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Julie L.8 décembre 2020

La première année de médecine m’a mise en PLS

La PACES n'existe plus depuis cette année mais moi je viens tout juste de la digérer. Cette première année de médecine, j'en ai fait les frais.

Par Julie L.8 décembre 2020

La PACES a disparu à la rentrée 2020, laissant place à deux parcours de médecine: la L.AS et la PASS.  La pression, elle, est toujours bien réelle. Julie nous raconte son expérience en 2017, mais son témoignage pourra toujours informer celles et ceux qui se risqueraient en première année de médecine.

Je me donne à fond : sueur, larmes, crises de nerf, tout y passe. Je me dois d’apprendre par cœur environ 2500 à 3000 pages pendant huit mois de cours. Il y a tellement de notions à retenir que je ne me pose plus de questions, il faut juste apprendre. Si le professeur me dit « tu ne t’appelles plus Julie mais Marie », je me dis « ok, je m’appelle Marie ». Je suis devenue un robot. Pendant deux ans, je me suis enfermée dans ces études drainantes, où ma vie c’était la PACES.

À la sortie de la terminale, mon projet est clair : aller en PACES, pour devenir médecin. Pendant ma première année, je suis inscrite à une prépa qui n’était pas donnée (4000 – 5000 euros pour l’année complète). J’avais toujours eu de bonnes notes au lycée et on m’a toujours dit : « C’est sûr que t’y arriveras, tu seras classée. » Dans ma faculté, seuls 175 sur plus de 1000 élèves étaient pris en médecine.

Eh bien non. J’arrive 479ème sur 1034 en médecine : je redouble. Un échec. Mais ce n’est pas grave, beaucoup ne l’ont qu’au bout de la deuxième année le redoublement est banal. Je me réinscris, malgré une année éprouvante et stressante, déterminée à devenir médecin, une voie dans laquelle je pourrais aider les autres.

Mon but ultime : être dans le top 200

À la rentrée, en septembre 2017, je suis plus motivée que jamais pour atteindre mon but ultime : être dans le top 200 pour avoir une place en médecine. J’essaie de mettre toutes les chances de mon côté et je m’inscris de nouveau dans une prépa pour les redoublants (c’était de nouveau pas donné, environ 3000 euros l’année). Je veux juste être classée. Puis, les résultats du concours du premier semestre arrivent : je suis 282ème sur 1120.

Je suis encore plus déçue que l’année précédente car j’avais déjà travaillé le programme l’année dernière et pourtant je ne suis toujours pas dans le top 200. Il me reste encore le deuxième concours où je peux espérer remonter des places. Mais j’ai peur car je suis très fatiguée mentalement, et je sais qu’il s’agit de ma dernière chance.

Première année est LE film à voir sur la PACES. On y suit deux jeunes en première année de médecine, entre rires et pétages de plomb. Drôle et informatif !

La pression que je m’impose à moi-même est très forte. Je ne parle à personne de mes doutes mais je m’imagine de moins en moins médecin. Je me dis que si j’en parle, ça va diminuer mes chances de réussir le concours (oui je sais, ce n’est pas très logique). Je veux montrer aux gens que je peux le faire.

Je chronomètre tout : les pauses, les moments du repas, la douche

Je travaille à la bibliothèque universitaire (BU) de 8 h 30 à 19-20 heures du lundi au samedi avec une heure de pause déjeuner et deux pauses de dix-vingt minutes max. Quant aux sorties, c’est très limité. Ma famille (autre que mes parents et mon frère) comme mes amis, je ne les vois que deux ou trois fois en quatre mois. Pas le temps de souffler ou de penser à autre chose.

Du lever au coucher il n’y a que PACES dans ma tête. Il m’arrive même de rêver de QCMs. En PACES, comme il faut avoir le meilleur classement possible, on est « contre » les autres et dès que je ne travaille pas, je culpabilise en m’imaginant qu’untel de la promo est en train de voir le chapitre que je n’ai pas encore lu. Dès que quelqu’un s’assoit à côté de moi à la BU, je regarde immédiatement où il en est.

La grande majorité ne va pas en amphi car, en assistant aux cours, on perdrait plus de temps. Chacun travaille chez soi ou à la BU en se faisant son propre emploi du temps et en étant son propre chef. Je chronomètre toute ma journée, peu importe la tâche : les pauses, les moments du repas, la douche. J’ai arrêté de lire des livres, même si j’adorais ça, parce que je me disais : « Pourquoi lire un livre alors que tu pourrais lire tes cours à la place ? » Un jour avec mon groupe de potes, on discute pour se mettre d’accord sur l’heure du déjeuner, et il y a des tensions. Untel veut finir de lire son cours donc 12 h 38, l’autre préfère 12 h 42. Cela se joue à la minute près.

