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Soha M.15 juin 2020

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » C’est compliqué…

Je suis en terminale, et l'année prochaine, je ne sais pas quoi faire. Mes proches s'inquiètent pour mon orientation, mais moi, je ne me sens pas prête pour décider.

Par Soha M.15 juin 2020

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », « Quel est ton projet d’avenir ? », « T’as enfin trouvé ce que tu veux faire ? » Ces mêmes questions et toujours les mêmes réponses. Je suis en terminale. L’orientation est importante, je le sais. Mais est-ce ma faute si je n’ai pas encore trouvé le métier de mes rêves ?

On me traite d’indécise et de petite fille. Ma mère me dit que je me voile la face et que je suis trop insouciante par rapport à l’avenir. Elle juge mon indécision comme un manque de volonté. Mon approche face à l’avenir est certes minime mais elle n’est pas inconsciente. J’en ai juste peur et c’est normal.

Tout le monde choisi son orientation, et moi je reste au point de départ

Si je bloque sur mon orientation, c’est parce que je n’ai pas une vision claire de moi dans l’avenir. J’ai toujours eu cette habitude d’être portée par une vague et de prendre toutes les opportunités qui me tombent dessus. C’est pour cela que de me spécialiser dans un domaine me paraît compliqué.

Moi, je veux juste garder cette liberté d’apprendre toujours plus dans plusieurs domaines sans me restreindre du temps qui passe. Le monde avance si rapidement, que ce soit dans ma vie ou dans mon entourage, et moi je reste toujours au point de départ. Je suis toujours à la recherche d’un rêve et d’une passion à laquelle je pourrais consacrer toute ma vie. Cette recherche interminable me fait penser que je ne suis qu’une coquille vide qui bouge, remplie d’aucune passion et qui ne fait qu’acte de présence dans le monde.

Avec Parcoursup, cette angoisse pour l’avenir ne peut que s’accentuer ! Cette année plus encore avec la pandémie de Covid-19. À lire dans Le Monde.

 

 

Alors j’ai agi, j’ai pris les devants. Je travaillais déjà dans un restaurant tous les samedis soirs pour gagner de l’argent sans avoir besoin de l’aide de mes parents. Je continue toujours pour pouvoir acheter ce dont j’ai envie ou tout simplement économiser pour les grandes écoles. Maintenant, je prends des cours de chinois pour améliorer mes compétences dans ma langue d’origine, pour savoir enfin lire et écrire. Il fallait que je rattrape mon retard. J’avais pris conscience de l’importance de maîtriser ma langue natale et de son utilité pour l’avenir.

Je prends aussi des cours de danse K-pop débutant avec une amie, le vendredi soir, pour enfin essayer ce sport. La danse me permet de me vider l’esprit pendant un cours laps de temps et me force à me donner à fond pour pouvoir réussir une chorégraphie. Je suis devenue éco-déléguée de ma classe où il faut savoir prendre le temps pour quelques projets éco-durables au sein de l’école. Puis, je suis dans un club journal depuis la seconde. J’aurais pu arrêter puisque j’ai compris que ma vocation n’est pas de devenir journaliste. Mais je voulais finir ce que j’ai entrepris depuis le début.

Avec mon emploi du temps surchargé, je n’ai pas le temps de penser à mon orientation

Maintenant, je suis submergée de travail et de charges, je ressens une grande charge mentale. J’ai un emploi du temps de ministre et c’est devenu difficile de voir mes amis en dehors de l’école. Les mercredi et samedi après-midis, je n’ai pas le temps à cause de toutes ces activités. Je me suis mise toute seule cette pression qui ne devrait pas être vécue par une lycéenne de terminale qui a le bac en vue. Mais maintenant que j’ai commencé, je ne peux guère abandonner et je me sens dans cette obligation d’assumer mes actes et mes responsabilités. J’ai sous-estimé la charge mentale de chaque projet, personnel ou scolaire.

