Yamine J.

Yamine J.24 février 2019

Un connard et un mec bien dans le même corps.

« T’étais en bac pro ?! Mais qu’est-ce que tu fais à la fac ? »

Yamine visait une seconde générale, mais ses résultats l'ont envoyé en bac pro. Ses profs et les conseillères d'orientation ne lui voyaient un avenir qu'en BTS. Décidé à aller à la fac, il n'a rien lâché.

Par Yamine J.24 février 2019

En 2013, je suis arrivé dans un petit lycée polyvalent de ZEP, dans une ville de banlieue parisienne. Vous savez, ce genre de ville où vous croisez les mêmes têtes partout et tout le temps. Je suis arrivé dans un mood assez confiant, après mes années chaotiques de collège, mais aussi hyper blasé.

De base, je voulais aller en seconde générale et poursuivre sur une première et une terminale littéraires (puisque de toute façon, étudier des matières scientifiques ou économiques en S ou ES ne m’intéressait pas). Ça a vite été la désillusion.

Suite à divers problèmes de santé, je n’ai pas eu les résultats nécessaires pour passer en seconde générale et j’ai été orienté en pro, et cela malgré un appel auprès du conseil de classe. Ne voulant pas aller dans le lycée pro de ma ville, par crainte de recroiser des gens que je n’aimais pas spécialement, j’ai demandé à aller en section professionnel gestion-administration (pour vous la faire courte, c’est un gros mix entre ce qu’était le bac pro secrétariat et le bac pro comptabilité). J’ai été accepté et ai donc commencé ma scolarité là-bas. Les cours se passaient bien, je me suis fait des amis rapidement, totalement l’opposé de ce qui s’était passé au collège, donc ça m’a rassuré. Arrivé en terminale, l’heure du choix : l’orientation post-bac. On devait choisir si on allait aller en BTS, à la fac… Au début, tout allait bien, chacun faisait ses plans d’avenir, mais…

« Et la fac ? Elle est inaccessible aux bac pros ? »

Les interventions avec les conseillères d’orientation, enfin, de désorientation (mes chéries, ne vous vexez pas, mais même Google Maps m’oriente mieux que vous) se sont multipliées et une chose m’a frappé : aucune ne proposait la fac comme voie possible après le bac pro. J’ai trouvé ça vraiment bizarre, alors je me suis permis de poser la question de but en blanc : « Et la fac ? Elle est inaccessible aux bacs pros ou… ? » La conseillère m’a répondu : « Il est préférable pour vous d’aller en BTS. » Naïf comme j’étais, je lui ai demandé s’il s’agissait d’un BTS en rapport avec les lettres. Elle m’a répondu que non. Elle parlait d’un BTS comptabilité. Quelle belle blague. Après cette intervention, j’ai fui celles qui étaient programmées pour le reste de l’année, sachant pertinemment qu’elles ne me serviraient à rien.

L’année suivait son cours et, un après-midi, notre prof principal nous a convoqués pour des entretiens individuels afin de faire le point sur nos décisions d’orientation. J’écoutais les autres passer pour connaître un peu leurs projets. Tous sans exception prévoyaient d’aller en BTS. J’ai halluciné. J’étais vraiment le seul de ma classe à avoir l’ambition d’aller à la fac. Mon tour est arrivé. J’ai exposé mon projet au prof et je n’ai pas été surpris de l’entendre me dire : « Tu sais, la fac, c’est pas adapté aux bacs pro. Le système est différent. Il y a des partiels. » Je n’ai pas pu m’empêcher de lui répondre, de la manière la plus insolente possible : « J’ai clairement pas envie de finir ma vie à faire un travail que je déteste parce que j’ai fait des études que j’aime pas. » Il a froncé les sourcils devant mon caractère buté, a noté quelques trucs sur sa feuille et m’a laissé partir. Mais après cet entretien, j’étais clairement décidé coûte que coûte à aller à la fac.

