Céline D.

Céline D.17 juin 2019

Pseudo artiste, littéraire dans l’âme.

En prépa, trop de pression : je suis tombée de haut

J'ai toujours aimé étudier, apprendre. Mais pression, bachotage, crises d'angoisse... Je n'ai pas tenu un mois en prépa.

Par Céline D.17 juin 2019

Apprendre ? C’est ce qui me fait vibrer. Septembre 2017, je rentrais en prépa littéraire grâce aux encouragements que j’avais eus durant ma terminale. Je pensais entrer dans un monde de culture où les profs s’adonnent à nous transmettre leurs connaissances. Ouais, c’est sûr, ils le font ; mais leurs rappeler qu’ils ne sont pas face à des robots formatés serait pas mal aussi.

Je viens de ZEP et je me suis retrouvée dans les Yvelines, perdue au milieu de la forêt. C’est un cadre complètement différent, ce qui peut être enrichissant, mais là, je suis tombée de haut. Première semaine, des fiches de présentation avec un vocabulaire méconnu, trois livres à lire simultanément, des cours avec des élèves bilingues, des fils à papa pour la plupart pistonnés, sans compter les réveils aux aurores à 4h du mat’ pour relire les cours de la veille. Tout était cadré : 6h douchée, 7H30 habillée et petit dej’ pris. Le commencement d’une journée de 8h-18h, sans compter les devoirs jusqu’à 22h. Ma vie sociale est partie avec mon estime de soi, et mes intestins jouaient aux montagnes russes.

J’en pouvais déjà plus et je voulais partir à tout prix. Mes profs voulaient que je persévère. Mais pourquoi ? En quoi j’étais légitime ? On était « l’élite » apparemment. La blague. On n’était pas encore majeurs pour la moitié et on était déjà prédestinés à gouverner un pays ? Trop ambitieux pour moi.

Achevée, je suis partie au bout de trois semaines

Mais bon, on m’a appâtée. J’étais entourée de tous les responsables de l’école avec ma mère et l’infirmière, avec pour « privilège » d’être la première élève que voyait la nouvelle principale. J’ai eu un emploi du temps aménagé (dans le jargon médical, un PAI), en m’enlevant une matière : l’espagnol. Depuis des années, j’ai des problèmes d’angoisse et ce cadre en a rajouté une couche. Trop stressée, j’étais dans l’incapacité de gérer la totalité des matières. Les angoisses me broyaient et je ne pouvais plus contrer mes difficultés scolaires. J’étais dans une panique constante quand je n’étais pas en pilotage automatique dans ce marathon éducatif. C’est pour ça qu’on me l’a accordé.

J’en avais assez de sortir à chaque demi-heure de cours. D’être pliée en deux, en larmes, livide, le souffle coupé et au bord du malaise. Impossible de me concentrer dans cet état.

Des khâgneux racontaient il y a peu leur expérience de la prépa sur France Culture , un bilan qui corrobore globalement le récit de Céline.

Et cela ne convenait pas à certains, dont madame la professeure d’histoire (alors que sa matière n’était absolument pas visée). Je me souviens juste de son surnom : « le tricératops », surnom donné à cause de son âge avancé et de sa dentition pointue. Estomaquée, elle a vite manifesté son mécontentement : « Non mais je ne veux pas de ça ici. Ton PAI tu le fais autre part. »

Achevée, je suis partie au bout de trois semaines, la veille de la journée d’intégration. Ingurgiter des cours à la pelle par des profs condescendants n’était pas fait pour moi.

À la fac, on ne te dicte pas quoi faire

Septembre 2018, je suis à la fac de Nanterre, en L1 de psycho. Le moral rafistolé, je me suis recentrée sur moi, perturbée après cette expérience chaotique. J’avais même pas tenu un mois en prépa. Du coup, pour ma santé j’ai dû me déscolariser. Je l’ai vécu comme un réel échec. J’ai fait un passage à l’hosto, j’suis tombée dans les compulsions car mon corps éclatait sous le contrôle. J’ai pris 10kg, que j’ai perdu le mois d’après en ne mangeant presque plus rien (des anciens démons alimentaires survenus et guéris au lycée qui ont ressurgi « grâce » à la prépa). Dégoûtée, j’avais arrêté de lire, écrire et étudier de manière générale. À cette époque, je pensais que mes anciens profs de lycée, m’avaient menti. Je me sentais comme une moins que rien, incapable de faire quelque chose de ses dix doigts.

Poussé par une prof et appuyé par son entourage, Quentin a lui aussi tenté une classe prépa. Et il n’a lui non plus pas tenu plus d’un mois. Mais il a finalement trouvé sa voie. « J’ai craqué en prépa au bout d’un mois »

Cependant, les mois défilaient et mon envie d’apprendre se fit sentir. C’était omniprésent, comme une drogue.

J’ai d’abord envisagé le fait d’être autodidacte, mais je ne savais pas par quoi commencer. Et puis la rentrée approchait… J’ai opté alors pour un truc plus cool, plus libre. Cette pression m’avait appris à m’organiser. C’était parfait pour rentrer à l’université et prendre ma revanche pour prouver que je valais quelque chose.