Je n’ai plus le temps de m’ennuyer. Je ne fais que courir dans tous les sens. Le peu de moment où je me relâche, une pression se forme. Quand je suis chez moi, à ne rien faire, à me relaxer devant un animé ou une vidéo Youtube pour décompresser, je m’en veux de ne pas faire ce qui est clairement important et qui m’aiderait à retirer un peu plus la charge de travail qui m’est imposée. Alors, je sais que je fais une erreur mais je ne peux aller à l’encontre de ce moment de détente qui m’est donné.

Mener ma vie comme une vagabonde

Je suis toujours entourée et je n’ai pas cette chance de m’isoler pour crier. Le pessimisme et défaitisme de beaucoup d’élèves ou amis de ma classe qui s’inquiètent pour leur avenir ou pour leurs notes, ainsi que la mauvaise humeur de mes parents qui se plaignent sans cesse de leur métier ne m’aident pas.

Cet espace clos m’empêche de faire ce que je veux et je me sens enchaînée. Mes cris refoulés se forment au fond de moi et n’attendent qu’à être lâchés. Je veux mener ma vie comme une vagabonde, faire ce qui me plaît sans aucune attache, sans aucune responsabilité, sans aucun jugement.

Pour Emma, c’est en troisième année de licence que le stress lié à son orientation est arrivé. Entre la compétition et les critères de sélection pour entrer en master de psychologie, son anxiété a grimpé.

Pourtant, j’ai cette peur d’une vie sans repère et sans aucun lieu où revenir. Contradictoire est le mot mais la vie est faite d’imprévus et de chances, c’est difficile de choisir notre chemin de vie dans une route qui est déjà si peu sécurisée. Je veux être libre mais j’ai peur de quitter l’état de tutelle où je suis. Voilà pourquoi mon avenir est compliqué !

 

Soha, 17 ans, lycéenne, Limeil-Brévannes

Crédit photo Pexels // CC Pixabay

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1 réaction

  1. L’orientation est d’autant plus compliquée que le cerveau continue de se former jusqu’à 25 ans !
    Pour t’aider, il y a une méthode qui s’appelle l’Ikigai, peut-être que ça fonctionnera pour toi ! Si tu veux continuer à apprendre dans plein de domaines différents, il y a les prépa comme Hypokhâgne (mais hyper dur psychologiquement) mais aussi des filières qui permettent ça. Dans ma ville, il y a “Humanités Monde contemporain” avec un peu e tout (un peu d’Histoire, un peu de Droit, un peu de Philo (?)). Des filières avec tout plein de trucs, il y en a, il faut juste bien chercher !
    Tu peux aussi décider de prendre une année de pause, faire un Service Civique ou un Service Volontaire Européen ! En fait, c’est une période compliquée et en même temps extraordinaire parce que tu es à la croisée de beaucoup de chemins, d’une infinité, en fait ! Comme un petit écureuil sur un arbre ! C’est une métaphore que j’aime bien et que j’ai encore utilisée dans un article de mon blog il y a quelques temps. L’idée c’est que, peu importe le chemin que tu prends, il y a toujours une voie de secours. Des opportunités vont te tomber dessus, tu vas les saisir ou pas, tu vas aussi créer des opportunités pour les autres. Je comprends que ce soit hyper stressant, surtout quand on n’a pas l’impression d’avoir une passion (ce qui est mon cas). Mais tes centres d’intérêt vont forcément se décanter avec les années et les expériences, tu sais déjà que le journalisme n’est pas ta vocation, c’est un grand pas, même si ça n’en a pas l’air ! Tout ça pour dire que les choses vont s’arranger en partie toutes seules et en partie par tes décisions. J’ai 23 ans, toujours pas de métier (tu parles, j’ai fait des études dans le journalisme mais je veux être préparateur mental…!), j’ai voulu être tour à tour égyptologue, archéologue, volcanologue, négociateur pour le GIGN, éducateur spécialisé, comportementaliste animalier, garde forestier… j’adorerais être CPE ou directeur d’établissement… C’est normal de se chercher 🙂

    http://enirenrekhtoues.blogspot.com/