Elisabeth S.

Elisabeth S.16 février 2019

Je suis d’origine indienne, née à Bagnolet.

Une classe, 22 mecs et une fille, moi…

Dans sa classe de seconde pro, je suis la seule fille. Si je me sens parfois isolée et n’aime pas les remarques sexistes de mes camarades, je ne regrette pour autant pas mon choix.

Par Elisabeth S.16 février 2019

Dans ma classe, en seconde pro, il y a 22 mecs pour une seule fille. Et cette fille, devinez quoi, c’est moi. J’ai choisi la filière Systèmes numériques car j’aime les nouvelles technologies et mon rêve est de devenir ingénieur en informatique. Mais pour être honnête, je ne m’attendais pas à être exclusivement entourée de garçons.

Le fait que les mecs de ma classe parlent souvent des filles et de leurs corps me met mal à l’aise. Dans ces moments, ils oublient que je suis là. Ils se mettent à juger les élèves ou les profs du lycée en disant : « Une telle est grosse, une telle n’a pas de formes, celle-ci est trop belle… » Dès qu’ils ont le temps, à la récré, entre les cours ou même en cachette pendant les cours, ils regardent des vidéos de filles un peu dénudées. Et d’après ce que je comprends, leur idéal, c’est une fille qui a des formes et qui parle à tout le monde.

Ça leur arrive aussi d’insulter les filles. Ou plutôt les mères. C’est gênant de les entendre mal parler des femmes… Ce manque de respect me met en colère, ça me fait mal à la tête. J’aimerais leur dire, mais je ne peux pas, parce qu’ils parlent tous en même temps, tout le temps, et qu’ils ne m’écouteraient pas. En plus de ça, je suis seule alors qu’eux sont tous ensemble, donc je me tais et j’essaye de ne pas les écouter.

Les garçons font plus attention à moi

On n’a pas les mêmes délires ce qui fait que j’ai du mal à lier des amitiés. Dès que je parle à un garçon, les autres en tirent toujours des conclusions : « Ah tu vas te mettre en couple avec lui ! » Du coup, je préfère ne pas leur parler. Mais au fond, ça m’attriste de ne pas avoir d’amis. Je suis seule pendant les heures de récréation et j’essaye de tuer le temps comme je peux, en regardant mon téléphone ou en allant au CDI pour lire des BD ou aller sur l’ordinateur. Heureusement, j’ai toujours mes amies de primaire et de collège à l’extérieur. Et quand je les retrouve, ça me fait du bien.

Et puis, il y a aussi des côtés positifs. Même si j’ai tendance à rester dans mon coin, les garçons essayent de m’inclure. Ils me disent de venir avec eux pendant les heures de permanence, ils me demandent si je vais bien, si je veux à boire ou à manger quand ils ont quelque chose à partager.

Les professeurs aussi sont sympas et me demandent si je me sens bien dans la classe. Depuis le début de l’année, je leur dis que tout va bien pour ne pas faire d’histoire et pour rester tranquille sans avoir de problèmes.

Pourquoi genrer les formations ? Marie a aussi choisi cette voie, elle s’est retrouvée entourée d’hommes, parfois assez durs. Et elle a su s’imposer ! « Femme ingénieure, j’ai osé »

J’en discute parfois avec ma mère et je lui dis que c’est fatiguant d’être tout le temps la seule fille. C’est vrai que c’est dur, mais je pense que je vais m’habituer. J’ai encore deux ans devant moi et je sens déjà que les choses s’améliorent. Au début de l’année, personne ne me parlait et maintenant, je vois bien que les garçons font plus attention à moi. Je pense qu’ils font des efforts de leur côté. Et du mien, j’en fais aussi. J’essaye de leur parler et d’aller vers eux, alors qu’à la base je suis plutôt timide. Petit à petit, on apprend à se connaître et à s’apprivoiser.

 

Elisabeth, 15 ans, lycéenne, Sevran

Crédit photo VisualHunt // CC Eole

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