Nour S.

Nour S.19 décembre 2018

Etudiante (avec un handicap), la vie m'a apprise une chose c'est qu'il faut toujours avancer malgré la difficulté et ne jamais se décourager car rien n'est impossible.

Le harcèlement scolaire, ça passe ou ça te casse…

Après avoir subi du harcèlement tout au long de sa scolarité, Nour est tombée en dépression à la fac. Aujourd'hui, elle regrette d'avoir attendu si longtemps avant d'en parler.

Par Nour S.19 décembre 2018

L’ignorance est le meilleur des mépris. Je crois que c’est ce qui m’a permis de tenir bon pendant cinq longues et pénibles années de harcèlement.

À  cinq ans, quand j’ai mis un pied dans cet établissement privé catholique de Saint-Denis (93), la seule chose que je voulais, c’était apprendre. Seulement, j’ai vite déchanté. En une année, j’ai vu mon monde s’effondrer sans rien pouvoir faire. Dès la fin du CP, mes camarades me donnaient des surnoms soi-disant « affectueux », comme « Nour la trompette ». Je me disais que c’était drôle, donc j’ai laissé couler. Je n’avais pas de recul.

L’année suivante j’ai compris que mon calvaire ne faisait que commencer. Après les surnoms qui n’avaient ni queue ni tête, j’ai eu droit à des critiques sur mon physique. Une malformation musculaire faisait que je boitais. Et j’avais un strabisme qui, à l’époque, se voyait comme le nez au milieu de la figure.

J’étais rejetée parce que différente

La cruauté est allée beaucoup plus loin quand mes camarades ont compris que j’avais un handicap. Ils disaient des saloperies dans mon dos. Pire encore, ils venaient carrément me déverser leur haine en pleine gueule. Tout ce que je voulais, c’était me faire des amis ! Au lieu de ça, j’avais droit à des insultes, des bousculades, des pantalons baissés en cours de sport ; ce que mon prof ne voyait pas du tout. J’étais rejetée, personne ne voulait de moi comme amie, parce que j’étais très « différente » et que je ne rentrais pas dans les « critères » de mes camarades.

Très vite, ils sont passés à la vitesse supérieure. Des gestes qu’on n’oublie pas. Je me souviendrai toujours du jour où, au parc, alors que j’allais grimper sur le jeu de l’araignée, une fille de ma classe a débité tout un tas de conneries sur ma mère et sur moi. Et à la fin, j’ai eu droit à un joli doigt d’honneur avec un joli sourire. Sur le coup, je lui ai répondu, mais ça ne l’a pas empêchée de continuer, alors je suis partie et j’ai pensé : « Elle se croit intelligente en me disant ça ? Niveau stupidité on ne peut pas faire mieux ! »

J’ai passé toute ma scolarité sur un banc

Mais je crois que ce qui a failli avoir ma peau, c’est quand j’ai compris que rien ne changerait, que les convocations dans le bureau de la directrice n’aboutiraient jamais à rien. Elle ne faisait rien pour que ça s’arrange. Elle donnait même raison aux autres ! Du coup, j’ai passé toute ma scolarité sur un banc, tous les jours pendant cinq ans, je regardais tout le monde s’amuser pendant que moi, j’étais seule.

Tous ces événements m’ont brisée à petit feu, jusqu’à ce que je pense à la chose la plus horrible. Je n’avais que neuf ans quand j’ai songé au suicide. Je n’avais qu’une idée en tête : prendre un couteau et me trancher les veines tellement je n’en pouvais plus. Aller à l’école était devenu horrible, mais j’essayais de faire bonne figure. J’en avais marre de pleurer dans ma chambre la nuit lorsque tout le monde dormait profondément. J’en avais assez.

J’étais devenue un bloc de béton

On m’a volé mon enfance, on m’a volé un bout de ma vie…. On m’a démolie. Il ne restait plus rien de moi lorsque j’ai quitté « mon enfer sur terre ». Avec le recul, j’ai compris que ce n’était pas la solution. Alors j’ai fait le nécessaire pour ne plus jamais y penser. Encore aujourd’hui, je me demande pourquoi on s’en est pris à moi. Je n’ai aucune réponse. Je ne le saurai peut-être jamais. Plus j’essaie, plus je me heurte à un mur.

