris aussi. En fait, cette classe me ressemblait bien plus que celles qui regroupaient les excellents élèves. Et si aujourd’hui je porte bien plus d’attention aux publics en difficulté plutôt qu’à ceux pour qui tout va pour le mieux, c’est certainement grâce à mon expérience vécue dans la classe 107. Elle m’a aidée à grandir.

 

Jeanne, 25 ans, salariée, Perpignan

Crédit photo AFP/Frank Perry

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