Laura V.

Laura V.7 juin 2017 2 mn

J’ai 24 ans 1/2, je suis arrivée juste cette année à Marseille pour des études de médiation culturelle de l’art. Bénévole à l'AFEV, vivant en KAPS, mes préjugés sur Marseille ont vite sauté !

Air Bel, ma cité va te faire craquer !

La vie à Air Bel ? Dangereuse à en croire... ceux qui n'habitent pas ce quartier de Marseille. Et si on prenait le temps de la visite ?

Par Laura V.7 juin 2017 2 mn

Air Bel est la plus grande cité de Marseille : 6000 habitants, 4 tours, soit 70 logements presque à flanc de colline avec vue sur les monts des Calanques ou Aubagne à l’Est. Les plus haut perchés peuvent apercevoir le Prado.

Air Bel a un lourd passé lié au trafic de drogues dans les années 90 qui s’est aujourd’hui beaucoup calmé, faute de s’être éteint.

La cité a un air laconique de Belle au Bois Dormant, décors de conte de fée : de grands pins, des chants d’oiseaux et, parmi les voitures brûlées au printemps, des fleurs !

Il y a aussi cette vieille maison désaffectée, incendiée, occupée par des habitants qu’on ne voit jamais, qui répand son ombre inquiétante sur les logements situés en contrebas.

Et il y a des chats.

Les gens se racontent des histoires sur la cité

Je me suis toujours dit qu’un jour, j’écrirais sur les chats d’Air Bel : leurs petites carcasses malingres, qui accèdent sans bruit aux espaces qui cristallisent les fantasmes, les derrières d’immeubles qu’on évite à la nuit tombée, les ronds-points excentrés, balayés par les phares menaçants de voitures inconnues. Les animaux savent ce que les humains ne font que soupçonner.

Souvent, lorsque je rentre de nuit (Air Bel prouve qu’on peut se balader tranquillement dans un quartier populaire aussi tranquillement qu’ailleurs), quelqu’un me dit : « Quoi ? Toi, tu habites à Air Bel ? Et tu rentres toute seule ? Tu sais une fille comme toi (je cherche encore ce qu’est une fille comme moi !) devrait faire attention… »

Que craignent-ils ? Je pense qu’ils se racontent plus d’histoires que les chats eux-mêmes n’en ont à raconter. Face à ces réactions, je me demande pourquoi ils ne vont pas y regarder de plus près, eux qui habitent tout à côté. C’est dommage, car pour moi, c’est l’exemple type d’un quartier populaire qui pâtit de l’idée qu’on s’en fait. Peu à peu, la cité s’est vidée de ses commerces, de ses activités.

Des immeubles pleins de vie !

Pourtant on y rit comme ailleurs ! Quand on s’arrête prendre un café chez un voisin ou dans la rue, on ne sait jamais pour combien de temps on est embarqué.

Il y a D. qui s’évertue coûte que coûte à faire vivre une association de locataires malgré la mauvaise grâce du bailleur à lui mettre à disposition un local. Il y a les incessantes disputes de palier entre Madame K. et Madame B., les plantes de C. et P. qui colonisent la montée d’escalier, les piscines qui s’installent l’été sur les toits des bâtiments à la grande indignation de ceux qui vivent en dessous, des cris qui se transforment au fil des récits en rires….

Malgré les difficultés, on apprend à Air Bel qu’il en faut peu pour que d’une galère éclose une fable avec Happy End en prime.

Comme ce jour où, Favour, 8 ans, la petite fille que j’accompagne chaque semaine, trainait des pieds, maussade, pressée de rentrer chez elle, quand elle a découvert, parmi les pierres qui délimitent l’accès au stade, des nuées de coccinelles. 1, 2, 3, 10, 25, 50…

Quel gamin des beaux quartiers se lance, un samedi aprem, dans une chasse aux insectes improvisée ?

 

Laura V., 25 ans, Marseille

Crédit photo CC Camille Cohendy

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