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Lila L.11 janvier 2020

Les écoles prestigieuses, c’est pas pour les filles de cité

Ne pas partir avec les mêmes chances que d'autres, ça me rend triste. Je n'irai jamais dans une bonne école mais je ne vais pas baisser les bras !

Par Lila L.11 janvier 2020

Tous les dimanches, on regarde des reportages télé en famille. Un soir d’hiver, je m’en rappelle, nous en avons regardé un sur un lycée prestigieux en Suisse. Les bâtiments étaient neufs, pas abîmés. Il y avait une piscine, une cafétéria. Les cours étaient en petits groupes. Ils avaient du matériel, des ordinateurs. J’ai été choquée. J’ai compris ce jour-là que tout le monde ne pouvait pas entrer dans ces écoles-là, que je ne faisais pas partie de ces personnes qu’on forme à devenir les futurs dirigeants du monde. Je n’en ai pas les moyens financiers.

Voir ces images a provoqué en moi beaucoup de tristesse. J’aurais aimé que dans mon lycée, au Bourget, il y ait les mêmes choses que dans ce lycée, ces écoles prestigieuses :  une piscine, une cafétéria, des classes réduites. Je savais qu’il y avait des inégalités, mais je n’avais jamais réalisé à quel point.

On voyait que ce n’était pas n’importe qui…

Le cercle des écoles prestigieuses reste très fermé. Les lycéens dans ce documentaire avaient les mêmes vêtements, les mêmes attitudes, les mêmes codes. On voyait que ce n’était pas n’importe qui. Moi, je suis n’importe qui. Je fais partie du troupeau. Je ne sors pas de l’ordinaire. Ma vie est banale. Mon père n’est pas ministre. Mon réseau est plus faible et ne me donne pas les mêmes chances. Je dois réussir par moi-même. Eux réussissent grâce à leurs parents.

Mais je ne suis pas fataliste. J’aimerais travailler dans le marketing digital pour sortir du lot, avoir des contacts avec l’étranger. N’avoir pas un simple métier, mais un vrai truc. Je ne veux pas vivre dans la cité plus tard. Je ne veux pas que mon futur soient comme ce qui m’entoure aujourd’hui : de grandes barres HLM, un trou à rat. Je ne veux pas que mes enfants voient ce que j’ai vu : des gens qui vendent de la drogue, les voisins se faire virer parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer leur loyer… la misère.

Lila se pose ces questions au lycée par rapport à sa situation, à sa classe sociale, à son quartier. Ça évoque forcément le #LaPrécaritéTue qui a beaucoup tourné sur twitter. Être étudiant et sans argent, ça a un prix ! Pas besoin de fréquenter des écoles prestigieuses pour cela…

Mes parents n’ont pas les moyens de me payer de grandes études comme les lycéens de ce documentaire. Mais, ma chance, c’est quand même l’école. Au collège, j’étais une élève perturbatrice. J’ai réussi à aller en bac général en faisant appel. Passer en général et pas en pro, ça m’a changée. ça a été le déclic. J’ai choisi d’aller en STMG et maintenant, je travaille et je m’en sors bien. Je veux faire un BTS après le bac et puis continuer, peut-être même trouver une école de commerce pas payante. Je mise tout sur l’école. Je dois travailler dix fois plus que les jeunes de ce documentaire. Ils ont déjà leur carnet d’adresse, leur chemin est tracé. Pas le mien !

 

Lila, 17 ans, lycéenne, Le Bourget

Crédit photo Unsplash // CC Linh Koi

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1 réaction

  1. Petit message de courage et d’ambition c’est super. Continue et bât toi pour tes rêves et ils se réaliseront. Merci à toi !