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Aristide R.15 août 2019

Je viens d’une petite ville tranquille.

Surdoué, mon QI élevé m’a isolé des autres

Mon haut potentiel a longtemps été un obstacle : j'était insolent, solitaire et je refusais toute forme d’autorité. Mais j'ai appris à gérer.

Par Aristide R.15 août 2019

En entrant au collège, les autres enfants étaient lents et les cours n’avançaient pas. L’ennui s’est vite transformé en colère : c’était comme regarder un film nul au ralenti, en boucle. Je comprenais directement alors que les autres demandaient des explications. Pourtant, je n’ai jamais sauté de classe, car j’étais surtout bon en maths.

Pourquoi faire des efforts en faisant les exercices, les devoirs, les contrôles, alors qu’ils étaient si simples ? Je mettais deux fois moins de temps à les finir dans ma tête qu’à les écrire. La frustration s’est accumulée. Les profs me forçaient à écrire alors qu’eux ne faisaient aucun effort pour que le cours m’intéresse. La psychologue scolaire a demandé à mes parents de me faire passer un test de QI. J’avais 160 sur les exercices de maths et 120 sur les exercices écrits.

Mon QI : loin d’être un avantage

La dame de l’hôpital m’a dit qu’en temps normal, les résultats n’étaient pas autant éloignés et que la moyenne n’était pas forcément représentative de mes capacités. Après ça, on m’a donné beaucoup d’appellations : précoce, HPI [haut potentiel intellectuel], génie. Pour moi, c’était loin d’être un avantage, il y avait une distance entre les autres élèves et moi. Ils n’aimaient pas traîner avec quelqu’un de plus intelligent. Ou du moins, c’était ce que je pensais.

En fait, avec le recul, cette distance, c’est moi qui l’avais installée. J’ai compris ça bien plus tard. J’ai arrêté de prendre mes cours et de travailler parce que j’en avais marre que ça n’avance pas. Je n’ai pas eu de mauvaises notes ni de retard mais ça rendait le cours supportable de ne pas m’y intéresser. Quand quelque chose me tenait à cœur, ça me frustrait qu’on n’avance pas. Mais beaucoup de profs m’obligeaient à écrire. À l’époque, je pensais même être plus intelligent qu’eux et qu’ils n’avaient rien à m’apprendre, j’étais souvent exclu des cours alors que j’avais de bonnes notes.

Une prof m’a enfin accepté

En quatrième, ma prof principale m’a dit que tant que je ne gênais pas le cours et que je réussissais, elle ne me forcerait pas à écrire. Tous les profs me voyaient comme un feignant, un incompétent mais elle, elle avait eu confiance en moi ! C’est elle qui m’a montré que j’étais capable d’être proche des autres. Elle m’a appris plus ou moins à faire connaissance avec mes camarades et j’ai remarqué que je me trompais : les gens n’étaient pas du tout ennuyeux et c’est là que j’ai commencé à devenir sociable.

Breakstor aussi se sent différent des autres. Ce n’est pas son QI, c’est qu’il est autiste. L’image que les gens lui renvoient le fait souffrir. Pourtant, ce n’est pas un alien !

Aujourd’hui, je regrette un peu d’avoir arrêté de travailler car j’ai perdu l’habitude de réviser mes cours et de faire mes devoirs et ça risque de me porter préjudice plus tard. Ça m’a beaucoup exclu. J’ai essayé de faire semblant d’avoir confiance en moi. Et petit à petit, ça a commencé à devenir vrai. Maintenant, j’ai bien plus confiance, surtout quand je parle et quand je m’exprime devant plein de gens. Si je perds ça, j’ai peur de redevenir cet enfant seul et triste.

 

Aristide, 16 ans, lycéen, Champ-sur-Marne 

Crédit photo Unsplash // CC Vinicius Amano

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