Personne n’a rien fait pour moi. J’ai dû me débrouiller seule face à la cruauté de mes « camarades de classe» ou plutôt mes « tortionnaires ». C’est le seul mot qui me vient à l’esprit pour parler de mes harceleurs. J’ai appris à en faire abstraction. Je me suis forgé une carapace pour me protéger et ne pas souffrir plus. J’ai compris que rentrer dans leur jeu allait alimenter mon calvaire, alors j’ai fait comme si plus rien ne m’atteignait. À la fin du primaire, j’étais devenue un bloc de béton.

Essayer d’en parler, sans honte

Après ça, j’ai dû me reconstruire seule, à mon rythme, et ça n’a pas été de tout repos. J’ai évacué par petites vagues toutes les émotions négatives que j’avais refoulées. La tristesse, la colère, la haine et le dégoût. Lorsque j’ai compris ce qui m’était réellement arrivé, ça a été un choc. Ma prise de conscience remonte à cinq ans. Je me souviens encore de cette soirée d’août où j’ai vidé mon sac pour la première fois à une camarade. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Mais le pire, ça a été l’incompréhension sur le visage de mère. Elle voulait savoir ce qui était en train de m’arriver, mais j’ai refusé de lui parler. Je refusais de mettre un nom sur l’horreur que j’avais vécue. C’était inconcevable pour moi. Mais j’avais surtout honte. Honte parce que j’avais gardé tout ça pour moi pendant tellement longtemps. En parler était au-dessus de mes forces.

Il a fallu attendre mon entrée à la fac pour que mon traumatisme se réveille et que je prenne conscience que je ne pourrais pas surmonter cela toute seule. En première année de psychologie, la vague de mes vieux souvenirs m’a submergée. Mon humeur qui était au plus haut niveau quand j’ai débarqué à la fac a subitement changé et au bout d’un mois, je ne faisais plus rien du tout. Je m’effondrais en cours tellement je ne supportais plus mon environnement. Je voulais tout plaquer, arrêter mes études. Mais j’aurais donné raison à beaucoup de personnes qui m’avaient répété quelques années plus tôt, maintes et maintes fois, que je ne ferais rien de ma vie.

Les mots « harcèlement scolaire » ont franchi mes lèvres

J’étais entrain de dépérir. Ce que j’avais subi douze ans plus tôt m’avait conduit à la dépression nerveuse. J’étais à la limite du burn-out. J’étais spectatrice de ma chute et de mon échec scolaire. C’était insupportable, mais je ne pouvais rien faire, je ne voulais rien faire. Ma mère me voyait changer. Cela lui faisait mal, mais elle n’avait pas encore conscience de mon mal-être. Mi-octobre, je suis allée manger avec ma mère et on a discuté de mon état qui se dégradait. Mais encore une fois, impossible d’en parler clairement. J’ai dû lui balancer la réalité en pleine gueule après qu’elle m’a tiré les vers du nez pendant que j’attendais le bus pour rentrer chez moi. C’est à ce moment-là que les mots « harcèlement scolaire » ont franchi mes lèvres pour la première fois.

J’ai dû prendre sur moi et faire une chose que je n’avais jamais faite : demander à aller voir un psychologue. Et pour la première fois de ma vie, j’ai vu ma mère pleurer. Elle culpabilisait de n’avoir rien vu et rien pu faire pour moi. Mais c’était mon choix de ne rien dire pour préserver mon entourage.

J’ai dû me rendre chez le psychologue durant trois mois avant d’aller mieux. Si je devais résumer mon année de psychologie, en quelques mots, ce serait « fiasco le plus total » et « gigantesque pétage de plomb ». Peu à peu j’ai remonté la pente, j’ai terminé ma première année. Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux et c’est le plus important. Je pense que j’aurais dû vider mon sac plus tôt, mais il m’a fallu un double déclencheur pour que ça se fasse disons « naturellement ».

N’attendez pas qu’il soit trop tard comme moi pour réagir. Aborder un sujet comme celui-ci, c’est un mal pour un bien. Dès que vous sentez que la situation dégénère réagissez, sinon les conséquences seront encore plus importantes. Ce qui vous aidera, c’est d’en parler, cela vous libérera d’un poids. Et surtout, soyez fier de ce que vous êtes ! Acceptez-vous tel que vous êtes sans que personne n’ait à vous dire quoi faire !

 

Nour, 19 ans, étudiante, Paris

Crédit photo Pixabay // CC0 Creative Commons 

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1 réaction

  1. Il t’a fallût beaucoup de courage pour surmonter ces épreuves
    En effet, étant jeunes les imbéciles rejettent ceux qui sont différents, et une fois adultes ils veulent tous être différents.