Abdoulaye I.16 mars 2019

Pas inscrit sur les listes du lycée, j’ai failli décrocher

Dès la rentrée de septembre, Abdoulaye a voulu s'inscrire au lycée mais on l'a refusé. Aujourd'hui, Il est de retour au lycée, en première pro électricité. Mais il ne perd pas de vue son objectif : travailler, comme son frère, dans la carrosserie.

Par Abdoulaye I.16 mars 2019

Un p’tit retour en arrière. Nous sommes le 3 septembre 2018. C’est la rentrée. Ce jour-là, je me lève à 7h, je prends ma douche, je m’habille, avale mon petit déjeuner et sors pour rejoindre l’arrêt de bus. Mon bus arrive à 7h54. Je monte dedans. Il m’amène au tram, à deux minutes de là. Je prends le tram pour un arrêt seulement. Je vais vers la salle où se trouve ma classe de première bac pro électricité. Tous les élèves sont déjà arrivés. L’appel est terminé. Ils se dirigent vers l’atelier. Plusieurs élèves me lancent : « Tu n’es pas sur la liste ! » Je me précipite vers le prof d’électricité et lui demande si je suis sur la liste. Il regarde, ne trouve pas mon nom et me dit d’aller à la vie scolaire voir la CPE. Je descends d’un étage. J’arrive devant la vie scolaire. La CPE n’est pas là. J’explique mon problème. On me dit d’attendre la CPE. Je patiente plus de trente minutes. Elle arrive. Je demande : « Pourquoi je ne suis pas sur la liste ? » Elle répond : « Tu n’as pas rendu tous les documents pour le dossier. » Il manquait des photos et un papier du médecin. Pour faire de l’électricité, il ne faut pas être daltonien ! Je demande si je peux retourner en cours. Elle me dit : « Non, puisque tu n’es pas inscrit. » Il est 9h. Je rentre chez moi.

Plus envie d’aller au lycée…

Quand je suis rentré chez moi, je ne savais pas quoi faire. J’étais stressé. J’avais peur de me faire engueuler par mes parents. Je suis resté chez moi l’après-midi, en disant à mon père, qui travaille le matin, que je n’avais pas cours l’après-midi. Je me suis dit que j’allais y retourner le lendemain, avec les papiers. Le lendemain, le réveil a sonné. Mes parents n’étaient pas là, comme tous les jours : ils commencent à travailler dès 4h du matin. J’ai hésité à me lever pendant une heure. Je me suis recouché. J’avais la flemme. C’est comme ça que j’ai commencé à sécher.

Thomas a longtemps vécu l’école comme une terrible contrainte. Il a fallu qu’il connaisse son premier gros échec pour trouver la motivation de se battre et de réussir ses études.

Le jour d’après, j’ai commencé à m’organiser pour faire semblant d’aller en cours. Ma mère rentre du travail le matin à 10h. Je savais quand sortir et quand rentrer. Je sortais dix minutes avant qu’elle ne rentre. Je rentrais parfois le midi mais pas toujours. Et je revenais le soir à 17h. Mes parents pensaient que j’étais au lycée. Comme je n’étais pas sur la liste, ils ne recevaient aucun message d’absence. Nous étions quatre potes à ne plus aller en cours. On s’amusait, on profitait. La journée, j’allais au cinéma, à Trampoline Park, chez des potes. J’avais de l’argent de poche.

« Fais pas le con, après tu vas le regretter »

Un jour, mon père a su que je n’allais plus en cours. Cela faisait un mois que je n’avais plus mis les pieds au lycée. Cet après-midi, il a reçu un appel de la CPE, vers 15h. Immédiatement, il m’a appelé sur mon portable pour me dire qu’il avait besoin de moi. J’ai dit que j’arrivais. Quand il m’a appelé, je ne pensais pas que c’était pour ça, donc je suis resté zen. Je lui ai dit : « J’arrive ! »

J’avais pu aller à Erstein en bus, mais je ne pouvais pas le reprendre, car ma carte de transport de la métropole strasbourgeoise n’était pas valable aussi loin. Moi et mes amis, on a marché pendant quatre heures. Je suis rentré à 20h. Là, j’ai sonné car je n’avais pas mes clefs. Je ne les prends jamais la journée parce que j’ai peur de les perdre. Dès que je suis arrivé, mon père m’a lancé : « T’étais où ? » J’ai répondu : « Bah, en cours. » Il m’a demandé à quelle heure j’avais fini. « 16h », ai-je menti. J’ai compris qu’il savait à sa façon de me regarder. Il m’a dit : « Pourquoi tu mens ? Ta CPE m’a appelé. Ça fait un mois que tu ne vas plus en cours. » Je pensais que j’allais me faire tuer, mais il m’a juste crié dessus pendant 20 minutes. Je me souviens qu’il m’a dit : « C’est ton avenir, fais pas le con, après tu vas le regretter. » J’étais privé de sortie. Je devais retourner en cours. Je me sentais mal.

Le lycée m’avait manqué

Le lendemain, j’avais rendez-vous avec la CPE à 14h. Je me suis présenté à son bureau. Elle était contente de me voir. Moi aussi car, sans mentir, le lycée m’avais manqué. J’ai parlé au moins trente minutes avec elle. Elle m’a demandé ce que je voulais faire. J’ai répondu : « De la carrosserie. » Elle a fait une demande de changement de filière. Mais il n’y avait plus de place. Puis elle m’a dit : « On va t’inscrire en électricité et au lieu de faire des stages en électricité, tu les feras en carrosserie. »  J’étais content.

Deux jours après ce rendez-vous, j’en ai eu un autre au CIO (Centre d’Information et d’Orientation) avec une dame pour voir ce que je voulais faire exactement. Je lui ai expliqué que je voulais faire de la carrosserie en apprentissage ou en bac pro. Elle m’a confirmé qu’il n’y avait plus de place et m’a demandé si je ne voulais pas faire un autre truc. J’ai refusé. Je veux faire de la carrosserie, comme mon frère !

J’ai commencé à retourner en cours. Mon emploi du temps a été aménagé. Je suis maintenant seulement les matières principales avec les autres. Les maths, le sport, l’histoire… Et pendant les heures d’ateliers, je vais au LATI (Lieu d’Accueil Temporaire Individualisé), un lieu où on accueille ceux qui ont décroché, qui cherchent à changer de voie, comme moi. Ils m’aident à trouver un stage ou un apprentissage. Ce qui m’a décidé à essayer de trouver un autre projet, c’est ce que m’a dit mon père. Il a lancé : « C’est ta vie ! Si tu veux galérer toute ta vie bah ne va pas en cours, reste à la maison ou dehors ! » J’ai vite réfléchi. Je suis de retour en cours et je suis bien content.

Je vois le futur avec un apprentissage ou au lycée en carrosserie. Pour toutes les personnes dans mon cas actuellement, je vous déconseille de ne plus aller en cours. Ça ne sert à rien, c’est juste du temps perdu. Il faut continuer d’aller en cours et chercher à droite, à gauche, car l’apprentissage ne va pas venir tout seul. Tenez bon ! Lâchez pas !

 

Abdoulaye, 16 ans, lycéen, Illkirch-Graffenstaden

Crédit Photo Unsplash // CC Fancycrave

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