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Fiona P.5 avril 2020

Enfant précoce, l’école ce n’est pas pour moi

À trois ans, on m'a diagnostiquée précoce. Au cours de ma scolarité, j'ai du faire face à l'ennui, aux problèmes de coordination et d'intégration. Et pourtant, j'en ai testées des écoles !

Par Fiona P.5 avril 2020

Depuis toute petite, je me sens différente car je ne pense pas de la même façon que les autres. Les scientifiques m’appellent « enfant précoce », « QI élevé ». Les autres m’appellent « dictionnaire », « madame-je-sais-tout », « première de la classe »… Moi, je m’appelle différente.

On peut voir cette différence comme un plus, car je n’ai jamais eu de difficultés scolaires. Apprendre et être attentive est quelque chose de facile pour moi. Pour autant, je m’ennuie très vite, je déteste la répétition et je ne supporte pas d’attendre à ne rien faire. J’ai longtemps vu cette différence comme un moins. Je ne comprenais pas la façon de penser des autres. Je les trouvais lents et incapables de trouver des solutions simples à leurs problèmes. Il y avait un fossé énorme entre mes camarades de classe et moi.

J’ai testé énormément de méthodes scolaires différentes. Que ce soient des écoles pour enfants précoces, le système classique, l’école à la maison, la méthode Freinet, les écoles privées ou agricoles, aucune ne m’a apporté de réelles solutions.

À l’école pour enfants précoces, ils ne valorisaient que notre cerveau

À trois ans, on m’a diagnostiquée précoce et surdouée. Je m’ennuyais à l’école. Cela a alerté ma mère et avec le soutien de la directrice de mon école, mes parents m’ont fait passer des tests de QI. J’ai sauté deux classes. Durant la même année scolaire, je suis passée de la petite section de maternelle à la grande section. Mais ça n’a pas vraiment arrangé les choses. Alors oui, je m’ennuyais moins car le niveau était plus élevé, mais du côté relationnel les problèmes aussi étaient plus élevés. Et comme les autres élèves avaient deux ans de plus que moi, il m’était d’autant plus difficile de les comprendre.

J’ai intégré au CP une école pour enfants précoces. Mes parents ont pensé que je m’ennuierais moins et que les adultes sauraient mieux répondre à mes attentes. Je n’étais pas le premier enfant précoce qu’ils prenaient en charge… J’étais stressée là-bas. Il y avait un climat de compétition que je détestais. Ma mère m’a raconté qu’ils ne valorisaient que notre cerveau en nous apprenant énormément de choses à un rythme très soutenu. Or, un enfant précoce a généralement des problèmes de coordination physique et de grandes difficultés d’intégration. J’avais beaucoup de mal à coordonner mes mouvements. Et ces problèmes n’étaient pas abordés dans cette école.

L’école Georges Gusdorf, à Paris, fait partie de ces écoles spécialisées dans l’accueil des enfants précoces. Il y a un an, l’émission Sept à Huit Life est allée rencontrer ses élèves et ses professeurs.

Puis, le collège arriva… J’ai subi un trimestre en sixième dans un collège classique avant de supplier mes parents de me faire l’école à la maison. L’école, c’était toujours des tests, des contrôles, des notes. Tout ça était facile pour moi. Mais c’était aussi être enfermée entre quatre murs toute la journée, parler de sujets qu’un adulte avait décidé, être en contact avec d’autres enfants, être jugée différente, mise à l’écart.

J’ai testé des méthodes alternatives

L’école à la maison n’a pas été mieux finalement. Je me suis retrouvée seule avec ma mère, enfermée dans ma chambre à suivre des cours écrits. Moi qui aimait que l’on m’explique les cours oralement, j’ai eu beaucoup de difficultés à être concentrée et motivée. De plus, aussi bizarre que cela puisse paraître, le contact avec d’autres jeunes me manquait.