À la fac, on ne te dicte pas quoi faire, c’est toi qui décide de travailler. Maintenant, j’ai trouvé un vrai binôme, quelqu’un qui s’est retrouvé dans une situation similaire à la mienne. Du coup, on motive l’un quand l’autre ne veut pas réviser, on s’entraide. J’ai toujours ces problèmes d’anxiété. Cependant, je les gère beaucoup plus facilement. J’peux exploiter toutes les connaissances psychologiques que j’ai acquises auparavant. J’ai compris que le système préparatoire aux grandes écoles n’étais pas fait pour moi. Bachoter tous les jours n’est pas ma façon de travailler. Dans ces conditions je ne pouvais pas étudier avec passion. Il y en a qui y arrive et je les admire, mais ce n’est malheureusement pas dans mes compétences.

J’ai compris que ce n’étais pas mon anxiété qui m’empêchait d’étudier, mais ce système dictatorial qu’est la prépa.

 

Céline, 19 ans, étudiante, Colombes

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6 réactions

  1. Quel dommage d’avoir une opinion aussi arrêtée en seulement 3 semaines d’experience. Un avant-goût, en quelques sortes. Pas représentatif de la véritable année d’hypokhâgne.

    Un article très dévalorisant venant de quelqu’un qui n’a juste pas trouvé la voie qui lui convenait, semble-t-il…

    Pourquoi être déjà douchée à 6h quand on habite dans un internat à 5 minutes de sa prepa et qu’on commence les cours à 8h ? Je me le demande. Peut-être une fatigue qui a donc affecté votre travail et votre mentalité, dû à une mauvaise organisation.
    L’emploi du temps aménagé semble prouver que des alternatives on été recherchées pour le bien-être de l’autrice de cet article. Et malheureusement pour le professeur d’Histoire, les personnes indélicates sont partout. Dommage d’utiliser cet élément comme un moyen de rabaisser la prepa de manière générale.

    Très dévalorisant de la prepa qui peut être une expérience immensément enrichissante intellectuellement. Dommage que cet article ne donne qu’un seul son de cloche …

  2. Merci au précédent commentateur de ce message plein de commissération. Ma sœur s’est suicidée après un an et demi de prépa, certes la prépa n’était pas la seule cause de sa détresse mais cela n’a vraiment en rien arrangé les choses. Des profs qui rabaissent les élèves et les convainquent que s’ils ne s’avalent pas, à 18-19 ans (voire plus jeunes) tout Kierkegaard et Arendt ils sont vraiment des sous-merdes (ou des fainéants, ou … “Qu’ils manquent d’organisation”). Cette personne a le droit d’avoir vu juste pour elle dès 3 semaines. Toutes les personnes que je connais qui sont passées par une prépa de ce type ne m’ont rapporté que la déprime, les notes et réflexions démoralisantes des profs, le bachotage acharné à en vomir toute la littérature. Je ne suis vraiment pas sûre que ce soit la meilleure voie à conseiller à un jeune bachelier.

  3. La prépa est un apprentissage de l’entre-soi élitiste, qui reflète bien les inégalités de notre société. On y apprend à dévaloriser tous ceux qui ne rentrent pas dans le cadre, qui ne veulent pas se formater à l’illusion méritocratique incarnée par un système de concours qui ne permet que la reproduction sociale des rejetons de cadres, nobles et autres normaliens, afin qu’ils conservent leur position au sommet de la pyramide sociale, économique et politique. Cela ne permet en rien de développer un esprit critique, seulement son illusion et sa prétention. C’est la création d’un réseau, comme un prémisse aux dites “grandes écoles”, qui ne font que sélectionner ceux qui s’adaptent le mieux, c’est-à-dire ceux qui ont l’intelligence de l’esclave et la bêtise du cupide, aux fondements de l’appât du gain. Effectivement, c’est un moyen pour les petits bourgeois de valoriser la culture que le fric de leurs parents leur a permis d’acquérir, au détriment des élèves qui viennent de ZEP et qui n’ont pas pu intégrer, au cours de leur vie plus précaire, les critères attendus aux concours. Il faut bien se renseigner avant d’intégrer une classe préparatoire. Pour ma part, j’ai profité du système sans rentrer dans la pression, morbide pour certains, que les professeurs pouvaient nous mettre. Il suffit de trouver son rythme, et la prépa qui correspond à nos attentes. Il existe des prépas de niveaux d’exigence différents : certaines sont d’infernales machines à concours qui correspondent aux attentes des ambitieux avides de pouvoir, et d’autres sont plus détente, et cherchent vraiment à accompagner les élèves à leur rythme. Quoi qu’il en soit, la prépa littéraire reste une merveilleuse aventure intellectuelle, psychologique et méthodologique, pour qui sait aller à son rythme sans perdre de vue ses objectifs personnels. En ce qui me concerne, j’y suis rentré pour renforcer ma culture générale et apprendre à travailler de façon autonome et efficace ; c’est chose faite, me semble-t-il. J’en sors aujourd’hui avec la fierté d’avoir terminé ma khâgne, aussi laborieuse fut-elle, et de ne pas m’être écrasé devant certains professeurs trop méprisants pour ce qu’ils sont réellement. J’ai désormais conscience du réel mépris de classe qui gangrène notre pays et se situe à la base de la corruption de nos “élites”, et en ai désormais les clefs de compréhension. Dans toutes les prépas, il y a des élèves qui craquent, c’est aussi et surtout dû à l’ambiance mortifère et ô combien hypocrite (dans la continuité du lycée, niveau maturité…) qui s’y perpétue, avec l’accord plus ou moins tacite des profs, ou leur désintéressement total. Bien heureusement, il y a des prépas où les élèves sont réellement pris en charge de façon particulière, mais ce ne sont pas celles qui rentrent aux ENS (j’ai testé les deux types : en hypokhâgne, une prépa tranquille, trop pour moi, et en khâgne une prépa très bien classée, qui m’a donné du fil à retordre comme je le cherchais), alors pour ceux qui seraient tentés par cet aventure, que je conseille tout de même à qui l’envisage, choisissez bien votre prépa en fonction de vos attentes. J’espère qu’avoir partagé mon expérience et mon point de vue sur cette formation bien particulière permettra à certains d’y voir un peu plus clair, et d’outrepasser les clichés non nuancés.

