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Erwan B.2 avril 2019

Convoyeur, je rêve toujours de reprendre mes études

Après un bac pro et un BTS, Erwan s'est retrouvé convoyeur. Il adore ça, mais son rêve reste d'étudier l'histoire. Pour l'instant sans succès.

Par Erwan B.2 avril 2019

Aujourd’hui, j’ai 22 ans, je fais un métier qui me plaît énormément, qui me rapporte de l’argent, et l’entreprise est satisfaite de mes services. J’ai mis cinq ans, après l’obtention de mon bac pro vente, pour que ma situation soit « idyllique ». Et pourtant, je n’ai pas pu faire les études (et donc le métier) que je voulais.

J’ai toujours été un élève moyen au collège. Celui qui ne fait pas de vagues et à qui l’on dit à chaque conseil de classe qu’il ne se sert pas de ses capacités. J’ai voulu partir en bac général pour repousser le problème de mon orientation. Mais vu mes notes plus que moyennes et mon manque d’implication, j’ai été balancé, c’est le mot, en bac pro commerce, au sein d’un CFA, avec comme condition de trouver un employeur. Un grossiste alimentaire m’a permis d’entamer cette formation, en me proposant de nettoyer ses rayons et de remplir ses stocks.

Un travail sans trop d’intérêt pour moi, loin de mon domicile et peu adapté aux envies d’un jeune homme de 14 ans. Et cela donc, en parallèle d’une formation qui ne me plaisait pas vraiment. Cela a tout de même duré un an. Après un grave arrêt maladie, usure physique liée au travail, j’ai décidé d’arrêter, dans l’espoir de trouver une entreprise qui saurait me passionner. Quatre mois ont passé, sans résultat. J’ai alors pensé à la réorientation, vers la seule chose qui m’intéressait vraiment à l’école : l’histoire.

C’est là que les choses sont devenus compliquées…

Malheureusement, rejoindre une filière littéraire en début de première quand on sort d’une seconde pro, c’est (d’après la conseillère d’orientation) impossible. La déception m’a finalement fait reprendre la filière pro, dans un lycée polyvalent. Je m’y suis senti bien, accepté dans une classe très soudée, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant. Le contenu proposé par l’équipe enseignante et formatrice a réussi à attirer mon attention et les stages en entreprise m’ont permis d’oublier ce que je voulais faire au départ.

J’ai eu mon bac pro avec la mention assez bien et les « félicitations » personnelles de notre professeur principal : « Tu es vraiment stupide, si tu avais travaillé ne serait-ce qu’un petit peu, tu aurais eu une mention très bien. »

#NeRestePasATaPlace compile les tweets de ceux qui n’ont rien lâché pour réaliser leurs rêves et trouver leurs voies ! Un petit aperçu ?

C’est là que les choses sont vraiment devenues compliquées. Vu mes notes, impossible d’intégrer la fac d’histoire, difficile d’entrer dans une école de commerce, il ne me restait plus comme choix que le BTS en alternance. Mais ma recherche d’une entreprise d’accueil s’est soldée par un échec. Une année de prime abord non productive, parsemée de petits boulots, mais qui m’a permis de finalement trouver une entreprise pour mon BTS.

Nouvelle année difficile : une équipe commerciale pas en phase avec les besoins d’un apprenti, à la recherche d’une paire de bras supplémentaire pour effectuer les tâches chronophages et non rentables. Réimplantation des produits en magasin, suivi de points de vente de petites tailles, etc. Je n’avais pas encore réalisé à ce moment-là mon profond manque d’intérêt pour ce métier.

Après avoir quitté cette entreprise, mes projets de poursuite d’étude après le BTS se sont écroulés, mon moral avec eux. Après six mois, j’ai repris du poil de la bête, prêt à repartir dans ce domaine qui me faisait de l’œil depuis si longtemps : l’histoire. Malheureusement, pas de place pour moi. Un professeur de faculté, historien de profession, m’a gentiment invité à abandonner : la faculté d’histoire nécessitait une implication personnelle à laquelle je n’avais pas été confronté dans mon cursus et le taux de réussite d’élèves issus de bac pro était vraiment très faible (une information que je n’ai jamais cherché à vérifier d’ailleurs).

Yamine visait une seconde générale, mais ses résultats l’ont envoyé en bac pro. Ses profs et les conseillères d’orientation ne lui voyaient un avenir qu’en BTS. Décidé à aller à la fac, il n’a rien lâché. « T’étais en bac pro ?! Mais qu’est-ce que tu fais à la fac ? »

Je vois mon rêve s’éloigner

Je ne voyais plus le bout du problème. J’étais fatigué de l’instabilité de ma situation, tiraillé entre mes convictions et les conseils pas toujours avisés de mon entourage, sans bourse ou ressources financières. J’ai donc fait deux ans de petits boulots, des nouvelles tentatives dans la vente. Rien de productif. J’avais mis de côté l’idée de faire des études supérieures. S’est alors présentée à moi une opportunité professionnelle dans un domaine qui m’était inconnu : le transport. Je suis maintenant « voiture pilote pour convoi exceptionnel ». On part à la semaine, on travaille une cinquantaine d’heures, mais on voit du pays. On rencontre de nouveaux chauffeurs tous les jours. J’ai fait plus de rencontres en quatre mois dans mon camion, qu’en 22 ans de scolarité ! Mon activité offre malheureusement peu de débouchés, voire aucun, et j’ai besoin d’évolution pour m’épanouir.

Aujourd’hui, j’ai 22 ans, mon travail me plaît. Cependant, je n’oublie pas que ce n’est pas celui que j’ai choisi et que plus le temps passe, plus je m’éloigne de mon rêve d’un jour intégrer une école consacrée à l’histoire. Mais peut-être que l’avenir me donnera l’opportunité d’intégrer ce cursus, dans l’espoir d’un jour transformer ma passion d’apprendre en métier et pouvoir transmettre ce savoir que j’aurais pris tant de plaisir à accumuler.

 

Erwan, 22 ans, salarié, Saintes

Crédit photo Pexels // CC Tobi

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