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Nicolas M.4 octobre 2019

Ouvrier dans le BTP ? Plus jamais ! Je veux étudier

Le BTP, quel chantier ! J'ai souffert physiquement et mentalement pendant mon job d'été. J'ai compris pourquoi je devais étudier.

Par Nicolas M.4 octobre 2019

Cet été, j’ai eu pour la première fois l’occasion de vraiment travailler et j’ai, pendant ce mois de juillet, posé un regard nouveau sur les conditions de travail dans le bâtiment. J’ai travaillé au poste d’ouvrier sur plusieurs chantiers. On s’occupait de tout ce qui était « base Vie », du confort des autres ouvriers. On peut dire qu’on était les larbins du chantier.

Notre travail était de nettoyer, ranger, porter… Bref, toutes les tâches les plus chiantes du chantier. On n’avait pas vraiment de chantier fixe, on se baladait de chantier en chantier en fonction des besoins.

C’est un métier difficile physiquement. Porter des choses toute la journée, c’est dur. T’as toujours mal au dos, t’as des crampes toujours au même endroit. J’avais des potes qui bossaient avec moi qui finissaient la journée avec du mal à respirer, ils toussaient tout le temps à cause de la poussière. Et ne t’imagines pas que c’est marrant d’utiliser les machines car, au bout de deux minutes, tu commences vraiment à galérer. Par exemple, un pote qui faisait du marteau piqueur finissait sa journée avec des tremblements et un bruit qui résonnait dans la tête.

D’après le baromètre ArtiSanté, en 2018, 66% des entrepreneurs souffraient de douleurs musculaires ou articulaires. Bien qu’en baisse pour la troisième année consécutive, les chefs d’entreprises artisanales sont toujours victimes de séquelles physiques et de troubles émotionnels.

Source: Baromètre ArtiSanté.

C’est aussi dur mentalement. On pouvait passer des jours à faire la même chose et changer du jour au lendemain sans aucune raison. Quand t’as passé deux jours à t’occuper des gravats et que le lendemain tu sais que tu vas faire la même chose, ça ne te donne pas envie de te lever !

Fatiguant, dangereux, paye ton chantier

Et encore, nous, c’était qu’un mois, d’autre gars font ce métier pendant des années. Quand tu les vois, t’as l’impression qu’ils ont tout enduré, mais ils gardent toujours le sourire. Malgré leur mal de dos et le poids des années. À chaque fois qu’un ouvrier me voyait mal porter un gros sac de gravier il me disait : « Fais gaffe sinon tu vas finir comme moi ! » Il portait une sorte de ceinture qui lui maintenait le dos.

Du point de vue de la sécurité, y a des jours où tu peux vraiment te mettre en danger. Par exemple quand tu commences, à cause de la fatigue, à oublier que tu n’es pas tout seul à travailler. Tu peux vite te prendre un coup ou oublier les zones de danger. Moi, j’ai réussi l’exploit de me prendre un coup de marteau ! Quant à un pote, il a failli se prendre une pierre sur la tête alors qu’il n’avait pas de casque.

La fatigue arrive assez rapidement, la flemme de travailler s’installe vite, surtout quand tu vois une rangée de pavés à ranger. Faire des pauses devient une nécessité pour toi mais tu ne dois pas forcément t’arrêter. Car en fonction de ton supérieur, il peut vraiment t’engueuler. Mais tu peux aussi trouver un supérieur en or, qui t’aide quand tu commences à lâcher prise, t’encourage pour te booster.

La solidarité, ça suffit pas, je me casse de là

Au moins, tout le monde est vraiment soudé et tu rencontres des gens très différents. Parmi les autres ouvriers, il y avait un intermittent sénégalais qui attendait d’avoir la nationalité française. Il avait la vingtaine et rêvait de devenir joueur de foot professionnel. Quand il était plus jeune, il était rentré dans une école de foot au lieu de suivre un parcours scolaire. Après sa formation, il a été recruté dans une petite équipe de Ligue 1 en France. Mais puisqu’il rêvait de monter plus, il a décidé de tenter sa chance en Angleterre. Ce fut un échec et il est retourné en France. Il travaille maintenant en tant qu’ouvrier pour recevoir la nationalité et espère faire des études.

Violette a découvert le monde du travail en bossant à côté de ses études. Son expérience est la preuve que, oui, un job étudiant peut être kiffant ! 

Ce n’est pas 10 euros de l’heure qui vont t’aider à avancer ! Cette expérience m’a permis de découvrir pourquoi je vais à la fac, où je suis des études en informatique, appliquée aux sciences humaines et sociales. J’aimerais faire un métier dans l’informatique, mais je ne sais pas réellement quel métier.

Quand je repense à tout ça, je me dis qu’étudier c’est mieux qu’être ouvrier.

 

Nicolas, 19 ans, étudiant, Enghien

Crédit photo Unsplash // CC Guilherm Cunha

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