En médecine, j’ai découvert la crise d’angoisse

Après tous les efforts, tout l’argent et tout le temps investis pendant ces deux années, je ne peux tout simplement pas m’autoriser à douter de la médecine. Et pourtant, l’une de mes matières préférées au deuxième semestre est une matière où on aborde des notions sur les médicaments, leur mode d’action, leur indication, etc. La filière pharmacie sera mon deuxième choix.

Le dernier mois avant le concours est l’un des plus rudes. Un stress grandissant et une boule au ventre quasi quotidienne. Pendant un concours blanc, je suis déstabilisée par les QCMs faute de réponse. D’un coup, ma vision devient floue et je vois des points blancs m’empêchant de lire l’énoncé. Etouffée, je me force pourtant jusqu’à la fin de l’épreuve. Dès la fin, je cours dehors en attrapant le bras de ma meilleure amie et je fond en larmes. C’était une crise d’angoisse, c’était la première fois. Pendant cette année-là, je découvre aussi qu’en cas de stress extrême, je vomis. Mais je me dis que c’est normal de ressentir tout ça : après tout, je suis en PACES. De plus, je mange toutes les deux heures et je reste assise toute la journée à la BU. Mon corps s’affaiblit petit à petit, à tel point que monter une rangée d’escaliers m’essouffle.

Pour en finir avec la sélection d’entrée trop drastique en études de médecine, la PACES a disparu cette année. Mais quels sont les changements induits par la nouvelle réforme ? Thotis, média étudiant, les explique en détails :

À cet instant, je redoute le temps qui passe, car on s’approche de plus en plus du jour J, mais en même temps j’atteins mes limites et je veux juste que ça s’arrête. Je pense que c’est d’autant plus dur de rester concentrée et travailler quand on ne veut plus faire médecine mais que l’on veut juste faire partie des meilleurs. Heureusement, j’ai vraiment la chance d’avoir une situation stable. Mes parents me facilitent mes journées et s’occupent de toutes les tâches du quotidien. En plus de ma famille incroyable, mes amis sont là même si je ne les vois pas.

Admise en pharmacie, c’est le déclic !

Le résultat final s’abat et je suis 321ème sur 942 pour médecine. Des heures et des heures de pleurs. Je suis sur liste d’attente pour la médecine et la pharmacie. Je sais déjà, vu mon classement, que je ne serai jamais médecin. Même si j’avais perdu cette envie, c’était un rêve et un but que je m’étais fixé depuis cinq ans déjà. Je suis déboussolée. Moi, celle à qui on avait toujours dit qu’elle y arriverait, n’a pas pu le faire. J’ai l’impression de décevoir tout mon entourage.

En PACES, il faut attendre que tous ceux qui sont classés fassent leur choix de filière, sachant que c’est « premier arrivé, premier servi ». D’où l’envie d’être dans le haut du classement. À ma grande surprise, le 25 juin 2018, je suis admise en pharmacie ! Je n’y crois tellement pas que je demande à ma meilleure amie de vérifier pour moi, si je ne me suis pas trompée. C’est le déclic, cet échec cuisant est une réussite, mais dans un autre domaine.

Cette année, avec la pandémie de la Covid-19, les étudiants en médecine ont eu droit à un concours un peu différent, mais pas moins stressant ! Marion l’a vécu.

Je suis aujourd’hui inscrite en 4ème année de pharmacie et je n’ai jamais autant été épanouie dans mes études. Mon père était d’ailleurs soulagé que je n’aie pas été acceptée en médecine. Il ne voulait pas que je sois dans des études qui me font subir un tel stress.

La PACES représente deux années extrêmement éprouvantes tant physiquement que mentalement, mais j’en ressors avec du positif également : j’ai une grande capacité de mémorisation et de travail, j’ai rencontré des personnes en or, notamment ma meilleure amie. Mais le plus important est que cela m’a permis d’arriver où je suis aujourd’hui, d’étudier ce que j’aime et de trouver la voie qui me rend heureuse.

 

Julie, 22 ans, étudiante, Créteil

Crédit photo © Denis Manin / 31 Juin Films

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