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Gaston T2 avril 2021

Redoublant et mis de côté

En terminale, j’ai bataillé six mois pour intégrer une nouvelle classe à cause de mon statut de redoublant. Pareil pour recevoir mon baccalauréat.

Par Gaston T2 avril 2021

En décembre 2019, après six mois chez moi, le lycée a fini par m’appeler et m’a présenté à une classe spéciale du nom de MOREA, pour les redoublants dans mon cas, à Montreuil. La rentrée était en janvier 2020. On avait six mois pour avoir le bac, je n’étais pas très rassuré. Déjà qu’en 2018-2019, j’avais raté mon bac STMG au rattrapage !

À l’époque, mon ancien lycée m’a dit que je n’étais pas prioritaire pour le réintégrer, étant redoublant. On était quinze élèves dans ce cas-là. En septembre 2019, on m’a dit que le lycée était obligé de me trouver une école et que je n’avais pas à m’inquiéter : il y aurait une commission le 20 septembre et on allait m’appeler. Mais le 25 septembre, toujours rien.

J’ai fini par rappeler et on m’a dit, toujours, que c’était normal, que je devais attendre une nouvelle commission. Et ainsi de suite jusqu’au mois de novembre. Mes parents se sont énervés car le lycée ne m’appelait jamais pour me prévenir des commissions et des actualités. Du coup, on est partis à l’académie de Créteil : j’ai appris qu’on était environ cent élèves dans mon cas, car il y avait trop de 2001 et 2002, et on m’a dit encore d’attendre une certaine date… C’est là qu’on m’a mis en MOREA (module de repréparation à l’examen par alternance).

Personne ne nous a inscrits au baccalauréat

Quand les élèves normaux avaient quatre heures de maths par semaine​, nous on en avait deux. Les professeurs n’étaient pas tout le temps disponibles et les cours étaient faits en fonction de leurs emploi du temps. En classe MOREA, les cours étaient très réduits car notre classe avait été ajoutée en plein milieu d’année. Pendant les cours, les professeurs nous disaient clairement que nous allions avoir le bac, que nos résultats seraient augmentés, et que nous n’avions pas à nous inquiéter. Et puis après un ou deux mois, le premier confinement est arrivé.

On était quinze élèves, dont dix de mon ancien lycée. L’emploi du temps n’était pas chargé, et personne n’avait le même car certains avaient validé des matières et d’autres non. J’avais cours lundi que l’après-midi, mardi la journée, mercredi et jeudi je n’avais pas cours, et vendredi la journée. Moi, j’avais déjà validé ma spécialité en STMG qui prenait sept heures par semaine, et sport.

Des centaines de lycéen·ne·s redoublant·e·s sont toujours sans affectation, comme Le Parisien le raconte dans le Val d’Oise. Entre manque de communication et erreurs administratives, ils·elles sont baladé·e·s entre les établissements.

Avec le confinement, le lycée a dit qu’on ne reviendrait plus en cours et que si nos bulletins étaient au-dessus de la moyenne, on aurait le bac. La prof a dit qui avait le bac ou pas en visioconférence. Du coup, on a arrêté ​les cours en ligne deux semaines après le début du confinement. On avait plus qu’à attendre notre bac.

Sauf qu’en juillet, on devait se rendre au lycée pour avoir nos résultats, mais je n’y ai pas eu accès. Je n’avais pas reçu mon numéro de matricule qui nous sert à nous connecter sur le site du bac. ​Avec trois autres élèves de ma classe, on n’avait jamais été inscrits pour le bac…

La maison des examens m’a dit que je n’avais jamais été inscrit, mais que j’avais mon bulletin comme preuve, que j’avais reçu par courrier et que, vu mes résultats, j’étais censé avoir le bac. Je devais attendre encore jusque fin août la réouverture des lycées pour voir ça avec le directeur. Fin août, j’appelle la maison des examens qui me dit clairement que les résultats ne peuvent pas être changés et que c’est trop tard, alors que c’est eux qui m’ont dit d’attendre fin août !

Je n’ai plus aucune envie de reprendre l’école

J’avais prévu de faire un BTS Services informatiques aux organisations, mais sans bac… pas d’école.

Mes parents ne voulaient pas abandonner et ont appelé le lycée, mais un nouveau problème est survenu : il y avait un nouveau directeur… qui n’était au courant de rien ! Il nous a dit que d’autres élèves étaient venus, dont certains qui avaient porté plainte contre le lycée, et que ma professeure principale travaillait encore à régler le problème.

Fin décembre 2020, alors que j’avais laissé tomber et que je cherchais du travail, ma professeure principale m’a appelé et m’a dit que le problème était réglé : la maison des examens avait fini par reconnaître leur erreur. Je devais envoyer un mail et mon bulletin pour avoir ma validation du bac, et j’ai enfin fini par l’avoir !

Redoublant·e ou non, après le bac, l’orientation est sinueuse pour beaucoup d’étudiant·e·s. Emmanuel a passé une année entière dans une licence qui ne lui plaisait pas. C’est finalement la plateforme Parcoursup qui lui a permis de se réorienter.

Mais il se trouve que le bac n’a rien changé à ma situation, à part dire que j’avais enfin le bac… Je ne me vois plus à l’école, faire des examens, réviser… Ça a beaucoup joué sur ma motivation, j’ai perdu une année à rester chez moi, mon niveau scolaire est devenu très faible. Je cherche actuellement du travail, dans n’importe quel domaine, et je n’ai plus aucune envie de reprendre l’école.

 

Gaston, 19 ans, en recherche d’emploi, Montreuil

Crédit photo Unsplash // Champs Matese

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1 réaction

  1. Ecris au microlycee du 93. Ils pourront t aider