Andréa D.

Andréa D.2 septembre 2019

« La valeur d’une personne réside dans ce que l’est et non dans ce qu’elle a »

L’internat c’était fun et ça m’a fait grandir

Au lycée, je suis entrée à l'internat pleine d'appréhension. J'en suis finalement ressortie, trois ans plus tard, grandie.

Par Andréa D.2 septembre 2019

La plupart des internes au lycée l’ont toujours vu comme une sorte de prison. Au-delà de cet aspect, c’est un lieu de formation à la vie pratique, un lieu de solidarité, de savoir-faire et de savoir-vivre, surtout quand on est responsable des autres internes. Je suis une ex-interne. J’ai passé mon adolescence dans un internat et je m’y suis responsabilisée.

Après mon brevet, mes parents m’y ont inscrite afin de faciliter mon accès à l’école, car nous habitions dans une autre ville de la Côte d’Ivoire, loin de l’école, à deux heures de route : il fallait prendre un car, puis descendre dans une ville et prendre le taxi. Si je me réveillais en retard, j’étais sûre de manquer mon cours de la première heure. Je devais me lever à 5h pour le cours de 8h. Donc l’internat, c’était plus approprié. C’était aussi pour que je sois plus concentrée : pas de télé, de téléphone, de sorties…

J’avoue que j’appréhendais l’internat, surtout au niveau alimentaire. Je savais que j’allais être privée de ce que j’aimais le plus : le garba, l’attiéké, le poisson frit et les légumes. J’ai donc essayé de convaincre mes parents mais, comme ce n’était pas une raison valable, ils ont refusé. J’ai été inscrite à l’internat en octobre 2015, en seconde.

On savait qui j’étais et il y avait une bonne ambiance

Après mon inscription, je suis rentrée au dortoir et je me suis faite interpeller par la responsable. Dans son bureau, j’ai vu que mon nom était affiché comme surveillante d’internat (stagiaire). C’est une responsabilité attribuée à trois filles par dortoir. Nous devions nous occuper des filles. Une sorte de décentralisation, un intermédiaire au niveau de l’internat.

On devait éteindre les lumières à l’heure indiquée (21h ou 22h selon les niveaux) ; réveiller les filles pour se préparer pour les cours ; contrôler le ménage ; veiller au silence lors des études et du repos… Nous étions comme des « grandes sœurs » pour les autres et en même temps, les yeux de la directrice d’internat : on devait lui signaler les problèmes. On devait toujours faire un compte rendu le dimanche, dès notre rentrée du week-end, des filles absentes ou pas.

Cette année-là, j’ai aussi été nommée cheffe de classe par mon éducatrice, j’ai donc endossé une double responsabilité : internat et classe. Ça m’a plu parce qu’au collège, j’avais l’impression d’être invisible et là, je me suis retrouvée au centre de tout. On savait qui j’étais. Il y avait une bonne ambiance, il faisait bon vivre.

Les samedis où nous restions, nous passions la soirée à chanter et à danser. Il y avait des élèves de la cinquième à la terminale. Les petites jouaient, couraient dans tous les sens. C’était fun ! On sortait de l’internat seulement chaque quinzaine, sauf si nous étions malades. Du coup, nous trouvions des astuces pour avoir juste un peu de fièvre et rentrer à la maison plus souvent : il fallait se mettre de l’ail sous les aisselles pendant une demi-heure et notre température faisait plus de 37° C ! Ou on allait voir l’infirmière et on lui racontait tous les symptômes du paludisme et que ça avait commencé la nuit. Et elle disait : « C’est un début de paludisme, trois jours de repos. » Et là, on appelait les parents.

En première, j’étais pas responsable et ça m’a permis de me rapprocher de ma promo, de me créer un groupe d’amis avec qui je faisais plein de bêtises ! J’étais plus libre, pas responsabilisée, je pouvais faire ce que je voulais.

J’encaissais tous leurs caprices, puis j’en ai eu marre

Mais, en terminale, j’ai décidé de me représenter en tant que surveillante pour étudier calmement, m’autodiscipliner. Parce que l’année d’avant, j’étais moins concentrée. On m’a confié le dortoir des filles de première. C’était un peu difficile : en seconde, j’étais sous-cheffe, alors que là, c’est moi qui devait tout faire ! Surtout au niveau du respect car c’était moi qui devait donner les consignes, veiller à ce qu’elles respectent le règlement et on était pratiquement de la même génération. Je savais que c’était une promotion mal vue !

