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Samy T.21 août 2019

J’ai mis huit ans à trouver mon futur travail

Restauration, ferroviaire, études de psychologie... J'ai mis huit ans à trouver ma voie dans les réseaux sociaux !

Par Samy T.21 août 2019

À 10 ans, je voulais être « archéologue » parce que j’avais kiffé Jurassic Park et que le mot était joli. Puis le temps a fait son chemin. Aujourd’hui, j’ai 26 ans et je suis consultant en réseaux sociaux, un de ces nouveaux métiers qui n’existaient pas il y a cinq ans. Et encore moins pour moi… Petit gars basané du 19e arrondissement de Paris, sorti du système scolaire sans diplôme, j’ai passé ces huit dernières années à chercher ma voie, à me chercher moi-même.

Après le bac, perdu entre ce que la société attend des jeunes et ce qu’une mère immigrée attend de son fils unique, je commence comme tout non-diplômé qui se respecte par un job chez McDonald’s. Je prends goût au service et enchaîne sur un CAP Cuisine en alternance.

Dans mon entreprise, je rencontre le racisme et la violence d’un monde « militarisé ». Brigade de cuisine on m’a dit. Ça aurait dû m’interpeller. Seul Algérien de la cuisine d’un restaurant basé sur les Champs-Élysées, l’année de la qualification de l’Algérie en Coupe du monde après 26 ans d’absence… Fallait le faire !

« Alors, tu rejoins tes compatriotes pour brûler des voitures après le service ? »

« Samy c’est la pute de la cité, envoyez-le chercher ce que vous voulez dans la cave ! »

Des horaires impossibles, 8h-minuit, sans pause. Mais ce n’était jamais assez. Mon chef m’a dit, après trois jours enchainés à ce rythme effréné : « Tout le monde ici pense que t’es une merde et je commence à croire pareil. » Un jour, à force de tensions accumulées, de rage contenue, de journées enchaînées, je fais une rupture nerveuse en plein service : je vois blanc et tombe par terre, pris de spasmes. Pompiers, hospitalisation de plusieurs jours, une vraie mise à jour pour ma santé. On me trouve un ulcère à l’estomac, une anémie aiguë… la totale !

On m’a parlé d’un plan licorne : LE truc qui te fait percer

Je ne quitte pas la restauration pour autant, j’obtiens mon CAP tant bien que mal après toutes ces épreuves et continue mon aventure comme serveur en brasserie. Une très belle expérience qui me permet d’obtenir (enfin) mon permis. Mais, marre d’être payé une misère en passant mon temps à courir sous pression pour servir à manger. Faut que je trouve autre chose. Flashback d’un samedi soir lambda dans une ruelle avec mon pote.

Mitch : « T’as entendu la nouvelle ? Abdel il a trouvé un vrai taf, il gagne 5000 euros par mois ! »

Moi :  « Abdel qui ? Le gros ?! Mais il a même pas l’brevet ! »

Mitch : « Si, si je te jure ! En plus il a voiture de fonction, il voyage gratuitement dans toute la France et tu sais c’est quoi le mieux ? Son boulot c’est d’appuyer sur un bouton trois fois dans la journée, et il bosse que quatre heures par jour ! » 

Moi : « Bah c’est sûr que faut pas le brevet pour ça… Mais c’est quoi ton plan « Licorne » là ? »

Mitch : « Faut juste le permis et un casier vierge ! »

Un plan licorne, c’est comme dans les start-up. C’est LE truc qui te fait percer et quitter la galère définitivement et c’est tellement improbable que c’est peu crédible. Le jour même de l’obtention de mon permis, je me souviens immédiatement de cette conversation. Ni une, ni deux, je me renseigne sur les démarches à suivre, et trois semaines plus tard je pars pour une formation au métier d’Annonceur/Sentinelle.

Vous connaissez l’Ikigaï ? C’est un schéma japonais très intéressant pour définir ce qu’on veut faire dans la vie ou savoir si notre travail actuel nous correspond ! Caroline en parle sur Madmoizelle.

Ma mission, si je l’accepte : appuyer sur un bouton pour annoncer l’arrivée des circulations sur les chantiers ferroviaires.

Salaire : 1200 euros net de fixe + moult indemnités de déplacement, de travail de nuit, de repas…  qui gonflent la fiche de paye jusqu’à 4000 euros certains mois.

Avantage : un CE [comité d’entreprise] stylé, une voiture de fonction sur zone de chantier, un logement et, pour les plus sensibles comme moi, la découverte des superbes régions et paysages de notre beau patrimoine français.

