Marie U.

Marie U.7 août 2018

J'ai longtemps cru que les autres savaient mieux que moi ce dont j'étais capable et qu'ils étaient plus aptes que moi à décider de mon orientation.

Nulle en maths, j’ai failli passer à côté de ma passion !

Marie a toujours voulu faire de la biologie. Mais ses profs l'en ont toujours dissuadée. Il lui a fallu trois ans à la fac avant de se rendre compte qu'elle passait à côté de son avenir !

Par Marie U.7 août 2018

J’ai toujours eu envie de travailler avec les animaux. Comme de nombreux enfants, je voulais devenir vétérinaire. En Première, je rentre donc en S dans l’idée de partir en prépa BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la Terre). Mais mes notes en maths dégringolent et ne se sont jamais améliorées. Consciente que mon dossier n’est pas suffisant pour la prépa, j’envisage une licence de biologie. Malheureusement pour moi, mon prof principal de Terminale, c’est mon prof de maths. Et il me voit comme une incapable en raison de mes résultats (catastrophiques, je dois l’admettre) dans sa matière. À chaque conseil de classe, il explique aux autres profs pourquoi je ne serai pas capable de suivre en licence de biologie malgré de bons résultats en SVT et corrects en physique-chimie. Idem lors des réunions parents-profs ou lors de nos entretiens.

Malgré le support de ma prof de SVT, je suis jeune et influençable et je finis par me décourager.

Je ne sais plus quoi faire. Je n’ai jamais vraiment réfléchi à une alternative. Je prends le temps de regarder mes résultats dans chaque matière, persuadée que mes notes sont plus importantes pour mon orientation que mes propres envies. J’ai de bonnes notes en histoire ainsi que dans les matières littéraires (français et philo). J’envisage donc une filière littéraire ou une licence d’histoire, mais cela signifie pour moi d’abandonner complètement le côté scientifique. Alors que j’aime ça !

Je choisi donc l’archéologie : un mélange d’histoire, d’anthropologie et de paléontologie. Pour avoir ma dose de sciences.

#Voixdorientation : cet article fait partie d’une rubrique hebdomadaire que nous publions dans Le Monde Campus !

Mais, arrivée en L1, je m’ennuie. J’ai envie de quitter la licence et de partir en biologie. Mais les voix de mes profs de lycée résonnent toujours dans ma tête : je ne suis pas faite pour les sciences, je n’ai pas un esprit fait pour le raisonnement scientifique. Alors je me résigne, je me dis que peut-être la deuxième année se passera mieux et que je développerai plus d’intérêt. Mais à la fin de l’année, même constat.

J’en parle à ma mère : “Je pourrais peut-être partir en géographie ?” (Toujours impossible pour moi de partir en biologie, je suis trop nulle en maths !!!) Elle me dit qu’il ne me reste qu’un an, je devrais faire l’effort de terminer. Et puis en L3, nous avons finalement des cours de paléontologie et un peu de paléoenvironnement (de la biologie quoi). Mais non, une fois de plus, c’est la déception. Je ne me vois pas d’avenir dans cette discipline. Même les stages sur les chantiers de fouilles sont d’un ennui mortel : creuser le sol pendant des heures à la recherche de fragments de céramique… Non, très peu pour moi. Je ne vois pas vraiment l’intérêt de ce que j’étudie. En quoi devenir archéologue ferait de moi une personne utile ? J’ai envie d’exercer un métier qui a du sens, si possible dans la protection de l’environnement et de la biodiversité. Je réfléchis, je reconsidère ce que mes profs m’ont dit au lycée et je décide de tenter ma chance en biologie. Quitte à rater ma première année et à repartir faire un master en archéologie.

Avec courage, je me réoriente !

C’est décidé. J’y vais et… je ne surmonte pas mes difficultés en maths. Mais le coefficient est tellement faible que je me concentre sur la zoologie, l’éthologie, la botanique… Et je valide ma L1 ! Je reprends confiance en mes capacités. Mes profs de lycée avaient tort, semble-t-il.

En L2, je travaille plus, mon niveau d’anglais est bon et j’entends parler d’Erasmus. Je dépose un dossier et bingo, je suis envoyé un Suède pour ma troisième année. En même temps, je commence à penser à mon master (chose que je ne pensais même pas possible en rentrant en L1) : quel domaine de la biologie ? Zoologie ? Ethologie ? Oui, mais les débouchés sont faibles, c’est difficile de se faire une place dans le milieu.

Peut-être, mais je me suis déjà restreinte parce que j’ai écouté les conseils d’autres personnes. Je ne ferai pas la même erreur deux fois. J’envisage un master à l’étranger, d’autant plus qu’avec la nouvelle loi, entrer en master d’éthologie en France semble compliqué : il faut avoir fait des stages, avoir de l’expérience dans le domaine, etc.

Je suis actuellement en M1 et je pars en Espagne dans quelques mois pour mon projet de master. Je vais étudier le comportement alimentaire des tortues marines à l’océanographique de Valencia.

Tout ceci peut sembler peu pour certains, mais c’est beaucoup pour moi. Pour l’élève qui se faisait rabaisser par son prof à chaque fois qu’elle rendait une copie : “toujours aussi nulle”, “aucun progrès comme d’habitude”, “c’est à se demander comment on a pu te laisser entrer en S”, et j’en passe. C’est beaucoup pour une élève qui était considérée comme incapable juste parce qu’elle avait des difficultés en maths.

 

Marie U., 24 ans, en master 1 biologie en Suède (via Erasmus)

Crédit photo AdobeStock // CC Creativa Images

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1 réaction

  1. Ton témoignage que j’ai lu il y a déjà plusieurs mois, me donne espoir et en même temps, me fait un peu rager d’avoir écouté les profs.

    Je suis presque exactement comme toi : je veux travailler dans l’environnement, pour protéger les animaux, la nature… Seulement, j’ai un handicap qui touche à la fois mes capacités physiques et mes capacités mathématiques/scientifiques(je suis dyscalculique à niveau très élevé. C’est la même chose que la dyslexie mais pour les maths).

    Du coup, on m’a toujours dit que les métiers touchant aux animaux/ à la nature étaient soit trop physiques soit trop scientifiques pour moi. On m’a encouragé (le mot est faible) à aller dans les matières littéraires car j’y suis très douée. (sans me vanter)
    Sauf que je n’ai jamais eu envie de devenir prof de lettres ou éditeur ou libraire, même si ce sont des métiers intéressants.

    J’ai fait, comme toi, 3 ans d’études sup mais contrairement à toi, je n’ose pas aller en biologie car j’ai vraiment peur que ma dyscalculie me fasse échouer. Alors, je cherche ma voie en créant mes propres projets pour l’environnement. Mais peut-être que j’ai tort. Peut-être que je pourrais aller en biologie et c’est ce “peut-être” qui me rend dingue… ^^

    En tout cas, tu as un magnifique parcours. Je te souhaite de t’éclater toujours dans ton boulot