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Pablo B.3 septembre 2020

Je suis fier d’avoir reçu une éducation non-genrée

Ma famille m'a toujours dit de faire mes choix sans me soucier de mon genre. Même si au collège, mon comportement et mes vêtements m'ont valu des remarques.

Par Pablo B.3 septembre 2020

Mes parents nous ont répété à mon frère, ma sœur et moi : « Tu sais, les jouets, les couleurs, les jeux de garçon et de fille, ça n’existe pas. » J’ai la chance d’avoir une éducation non-genrée. Cette vaste liberté d’expression m’a permis et me permet encore de ne pas me contraindre dans des idées clichées… Et de m’exprimer.

J’ai pu acheter des vêtements roses et violets « pour filles » sans être jugé par ma famille. Ils m’ont juste dit que c’était de belles couleurs. J’ai pu aussi avoir des amis filles sans me dire – comme me le disaient tous les garçons – que j’étais amoureux d’elles. Mon frère a pu écouter la musique qu’il voulait et ma sœur a pu être amie avec des garçons. Elle aime se bagarrer ou encore jouer au foot dans la cour de son école.

Un jour, j’ai eu une mauvaise note. Mon père m’a réconforté dans ses bras en me laissant triste, je pleurais. Il m’a dit que ma note était peut-être juste due à un manque d’entraînement et qu’on allait la retravailler ensemble. 

La crèche Les Pirouettes, à Aubervilliers, a fait de la lutte contre les stéréotypes de genre une de ses priorités. Jouets mélangés, livres avec des héroïnes, expression des émotions… Les enfants y reçoivent une éducation non-genrée. Un reportage Arte

Nous n’avons pas fait tout ça pour s’opposer à cette société mais uniquement parce qu’on le voulait, sans nous soucier de notre genre. Cet héritage, j’en suis fier car en ne m’imposant pas ces barrières, j’ai pu découvrir une partie plus vaste de la vie. 

J’ai parfois effacé ma personnalité pour devenir « normal »

Pourtant, je reste profondément ancré dans ce monde, ce pays, cette ville. Pour me faire accepter, j’ai parfois effacé ma personnalité pour devenir « normal » en respectant certains codes de notre société. 

Plusieurs fois au collège, on m’a fait des remarques comme : 

 « Est-ce que t’es amoureux des filles avec qui tu traînes ?

– Non, c’est juste mes potes.

– Alors t’es gay. »

Ou encore :

 « Mdr comment tu t’habilles aujourd’hui ?

– Bah normalement.

– En tout cas, je ne volerai pas ton style. »

Pourtant, ce jour-là, j’étais habillé en jean-basket noir et blanc avec mon fameux pull rose. Rien de choquant, juste une couleur. Cette même couleur qui, mélangée à l’orange et au bleu foncé, anime le ciel au crépuscule… À la suite de cela, j’avais beaucoup plus d’appréhension en le portant, je le mettais beaucoup moins. J’avais peur de potentielles remarques et j’essayais un peu plus de traîner avec des garçons.

C’est une question de génération

Peu après « l’affaire du pull rose », après réflexion dans le bus, la tête collée contre la vitre, j’ai réalisé que je ne devais pas effacer ma personnalité pour être accepté, car je deviendrai une personne classique et lambda. Alors que la beauté se cache dans le fait d’être unique. Un mec lambda, c’est quelqu’un en jogging ou en pantalon avec des baskets Adidas, un pull Nike et qui acquiesce à tout ce que les gens disent. Après cela, chaque matin quand je choisissais mes vêtements, je ne me demandais plus si je devais mettre un habit en fonction des gens, je me suis habillé pour moi.

Mais même si j’ai une éducation non-genrée, ma mère est plus affective que mon père, mon père montre moins ses sentiments, est plus réservé… Ma mère est plus expressive sur la tristesse aussi, et je m’y suis identifié. Mes frères et sœurs aussi. Mais ma sœur reste plus expressive que mon frère et moi.

Au lycée, Clémence ne se sentait pas libre d’exprimer son genre comme elle le souhaitait. Entre le poids des stéréotypes de genre, les réflexions homophobes et l’injonction à l’hétéronormativité, elle s’est longtemps fait discrète, jusqu’au jour où elle a balayé les moqueries.

Je pense que c’est une question de génération. De plus en plus de personnes, notamment de la jeune génération, tendent à s’ouvrir sur cela, mais de nombreux clichés sont toujours présents. Il faut que la société accepte la différence, que les relations filles-garçons deviennent banales, mais avant cela il reste encore beaucoup de temps… Cette évolution, ce changement de mœurs et de comportements, se fait de génération en génération, et ça ne peut pas se faire rapidement.

 

Pablo, 14 ans, collégien, Rambouillet

Crédit photo Unsplash // CC Jason Leung

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