J’ai donc rentré mes différents vœux sur APB (maintenant Parcoursup et croyez-moi, avant, c’était clairement moins trash et incohérent, donc tout ceux qui passent par Parcoursup, force à vous) en mettant en priorité les facs près de chez moi et quelques BTS communication, par sécurité. J’ai passé mes épreuves du bac dans le stress le plus total et, au mois de juin, le jour des résultats APB et du bac, devinez qui a eu son premier vœu et son bac avec mention ? Rires. J’étais si soulagé ! Car au-delà d’avoir eu l’orientation que je voulais, je me suis prouvé quelque chose : il faut toujours se faire confiance et s’écouter, faire ce que l’on veut. Croyez-moi, quand il s’agit de votre avenir, appliquez ce que j’appelle la technique Birdbox : il ne s’agit pas de ne pas voir, juste de ne pas écouter ce que les profs vous conseillent. Eux ne prennent pas en compte vos aspiration ou vos goûts. Tu es en bac pro gestion-administration, et bien tu vas en BTS comptabilité. Euh, thank you, next. Ils ne se cassent pas la tête avec votre cas, ne prennent pas le temps de vous connaître, ils s’en fichent.

J’étais largué mais on s’y fait

Je suis donc parti m’inscrire à la fac et suis aujourd’hui en troisième année de licence de lettres. Je ne vais pas mentir : quand on ne suit pas les enseignements adéquats en amont de la fac, quel que soit le domaine, ça exige de travailler plus. On n’a pas forcément les basiques que les autres ont en arrivant en L1. Je me sentais largué face aux autres élèves. Vide de connaissances. Nous n’avions clairement pas le même bagage pédagogique. En bac pro, on aurait pu étudier les maths, le français ou l’histoire géo avec un programme similaire, non ? Histoire que les gens désireux comme moi de ne pas être bloqués dans un cursus arrive à la fac avec un packaging de connaissance suffisamment solide ! Ce qui m’a également heurté, c’est la chute vertigineuse de mes résultats. Au lycée, j’étais un élève ni trop moyen ni trop mauvais. Mon entrée à la fac m’a clairement mis une énorme gifle. Je passais d’élève lambda à élève très moyen. Je ne maîtrisais pas les méthodes propres à ma filière, et c’est ce qui m’a largement desservie. Mais vous inquiétez pas, on s’y fait.

#Voixdorientation – Comme chaque lundi, Yamine avait été publié dans Le Monde ! Un témoignage de jeune sur son orientation chaque semaine.

Si je devais retenir une chose de mon arrivée à la fac, c’est cette remarque : « T’étais en bac pro ?! Mais qu’est-ce que tu fais ici ? » J’étais censé prendre ça comment ? Inutile de vous dire que cette même fille a lâché ses études et que moi, je suis toujours là à m’accrocher malgré mes notes parfois à ras du sol. Alors, ne baissez pas les bras, ne vous basez pas sur votre filière actuelle pour vous coincer mentalement dans une orientation. Rien n’est définitif. Les profs ne sont pas décisionnaires de votre avenir. Et des élèves de bac pro comme moi, il y’en a encore trop peu sur les bancs de l’université.

 

Yamine, 21 ans, étudiant, Paris

Crédit photo Unsplash // Brad Neathery

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4 réactions

  1. Bravo à toi !

  2. Bravo jeune fille. Chapeau pour ton obstination. Tu vas réussir.
    De la part d’une ancienne prof.

  3. Moi je m appelle safietou kamara en classe de seconde la première trimestre J ai pas de moyenne l a décision de classe c’est une orientation pro ma maman ne veut pas entendre de pro sous disant pas de déboucher pour le pro et au Sénégal le pro n hésite pas je fais programme français au cours sainte de hann dakar Sénégal mais malgré pour le reste du trimestre 2 et3 c est pourquoi quand J ai vu l article je me suis occasionnée de parler de mon cas

  4. Bravo. Même histoire en 96. Aujourd’hui en poste de gestionnaire, je me reconvertis en psychopraticienne.