Dès la rentrée, j’ai appelé tout le dortoir pour une réunion afin de me présenter, montrer comment je voulais qu’on fonctionne pendant tout le temps qu’on passerait ensemble. J’ai craint ce moment car j’avais du mal à m’exprimer en public. Mais elles sont restées sages à m’écouter, à poser des questions, il y en avait que j’avais surveillées en seconde qui ont dit que j’étais gentille et bonne élève. J’ai ressenti un sentiment de fierté ce jour-là. C’était agréable à entendre.

Mais plus le temps passait, plus elles devenaient bruyantes. La responsable de l’internat m’appelait pour me faire des reproches. Je ne voulais pas me faire détester du coup j’encaissais tous leurs caprices, mais j’en ai eu marre. J’ai employé la manière forte avec les punitions, envoyé les noms des plus indisciplinées à la directrice qui les renvoyait de l’internat pour une semaine ou deux. Ce que je craignais arriva : la plupart n’ont plus voulu me parler, elles sont devenues froides avec moi.

Autre internat, autre ambiance ! Bryan a passé deux ans dans un lycée militaire. Sport intensif, travail acharné pour avoir son bac, rigueur militaire… avant de découvrir la fac. Une liberté à laquelle il n’était pas vraiment préparé.

Mon éducatrice m’a dit que je n’étais pas à ce poste pour leur plaire, ni être à leur disposition, mais pour faire respecter le règlement de l’internat. Si elles n’acceptaient pas, elles seraient toutes renvoyées. Le soir même, je les ai convoquées à une réunion pour leur faire comprendre que je n’allais plus encaisser leurs fautes. Certaines mais pas toutes. On a aussi parlé du ménage : je devais repasser à chaque fois afin que tout soit propre comme j’aurais voulu. Après ça, elles sont revenues à la raison et nous avons passé de bons moments. Nous étions le troisième dortoir le plus propre sur les douze de l’internat.

J’ai eu mon bac et j’ai quitté l’internat avec une grande fierté. Ces expériences m’ont permis de m’occuper de mes « vrais » frères, de savoir parler comme il faut selon la personnalité des gens, de gérer les tâches ménagères et d’accepter de prendre mes responsabilités. Je note une différence positive avec mes amis qui n’ont pas fait ça : l’internat, ça m’a rendue mature.

 

Andréa, 18 ans, étudiante, Bougival (78)

Crédit photo Pixabay // CC0 Igorovsyannykov

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10 réactions

  1. Belle plume. J’apprécie l’originalité et la conformité des idées avec la réalité.

  2. Très bel article

  3. La vie a l’internat n’est pas toujours une choses aisées, nous sommes tous des humains, l’entente devait y régner mais cela est difficile, nous sommes parfois livré à nous même et nous nous sentons vraiment seul. Mais en fin de compte c’est une très grande richesse de la vie que nous y acquérions. Courage à tous et que nous prenions la vie du bon côté afin de forger notre propre personnalité dans ce cadre de vie et de formation.

  4. tres bel article. pas trop d’idée fictive et j’apprecie vraiment l’originalité avec la realité. sache que tout debut n’est jamais facile. le garba t’a vraiment manqué à tel point de vouloir renoncer a l’internat? mdr
    content d’avoir lu cet article…

  5. C’est vraiment beau ce que tu a sur écrit. Félicitations !

  6. Beau texte Andréa! En fin de compte l’internat c’est pas la prison! Et en plus, ça aide vraiment après à ne pas être trop nostagique quand il s’agit de poursuivre ses études loin de ses parents.
    Contente de lire tes expériences que j’ai aussi vécues même un peu différemment!

  7. Super article Andréa! Tu écris super bien et tu m’as même fait revivre quelques moments qu’on a passé là-bas.

  8. Bravo. Belle expérience je dirai

  9. Bravo ma fille
    Ton récit m’a beaucoup plu et sache que je suis fier de toi
    Je te love

  10. Je suis d’avis avec les autres commentaires sur la simplicité et la coordination de cet article bien rédiger et lisible.
    Félicitations Andrea.
    Bonne chance pour la suite