Breno L.

Breno L.10 juin 2019

Le bac pro c’est le zoo, impossible de bosser

Tout juste arrivé en France, Breno s'est retrouvé orienté contre son gré en bac pro, dans une classe où il était difficile voire impossible de travailler. Il a fallu qu'il s'accroche pour déjouer les prédictions des profs et réussir à entrer à l'université.

Par Breno L.10 juin 2019

Brésilien, je suis arrivé en France en 2015 avec l’intention de réussir mon parcours scolaire. À l’époque, j’ai été dans un lycée à Saint-Germain, à Paris, pour passer des examens et, avec une conseillère d’orientation, choisir une voie académique. Comme je ne connaissais absolument pas les filières en France, j’ai décidé de faire confiance à la conseillère. Elle m’a conseillé une filière pro que, dès mon premier jour, j’ai détestée. Elle ne m’a pas dit pourquoi. Je n’ai pas compris. Mes notes étaient bonnes. Je parlais français même si j’avais un accent assez fort.

Dans le lycée en banlieue, dès le premier jour, je me suis senti comme une personne à part. J’étais le seul à y être pour travailler. Les autres étaient là que pour foutre la merde. Les jeunes étaient vachement malpolis face aux enseignants et face à leurs camarades. Ils n’avaient aucun projet de vie, pas d’ambition professionnelle.

On se concentrait pas, certains profs laissaient même tomber !

Non seulement la classe n’avait pas envie de progresser, mais les élèves se comportaient comme des animaux, voire pires selon les occasions,  insultant les parents des camarades, les profs, se bagarrant… Une fois, la principale a essayé de séparer deux étudiants qui se bagarraient et elle s’est pris un coup très fort dans le visage. Une autre fois, un élève a amené un pistolet au lycée pour une raison que j’ignore.

La réforme des lycées pro, une piste pour améliorer les conditions d’apprentissage des élèves ? Beaucoup en doutent aujourd’hui dans le système scolaire.

 

Pendant trois ans de ma vie, je me suis totalement démotivé en passant même par une dépression. J’ai été victime de propos racistes venant de mes camarades de classe tels que « sale immigré, sale blédard, sale clochard, retourne dans ton pays. » Mais le pire dans cette histoire, c’est qu’eux même reprochaient à la société française d’être discriminatoire et raciste envers eux pour avoir la peau noire ou des origines maghrébines.

C’était impossible d’étudier. On se concentrait pas, ils arrêtaient pas de parler, certains profs laissaient carrément tomber. J’ai essayé de me réorienter mais ma prof m’a dit que c’était impossible de passer de bac pro à général, même si j’avais des bonnes notes (ce sont même elles qui m’ont permis d’avoir mon titre de séjour !) et que j’étais sérieux.

J’ai fini par décrocher, mais je me suis ressaisi !

Au bout d’un moment, je venais presque plus en cours, si je venais c’était parce que ma mère m’obligeait. Du coup, mes notes ont chuté, je ne pensais même pas avoir le bac.

Certains profs, au lieu de nous aider, nous démotivaient plus encore avec des propos très vexants comme : « Vous n’allez rien foutre de votre vie avec un bac pro, vous allez travailler toute votre vie dans un supermarché, vous allez gratter les aides sociales toute votre vie, aucune fac vous acceptera. » Je ne dirai pas tous les propos que j’ai entendus, tout ce que j’ai subi, sinon j’y passerais toute la journée.

En terminale, dégoûté et totalement démotivé, j’ai raté mon bac, principalement à cause de mes absences. Puis, six mois après, j’ai décidé de revenir simplement pour obtenir mon bac en me donnant à fond, pour moi mais surtout pour ma mère.

J’ai réussi à traverser cette période très difficile, obtenir mon diplôme et intégrer une licence de LEA [Langues Étrangères Appliquées] que j’aime bien, dans une université qui m’a accueilli à bras ouverts en ne faisant pas de distinction par rapport à mon diplôme. Je suis conscient des nouveaux défis auxquels je fais face. Avec ma motivation, ma confiance et de la rigueur, je compte réussir.

Yamine, un de nos jeunes contributeurs, paraissait dans Le Monde Campus en février dernier. Passé par un bac pro, il a décidé d’aller en fac de lettres contre l’avis de ses profs. Il est aujourd’hui en 3ème année ! « Je n’ai pas envie de faire un travail que je déteste parce que j’ai fait des études que je n’aime pas »

En venant d’un bac pro et en ayant tout vu dans ma vie, je suis bien conscient des inégalités et des discriminations créées par l’État. Les politiciens français, peu importe leur bord politique, doivent trouver la source du problème et ne pas tourner le dos. Comment, sinon, croyez-vous que ces élèves qui ont étudié avec moi, qui seront les citoyens de demain, arriveront à s’en sortir ?

 

Breno, 20 ans, étudiant, Nanterre

Crédit photo © Universal Pictures International France // La Colle (Alexandre Castagnetti, film 2017)

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