Cassandra8 décembre 2018

Malvoyante, j’ai mis du temps avant d’accepter d’être aidée

Cassandra est malvoyante. Ne voulant pas être stigmatisée, elle a longtemps refusé de se laisser aider, en classe, par un AVS (Assistant de Vie Scolaire). L'une d'entre eux a finalement réussi à lui faire prendre conscience de l'aide et du réconfort que ces professionnels pouvaient lui apporter.

Par Cassandra8 décembre 2018

Je suis née malvoyante et j’ai honte d’en parler car en plus de ce problème de vue, j’en ai un autre : mes yeux bougent tout seuls. On appelle ça un nystagmus. Cela me pose des problèmes en cours, quand je ne vois pas ce qui est écrit au tableau par exemple.

Au collège et au lycée, je prenais des notes en demandant à certains profs de me dicter leurs cours… Très vite, j’ai remarqué que ça dérangeait l’une de mes profs d’anglais. Ça me gênait, alors j’ai arrêté de noter et, comme j’ai une bonne mémoire auditive, j’essayais de retenir le cours comme ça.

« Je suis comme les autres, je veux être autonome »

J’ai des Assistants de Vie Scolaire (AVS) pour m’accompagner. Mais pendant longtemps, je n’ai  pas voulu de leur aide. Pour moi, j’étais comme les autres. Je voulais être autonome et ne pas avoir quelqu’un qui me colle tout le temps. En plus, j’avais redoublé deux fois, j’étais en bac pro et rien que pour ça, j’avais l’impression qu’on nous considérait comme des élèves inférieurs. Je ne voulais pas en rajouter.

Mais les AVS étaient quand même là. Alors, pour leur faire comprendre que je ne voulais pas d’eux, j’étais souvent agressive et de mauvaise foi. Je ne leur disais pas bonjour. Pendant les cours et les contrôles, je ne les calculais pas. Je voulais montrer que je me débrouillais. Au point que certains ont arrêté de travailler avec moi. Je me souviens bien de mes deux premiers AVS. Ils me tapaient vraiment sur le système.

La première, Sadia, racontait tout aux profs, tout le temps. Elle se mêlait de tout et parlait mal aux élèves. Pierre, le suivant, n’était pas méchant. Il prenait les cours et ne m’aidait pas plus que ça. Lui aussi se mêlait de tout. Par exemple, en cours, il prenait la parole pour répondre à la place des élèves, il coupait même la parole au prof. Une fois, j’ai eu un souci pour un stage. Pierre était au courant. Et quand une prof m’a demandé où j’en étais dans mon stage, c’est lui qui a répondu à ma place. Pourtant, je ne lui demandais rien ! Même quand je partais d’un cours énervée ou quand j’allais aux toilettes ou à l’infirmerie, il tenait absolument à me suivre ou m’accompagner, alors que je pouvais y aller seule.

J’ai fini par accepter

Et puis, un jour, j’ai fini par accepter une AVS. Un peu à contrecœur au début. Je me souviens du premier jour avec Sarah. Je l’ai vraiment mal accueillie. Tout de suite, elle m’a dit : « Je suis là pour t’aider. » J’ai senti que je pouvais travailler avec elle. C’était la première à me donner des cours particuliers. Elle me lisait les consignes et j’écrivais sur mon ordinateur. On s’entendait bien. Au bout d’un moment, Sarah n’a plus pu m’aider, car il y avait d’autres cas plus urgents et pas assez d’AVS pour tous ceux qui en avaient besoin. Sarah m’a proposé une autre personne : Leïla. J’ai tout de suite accepté. Leïla a pris le même rôle que Sarah. Elle m’aidait à prendre les cours, m’assistait pendant les contrôles, puis me donnait des cours de soutien. Tout se passait bien avec elle.

À l’école, ça se passe beaucoup mieux pour Adrien depuis qu’il est accompagné de Khelloudja, son AVS ! Elle l’aide à suivre les cours, à écrire… et à gagner en confiance en lui aussi.

Avec mon handicap, beaucoup de profs ne croyaient pas en moi. Encore moins quand je leur ai dit que je voulais être avocate. « Trouve un plan B », m’a carrément dit une prof. Heureusement, j’ai pu compter sur mon AVS pour reprendre confiance en moi et retrouver le goût des études.

En terminale, une prof m’a conseillé le DU PaRéO, à l’Université Paris-Descartes, pour bénéficier d’une remise à niveau avant d’aller à la fac. Je ne connaissais pas. Dans Parcoursup, j’ai mis des licences et des DU de droit auxquels j’ai été acceptée malgré des commentaires comme celui de ma prof de français qui avait noté : « Projet irréalisable. »

Là encore, mon AVS, dont je n’ai pas voulu pendant longtemps, m’a soutenue. Finalement, j’ai moi-même refusé les licences, car je veux être sûre de moi avant de me lancer dans une licence. Je crois en moi. Et maintenant, je sais qu’avec ou sans aide, j’y arriverai.

 

Cassandra, 20 ans, étudiante, Paris

Crédit photo AdobeStock // ©  Jérome Aufort

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