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Danaé M.1 mars 2017

Grandis Papa !

Avoir un père « stylé », mais à quel prix ? Après trente ans de vie commune, mes parents se sont séparés. Et mon père s'est mis en mode post-ado...

Par Danaé M.1 mars 2017

Bel homme dans la cinquantaine, mon père ne peut démentir ses origines asiatiques avec son teint mat. Petit et musclé, il est certain qu’il ne fait pas son âge avec ses cheveux noirs qu’aucun cheveu blanc ne vient perturber. Plutôt du genre à porter des baskets Adidas, un joli jean bleu décoloré à trous avec une veste noire, dans le froid de l’hiver, il adopte une belle doudoune matelassée à capuche bleu marine.

Certains m’envieront peut-être d’avoir un père aussi stylé, pourtant la vie avec lui m’apparaît aujourd’hui difficile.

Au programme : travail, muscu, sorties…

Quand, à 16 ans, j’ai rencontré mon premier amour, mon père n’a guère apprécié. Je me disais au début : « C’est normal, il est protecteur. » Surtout que jusque-là, c’était un père idéal.

Mais à mes 18 ans, il ne voulait toujours pas accepter que je devienne adulte et c’est à ce moment-là que j’ai réalisé qu’il ne voulait pas me voir grandir, sans doute pour ne pas se voir vieillir lui-même.

Il paraît que « les opposés s’attirent », pourtant mes parents si différents ne se sont attirés qu’un temps. Ils se sont rencontrés quand ils avaient 18 ans et ont emménagé ensemble. Puis, il y a trois ans, la séparation. C’est peut-être ce qui a conduit mon père à redevenir un adolescent, il doit avoir le sentiment de ne pas avoir profité de sa jeunesse.

Alors que j’ai vécu chez ma mère quasiment depuis leur séparation avant de voler de mes propres ailes dans mon appartement, ma jeune sœur de 14 ans vit chez mon père. Me voir grandir, prendre mon envol et mon indépendance a été une nouvelle étape difficile à accepter pour mon père, une étape qui nous a éloignés. Alors que je m’installe dans ma vie d’adulte, je m’inquiète pour ma sœur.

Elle grandit et vit son adolescence chez mon père, trop absent. Chaque jour, il se concocte un planning extrêmement chargé. De 4h à 13h, il travaille en tant qu’ouvrier avant de rentrer déjeuner à la maison avec ma sœur, à condition qu’elle ait eu le courage de l’attendre. Généralement, il enchaîne en occupant la salle de bain pendant une heure pour s’entretenir et se préparer avant d’aller à la musculation. Il passe ses après-midis, environ trois heures chaque jour, à la salle de sport. Vers 18h – 19h, il rentre faire un coucou à ma sœur mais en profite surtout pour se changer avant de repartir pour dîner dehors.

… loin de mon image du père idéal

Parallèlement, l’air de rien, ma sœur grandit toute seule, devenant trop tôt autonome. Mon inquiétude ne s’arrête pas là. Quand elle grandira, elle aura besoin que mon père l’accompagne pour se construire, pour prendre en maturité et apprendre la vie de femme. Certains sujets me semblent difficiles à aborder pour une jeune fille, surtout avec son père, surtout avec un père trop absent.

J’ai l’image d’un père idéal. Protecteur mais pas trop, sachant se montrer tendre et câlin quand il le faut, j’imagine un père qui sache me faire rire mais qui soit tout autant présent qu’une mère pour discuter.

Je vois le père idéal comme un soutien, un appui qui me pousse vers le haut pour que je réussisse.

J’aimerais que ma sœur puisse avoir cette référence, un père qui la guidera sur le bon chemin, qui mettra tout en œuvre pour que sa vie soit meilleure que la sienne. J’ai eu la chance de grandir avec mes deux parents, avant qu’ils ne se séparent et que je prenne la voie de l’âge adulte. J’ai connu ce père idéal, mais je regrette que ma sœur ne l’ait pas rencontré. Elle a choisi de rester vivre avec lui afin de ne pas quitter l’établissement où elle étudiait, ses amies.

À cause de  cette image paternelle, de cette éducation marquée de masculinité, je crains qu’elle ne développe pas sa féminité, par manque de contact avec d’autres femmes.

Je le constate déjà. Elle s’habille avec des pulls amples qui dissimulent ses formes, des jeans slims et des baskets qui font écho au style de mon père. Son look ne répond pas à ce que l’on peut attendre d’une jeune fille de son âge. Plus tard, elle ne saura pas se maquiller, se coiffer, prendre soin d’elle, se pomponner comme une jeune fille qui aurait grandi près de sa mère.

Quand le choix de la garde s’est présenté, je regrette que mon père ait pris l’initiative d’encadrer ma sœur alors qu’il n’était visiblement pas prêt à jouer le rôle du père et encore moins celui de la mère. J’espère un jour retrouver ce père idéal que j’ai eu quand j’étais petite et que ma sœur pourra le rencontrer.

Pour l’heure, je m’interroge : jusqu’à quel âge refusera-t-il de grandir ?

 

Danaé, 22 ans, Marseille

Copyright Les Gamins Nicolas Guiraud / Peopleforcinema productions / Légende Films / Gaumont

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3 réactions

  1. Bon courage ! Je connais cela aussi dans ma famille jusqu’à un certain point. Mais nous, notre père ne voulait pas de nous, et on a décidé de ne plus jamais le revoir, alors on vit tous avec notre mère….

    Je te souhaite bonne chance, ainsi qu’à ta soeur. Tu sais, elle se débrouillera peut-être mieux que tu le crois. Les enfant peuvent acquérir un certain recul par rapport à leurs parents assez jeunes.

  2. “Son look ne répond pas à ce que l’on peut attendre d’une jeune fille de son âge. Plus tard, elle ne saura pas se maquiller, se coiffer, prendre soin d’elle, se pomponner comme une jeune fille qui aurait grandi près de sa mère.”

    Peut-être que tu attends d’elle qu’elle soit comme une femme stéréotypée, mais toutes les nanas n’ont pas besoin de se maquiller et de se coiffer comme des poupées pour être des femmes. Ce n’est pas non plus en évoluant avec sa mère qu’on développe forcément ces aptitudes.

  3. Je pense qu’il faut que tu parles à ton père et que tu essaies de lui dire des choses sans le blesser. Il est difficile à 22 ans de comprendre ce qui se passe dans la tête d’un homme qui frôle la cinquantaine et qui refuse manifestement de vieillir.
    Ce que beaucoup de jeunes ne comprennent pas, c’est que les parents savent que leurs enfants vont prendre leur envol à 18 ans et ne plus jamais revenir. Bien entendu, chacun reagit differemment à cette realité implacable. Certains souhaitent laisser les enfants grandir pour les preparer à la vie d’après. D’autres ne les laissent pas respirer parce qu’ils veulent profiter du temps qu’il leur reste à passer avec eux. Enfin, il y a ceux qui pensent qu’il ne faut pas calquer sa vie uniquement en fonction des besoins de leurs enfants parce qu’ils pensent que ça ne leur rend pas service. Ton père semble appartenir à cette dernière catégorie. Il faut en parler mais sans le juger, parce que tu ignores comment lui voit les choses.