Loïc D.

Loïc D.4 octobre 2017 2 mn

D’origine camerounaise, j’ai grandi en France à Paris, puis à Antony. Elevé dans une famille aisée, j’ai fréquenté essentiellement des établissements privés et catholiques. Mes passions : lire, écrire, faire du théâtre et jouer au badminton.

L’uniforme à l’école : testé et… approuvé !

Loïc a passé un an dans un internat très prisé : beaucoup d'avantages extrascolaires, une éducation de pointe mais aussi... le port de l'uniforme ! Une obligation qu'il a finalement appréciée. Une sorte d'identité.

Par Loïc D.4 octobre 2017 2 mn

J’ai passé mon année de seconde générale à Sainte-Croix des Neiges, un internat de Haute-Savoie.

Je ne rentrais chez moi que pour les vacances scolaires.

C’est un très beau collège-lycée tout près d’une piste de ski, dans le village d’Abondance.

Tout y est fait pour que les élèves soient à l’aise : les chambres individuelles, les billards et les tables de ping-pong, les pistes enneigées le weekend, les sorties culturelles en Suisse, les activités sportives… Pour moi, c’était du rafting.

Pour l’enseignement, des effectifs restreints : 17 élèves en seconde, 10 par sections en première et terminale. Des cours de soutien dans toutes les matières pour les élèves en difficulté.

Un cadre idyllique… à 13 000 euros l’année !

Le faible nombre d’élèves permet un accompagnement personnalisé, mais en dehors des cours, il y a intérêt à être bien intégré ! Les ragots circulent à la vitesse du son et la cruauté des gens ne s’arrête pas en bas de la montagne !

Nous portions l’uniforme : un blazer bleu foncé, une cravate et un gilet noir, tous à l’effigie de l’institut. Ceci accompagné d’une chemise blanche ou bleue et d’un pantalon ou d’une jupe sobre.

J’ai eu la chance d’avoir des parents suffisamment riches pour m’envoyer dans un internat privé en Haute-Savoie, mais seulement pour un an.

On pouvait y voir une certaine mixité : blancs, noirs, asiatiques, arabes, garçons et filles. Le « Melting Pot » disait notre prof d’anglais. Mis à part les pauvres. Il n’y avait pas de place pour les gens de classe populaire.

Car vous pensez bien que ce cadre idyllique a un coût !  Comptez 2 500€ l’année pour les externes et 13 000€ pour les internes tels que moi.

J’ai eu la chance d’avoir des parents suffisamment riches pour m’y envoyer, mais seulement pour un an.

Les internes reçoivent exactement 20 € d’argent de poche par semaine. Après le port de l’uniforme, c’était la 2ème mesure visant à masquer les inégalités de richesse entre internes. Car s’il est vrai que certains étaient des enfants de millionnaires, voire milliardaires, d’autres qui ne venaient « que » de la classe moyenne avaient vu leurs parents s’endetter jusqu’à l’os pour leur offrir ce prestige. Ceux-là auraient vite été repérés.

Imaginez qu’à l’heure de la distribution des sous, le surveillant nous lance : « Karim… 110€ ! Emily…130€ ! Edouard…10€ ! » 

L’horreur ! Pire que de se taper une sale note en public ! Alors c’était 20€ pour tout le monde. Bien sûr, au retour des vacances, beaucoup ramenaient de gros billets bien cachés au fond de leurs valises, et faisaient la fortune du vendeur de la supérette du village. Sherpa, la supérette. Ce qui fait « Pas cher » en verlan.

Ah, que nous étions beaux quand nous descendions au village dans nos uniformes ! Enfin, moi je me trouvais plutôt classe.

L’uniforme nous unissait

Moi qui venais de la banlieue parisienne, je me suis retrouvé à la montagne avec un blason brodé sur le col.

Moi qui suis d’origine africaine, on me disait : « Ah, jeune homme, je reconnais votre école ! » et non plus « Wesh renoi, c’est quoi ton bled ? ». Je suis fier de mes origines, mais ne suis-je que cela ?

Bon c’est vrai qu’un noir sur les pistes, ça faisait toujours sourire les locaux. Jusqu’à ce que celui-ci balance des backflips (saltos arrière) et dompte les pistes noires gelées du domaine d’Avoriaz.

Moi qui n’ai pas de religion, j’appartenais à une communauté.

Alors oui, c’est un établissement catholique avec ses messes dans l’abbaye du village, mais nul n’y était forcé. Aucune démarche d’évangélisation. Et malgré cela, la spiritualité y était.

L’uniforme, symbole de partage, d’ouverture culturelle et de liberté d’expression !

Des séminaires de philosophie se tenaient dans cette abbaye. Ils étaient obligatoires pour les élèves et nous pûmes tous écouter nos professeurs répondre à la question : « Qu’est-ce que l’erreur ? » du point de vue de leurs disciplines respectives. L’erreur pour un matheux, l’erreur pour un biologiste, l’erreur pour un historien… Ces hommes et femmes nous élevaient au plus haut, dans ce petit village de montagne.

Notre prof de français, Denis Cettour*, voulait que chaque élève fasse un exposé au moins une fois dans l’année, sur le thème qui l’intéressait. Que ce soit sur les jeux vidéo, les figures de ski freestyle, l’œnologie ou les conflits sociétaux, chacun avait carte blanche durant une heure. J’ai même pu présenter un exposé sur les dérives de la religion catholique. A Sainte-Croix des Neiges !

Le partage, l’ouverture culturelle et la liberté d’expression faisaient partie de notre quotidien et étaient symbolisés par cet uniforme.

Les problèmes de discipline étaient fréquents, et graves chez certains élèves, mais le directeur mettait un point d’honneur à préserver l’image de son Ecole : la courtoisie était de rigueur, surtout lorsque l’on portait l’uniforme à l’extérieur. Quiconque y dérogeait se voyait privé de sortie.

A présent, je réalise que si l’uniforme ne pouvait masquer nos différences, il nous forgeait un socle commun et nous unissait autour de valeurs essentielles telles que la tolérance, le respect et la rigueur.

Et en fin de compte, j’aimais bien cette identité.

 

Loïc D., 23 ans, étudiant en master finances à Paris

Crédit photo Youtube // Clip Kendrick Lamar – ELEMENT

*Denis Cettour est décédé peu de temps après d’une maladie cérébrale. Je saisis cette occasion pour lui rendre hommage.

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