  4. C est hélas le principe de la prépa: on fait le tri de ceux qui supporteront la pression, les énormes charges de travail (souvent vides de sens)…. ça n’est pas une gloire de réussir, ça n’est pas une honte d’échouer. Si ca ne correspond pas à notre facon de travailler, mieux vaut arreter les frais au plus tôt ! Beaucoup d’élèves de prépa échoueraient dailleurs à la fac, sans la présence permanente des prof derrière leur dos (moi ma première…je crois que je n’aurais absolument pas été capable de me discipliner assez pour réussir à travailler sérieusement en fac)

  5. Bonjour !

    Je trouve cet article et les commentaires très négatifs pour les prépa, qui souffre déjà d’une mauvaise image qui, pour ma part, se révèle totalement injustifiée. Je pense qu’il faut effectivement différencier le cadre de la prépa et le caractère de la personne, puisque évidemment il est concevable que la prépa ne convienne pas à tout le monde. Pour ma part en BCPST (biologie pour les non initiés), je ne viens pas d’un milieu favorisé (petit lycée de campagne, parents qui ne sont pas dans des domaines “haut placés” etc.) et j’ai néanmoins pu intégrer une très bonne prépa. Les deux années que j’y ai passées (et je m’apprête à en faire une troisième) sont sans concession les meilleures de ma vie, j’ai rencontré des gens formidables, un environnement qui permet une énorme stimulation intellectuelle (au niveau des personnalités présentes j’entends), j’ai su gérer une charge de travail conséquente sans pour autant me mettre totalement en autarcie, j’ai pu continuer le sport en club et les sorties entre amis, le tout étant de trouver un équilibre entre détente et travail. Au niveau des profs tous sans exception ont été excellents, tant au niveau des cours que du soutien moral et psychologique, toujours dans l’accompagnement et dans l’envie de faire progresser tout le groupe. Il n’a d’ailleurs jamais été question de compétition au sein de la promo, c’est plutôt du “un pour tous et tous pour un” le mot d’ordre chez nous. Tout cela pour témoigner (bien que la bcpst soit différente de la khâgne, mais je peux confirmer que les élèves de khâgne et de taupe se sentent dans leur élément également) qu’il est possible de très bien vivre sa prépa !
    Si j’avais un conseil à donner je dirais d’aller aux portes ouvertes des différents établissements, afin de discuter avec les élèves et les professeurs afin de prendre la mesure l’ambiance globale. Pour ma part quand j’y rencontre des personnes très stressées ou trés attachées à la sphère familiale je déconseille, car même avec une très bonne ambiance de classe ce type de personnalité a tendance à vivre très mal la prépa, à cause de l’éloignement et de la “pression”. Je pense qu’il est nécessaire à chacun de prendre du recul sur la réalité de la prépa et la réalité de sa personnalité pour savoir si les deux sont compatibles, mais si le réflexion a été bien menée avant d’intégrer la prépa, aucune raison que ça se passe mal !

  6. 3 ans de préparation pour moi et plein de bons souvenirs ! Certes c etait dur et avec le recul on se rend compte que le bac, le lycée et autre ce n est rien par rapport a la prépa… et là est le vrai piège ! Je ne suis pas spécialement organisé mais j’ai des facilités et j étais motivé pour apprendre. Apres dire que c est élitiste je ne pense pas… beaucoup de mes camarades de promo venaient de tous les milieux… il faut bien des parcours élitistes et exigeants pour former les futurs têtes pensantes du pays…sinon c est du nivellement par le bas et plus aucuncrack ne ressort, et donc plus de spécialistes, de prix Nobel, de chercheurs, etc…