Auxence D.

Auxence D.10 janvier 2019

De Champigny-sur-Marne, étudie les humanités à l'université Nanterre.

Mon échec aux concours m’a aidé à me réorienter

Après deux ans de prépa, Auxence s'est confronté aux oraux des écoles de commerce. En échouant à ces épreuves, il a compris qu'il devait changer de voie et suivre ses envies, plus littéraires.

Par Auxence D.10 janvier 2019

Mes examens pour les écoles de commerce n’ont pas pris la tournure que j’espérais. Dès le début de la seconde année de prépa économique et commerciale, je me suis aperçu que je ne connaissais rien des écoles de commerce et que je m’étais lancé sur un coup de tête, ne sachant pas vers où m’orienter après mon bac. J’appréhendais les concours, partant de l’idée que mon niveau n’était pas assez bon et que la sélection était très rude.

Mais les résultats écrits n’ont pas été si catastrophiques, certaines de mes notes ont même été très flatteuses. Je me suis découvert un profil davantage littéraire qu’économique, en réalité. Le mélange d’espoir de réussir les concours par fierté personnelle et de désinvolture m’a envoyé aux écrits moins stressé que le candidat moyen et donc étrangement performant par rapport à mon niveau habituel.

La journée est divisée en quatre oraux

Finalement, le jour des résultats est tombé et j’ai été admis dans deux écoles bien classées, Kedge et Skema, ainsi que d’autres écoles plus petites. J’ai alors choisi de passer seulement Kedge ainsi qu’une école dite d’entraînement, c’est-à-dire une école que je ne veux pas du tout intégrer car elle ne me plaît pas mais qui sert d’échauffement pour les oraux suivants.

Les écoles de commerce exigent que le candidat vienne avec un projet en tête, même s’il n’est pas très précis, pour tester notre capacité à nous imaginer en entrepreneur. C’est pourquoi je me suis inventé de toute pièce un profil culturel, axé sur le métier de producteur de cinéma, car c’est une vraie passion que j’ai et c’est une profession qui nécessite des compétences managériales. Je me suis dit que c’était un projet audacieux car les jurys d’écoles ont plutôt l’habitude de recevoir des candidats attirés par l’audit et la finance. J’ai aussi pris en compte le fait que les associations cinéphiles ne manquent pas dans les écoles de commerce et que ça met en avant un côté « créatif » dans mon profil.

J’ai donc commencé par mon école d’entraînement. La journée s’est divisée en quatre oraux (motivation, culture générale, deux langues vivantes), que j’ai passés non sans difficultés. Défendre un projet atypique n’est pas si simple quand tu n’as pas grand-chose à mettre sur ton CV et que le jury veut vérifier ta connaissance du marché de l’art… Je n’ai pas non plus bien maîtrisé les trois autres oraux car j’ai eu le tort de penser que ce serait facile et j’ai peu révisé. Cette journée ne m’a en tout cas pas rassuré quant aux écoles de commerce, tant j’ai trouvé que l’école manquait de moyens et tentait désespérément de compenser par un accueil exagéré.

Pour la première fois, mon choix était personnel

Mon second oral a donc été celui de Kedge. Si j’ai trouvé l’organisation et l’accueil meilleurs, je n’ai pas eu l’impression que c’était moins superficiel. Je savais bien que cet accueil chaleureux du premier jour ne serait jamais retrouvé le reste de l’année, et de toute façon, nous autres candidats étions bien trop anxieux pour profiter de l’instant. Malheureusement, mon projet n’a pas fait mouche lors de l’oral et je suis tombé dans plusieurs pièges faciles du jury. Je me suis démené pour vendre mon projet comme un business lucratif et passionnant, mais il n’a passionné que moi.

Revenu chez moi, j’ai pris du recul sur ces oraux. Je ne me suis pas senti proche de ce milieu qui exige de bien savoir (se) vendre, et ma tentative de présenter un projet un peu alternatif s’est soldé par un échec cuisant. Cela m’a poussé à chercher d’autres orientations, des voies qui ressembleraient aux cours de la prépa économique/commerciale. Je voulais également plus de matière littéraires, mon point fort en prépa, car j’étais lassé de l’économie en matière principale et je ne pouvais plus voir les maths en peinture. J’ai postulé à plusieurs licences à la Sorbonne, à Nanterre, ainsi qu’à Dauphine et j’ai passé le concours Sciences Po Bordeaux. Après plusieurs semaines d’attente et de questionnements sur mon avenir, j’ai finalement été pris en licence 3 d’humanités à Nanterre. Pour la première fois dans mes études supérieures, j’ai senti que mon choix était personnel, et non pas guidé par les conseils de mes proches et mes profs qui me veulent tout le bien du monde mais ne peuvent pas savoir ce que je veux à ma place.

Je ne tiens pas du tout à condamner les écoles de commerce, car je sais que certains y trouvent leur bonheur, mais mon expérience m’en a détourné. Ces deux années débouchant sur un concours m’ont appris que j’étais assez littéraire et analytique dans ma façon d’être, ce qui m’a fait trouver ma voie. Le simple fait de changer d’orientation vous apprend bien plus que vous ne le croyez sur qui vous êtes, sur vos aspirations, vos craintes. Pour ma part, j’ai gagné en maturité et tout ce que j’ai appris en prépa reste un acquis précieux pour mon orientation actuelle et future.

 

Auxence, 19 ans, étudiant, Champigny-sur-Marne

Crédit photo Flickr // CC Ecole Polytechnique

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