J’ai donc accepté de réintégrer une école, à condition qu’elle soit plus attentive à mes besoins. J’ai suivi la méthode Freinet en cinquième et en quatrième dans un collège normal. La pédagogie Freinet donne un rôle actif aux enfants au sein de la classe. L’éducation est plus attentive aux besoins des enfants, centrée sur leur affectivité et sur le milieu qui les entoure. Les professeurs étaient plus à notre écoute, nous avions des temps de travail individuel tous les après-midis où l’on nous invitait à développer notre créativité en proposant nous-mêmes un travail dans chaque matière. En anglais, je décrivais mes mercredis après-midis dans mon centre équestre.

J’appréciais que la parole des élèves soit importante pour les professeurs, que l’on soit mélangés entre sixième, cinquième, quatrième et troisième, et que l’on puisse parler librement de nos problèmes avec nos professeurs référents. Mais comme tous les élèves avaient des problèmes scolaires ou familiaux, ils avaient peu de temps à nous accorder à chacun. Je m’ennuyais beaucoup en cours : je trouvais les sujets abordés pas très intéressants, on suivait beaucoup les manuels scolaires… Et le niveau de chacun était très différent, comme les élèves avaient tous des problèmes.

Les chevaux ont été ma bouée de sauvetage

À 13 ans, j’ai décidé d’aller en internat dans un collège agricole où toutes les semaines, durant deux heures, je pouvais être avec ma passion : les chevaux. Les chevaux ont été ma bouée de sauvetage durant toutes ces années, alors être avec eux le plus souvent possible était une évidence pour moi. Ils m’ont aidée à prendre confiance en moi, à m’imposer dans un groupe et faire entendre mes opinions, à travailler mon équilibre et ma coordination. Cela m’a beaucoup aidée d’avoir une passion commune avec mes camarades de classe pour m’intégrer.

J’avais besoin de pouvoir voir des chevaux tous les jours. Alors nous avons déménagé en Charente-Maritime pour que ma sœur et moi puissions intégrer un lycée où le centre équestre était sur place. Il en existe trois en France. J’étais ravie de ne plus être enfermée. L’école n’avait pas de portail et était encadrée par des champs.

Le niveau scolaire agricole y était vraiment très bas, mais finalement entre m’ennuyer et ne pas vraiment avoir d’amis et m’ennuyer mais avoir des matières en rapport avec ma passion et avoir des amis, le choix était évident ! Alors j’ai décidé de finir ma scolarité dans cette école privée agricole. J’ai donc un CAP et un bac professionnel alors qu’en troisième, je voulais arrêter l’école. Et j’y ai appris à ne plus avoir peur d’aller à l’école.

J’ai besoin de pratique pas des cours théoriques

Très rarement dans ma scolarité, un adulte m’a demandé : « Quels sont tes problèmes et que puis-je faire pour améliorer ta situation ? » Je n’avais pas besoin de grand-chose. Juste que quelqu’un m’écoute et me donne des solutions ou des clés que je puisse utiliser en société. Que l’on s’interroge sur mes besoins spécifiques en tant que précoce, c’est-à-dire mes difficultés à avoir confiance en moi, à m’intégrer, à passer outre le jugement et le regard des autres, et à ne plus m’ennuyer en cours.

Aristide est lui aussi précoce, et son haut potentiel l’a longtemps isolé des autres. Mais grâce à l’une de ses professeurs, il a repris confiance en lui.

Maintenant, je ne souhaite pas faire d’études. Retourner à l’école pour plusieurs années est très difficile à concevoir pour moi. J’ai besoin de pratique, d’apprendre concrètement, pas de suivre des cours théoriques enfermée dans une salle ! Alors je me forme en équithérapie pour accompagner les Hommes avec les chevaux.

J’aimerais pouvoir donner l’opportunité à d’autres personnes de se sentir mieux dans leur vie et de régler leurs problèmes grâce aux chevaux, comme j’ai moi-même pu le faire. Car les chevaux sont de réels miroirs de nos émotions, sans jamais porter aucun jugement. Et cela fait d’eux d’excellents médiateurs en thérapie.

 

Fiona, 20 ans, en recherche d’emploi, Saintes

Crédit photo Pexels // CC Pixabay

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1 réaction

  1. Témoignage qui sort de l’ordinaire merci pour cette sincérité