Ce travail, ça ne me suffit pas

Mais je n’étais pas satisfait. Ah ces jeunes ! 23 ans, un salaire de député et pas content ! Mais quelque chose clochait : la délation, les coups bas entre collègues pour des primes, la perspective de ces CDD à répétition, le niveau intellectuel au ras des pâquerettes peut-être ? Le manque de liberté certainement.

Je décide donc, dès la reconduction du premier CDD, de créer ma propre entreprise. On est aux débuts du e-commerce, du webmarketing, de l’explosion des formations en ligne. Objectif : la liberté financière, cet Eldorado qui me permettra de vivre une vie sur mesure, sans contrainte de temps ou d’espace.

Alors je m’essaie au blogging. Je me forme en ligne à la conception d’un WordPress et à l’établissement d’une ligne éditoriale, au choix d’une thématique qui me ressemble. C’est là que je fais la rencontre d’un domaine qui va changer ma vie : le développement personnel. Je tiens un blog pendant plus d’un an sur le sujet, me découvrant au fur et à mesure des lectures que je fais pour l’alimenter. Je me forme en ligne et en présentiel chez Trans-formations (@by__steve sur Instagram) à différentes méthodes issues de la programmation neuro-linguistique (PNL). Je fais du mind mapping, de la lecture rapide ou du process communication. Je rencontre des mentors inspirants qui laissent une marque indélébile et orientent mon parcours. Tel Santiago durant son voyage dans l’Alchimiste de Paulo Coelho.

Mais ça ne suffit toujours pas. La légende de l’entrepreneur successfull dès ses débuts restera une légende… Mon aventure entrepreneuriale me laisse plus qu’endetté, et je me vois contraint d’enchaîner les jobs précaires pour remonter la pente. C’est exactement là que, poussé par ma famille et mes proches, je décide de reprendre mes études. Bienvenue sur Parcoursup…

Reprendre mes études ? Ça me coûte mais j’essaie !

Malgré mon inscription dès son ouverture, malgré une adresse postale parisienne depuis 26 ans, on me propose dix jours après la rentrée une L1 Psychologie à Montpellier… Il n’en faut pas plus pour éveiller mon instinct de révolutionnaire : je saisis l’UNEF pour faire appel du refus d’admission par l’université Paris Nanterre. S’en suivent de longues semaines de mobilisation. J’ai été jusqu’à me faire interviewer par TF1 sur Parcoursup ! Et ça m’a finalement valu mon inscription à l’université fin octobre !

VICTOIRE ! Hein ? Loin de là. J’abandonne plusieurs fois mes contrats de travail pour me mobiliser. Je n’ai plus de revenus étant étudiant, plus de travail, je dois rattraper un mois et demi de cours, moi qui ai quitté les bancs de l’école il y a plus de huit ans… Me voilà submergé. Après un premier semestre difficile dont je ne connais même pas la note, je commence le second en dérogatoire afin de me laisser le temps de trouver un temps plein. Mais les choses n’ont pas changé. Toujours fatigué de la restauration et du ferroviaire, ayant essuyé de nombreux échecs en tant qu’entrepreneur je cherche désespérément une solution.

Samy a même été publié dans Le Monde Campus ! Chaque semaine, la ZEP leur propose un récit d’orientation étudiante ou professionnelle. Toi aussi tu veux publier ? Envoie-nous ton parcours à redaction[at]la-zep.fr !

Plutôt que de chercher à appliquer sur moi-même ce que j’apprenais en sciences cognitives, PNL et compagnie, j’ai cherché à augmenter ma visibilité sur les réseaux. À tel point que je suis devenu médiocre dans ma thématique business et excellent dans la gestion des social media ! Aujourd’hui, on est à deux semaines des partiels de psychologie et je ne donne pas cher de mon année. Mais mon agence de communication digitale est née elle (@tolbagency sur Instagram) ! Et pour la première fois je me sens enfin dans mon élément. J’ai déjà mes premiers clients et une liste de prospects chauds qui attendent mes devis, ainsi que de belles propositions de partenariat.

Avec le recul, tout ce que j’ai vécu jusqu’ici me menait pas à pas à découvrir mon potentiel de communicant et à exploiter le résultat de mes premiers échecs d’entrepreneur. Grâce à ça, je peux aujourd’hui aider les autres à rendre visible leur entreprise sur les réseaux sociaux tout en continuant de m’instruire dans les domaines qui me plaisent. Tant que vous faites quelque chose qui vous plaît et vous fait vibrer, le bonheur ne sera jamais très loin.

 

Samy, 26 ans, étudiant/entrepreneur, Nanterre

Crédit photo Unsplash // John T

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