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Larbi G.9 décembre 2019

Moi, jeune de cité, faire du théâtre… et pourquoi pas ?

Venant de Montreuil avec un parcours scolaire compliqué, je savais pas quoi faire de mon avenir. Je pensais que le théâtre, c'était pas fait pour moi, mais mon service civique m'a prouvé le contraire !

Par Larbi G.9 décembre 2019

J’ai découvert l’art avec le service civique. Qui l’aurait cru ? Moi, Larbi, un jeune rebeu de cité ayant grandi à Montreuil, faire du théâtre. Hé mais je ne savais pas quoi faire de ma vie, et la vie ne savait pas quoi faire de moi. Je n’avais pas d’avenir, enfin… c’est ce que je pensais. Des allers-retours en mission locale, une perte de motivation qui augmentait au fil des semaines. Ça, après avoir empoché mon bac pro technicien d’usinage qui ne me plaisait pas et fait une formation banale Assofac (où tu fais des CV, des stages et où tu développes ton projet).

Un jour comme un autre, je prends mon bus, je souris alors qu’au fond, je suis mal. Je me présente à l’accueil de la mission locale et j’attends mon rendez-vous avec mon référent. C’était un bon, il voulait mon bien, mais il ne trouvait pas comment. Avec lui, on parlait de tout, de foot ou autre. Au détour d’une discussion, il m’a dit : « Une dame m’a appelé pour un service civique. » Le service civique, on m’en avait déjà parlé, mais j’avais du mal à faire des choix, ou peur de me tromper sûrement. C’était un poste pour travailler avec des enfants. On est partis faire des recherches sur le Facebook. Le lieu avait l’air d’être assez culturel et s’appelait la Ruffinerie. Mon référent m’a dit : « T’es sûr que ça t’intéresse ? » J’ai répondu : « Oui, j’ai rien à perdre. » Habituellement, j’aurais dit non parce que c’était pas trop mon truc… Mais à ce moment-là je sais pas, c’est comme si c’était un tournant dans ma vie. Alors j’ai dit oui, à croire que j’allais me marier. Non, plus sérieusement, mon référent a donc pris un rendez-vous avec cette dame.

Moi, faire du théâtre ? Et puis quoi encore ?

C’était un mardi, ou un vendredi, ou un jeudi, je sais plus trop. En plus, le lieu était à côté du quartier où j’ai grandi ! C’est une structure de quartier, mais très culturelle avec des spectacles et créations. Je m’étais habillé, la petite coupe et tout, tu connais. J’étais à l’heure, mais très stressé, tellement que j’avais du mal à appuyer sur la sonnette. Donc j’ai forcé un peu, jusqu’à ce qu’elle ouvre la porte. J’ai lâché mon meilleur sourire « bonjour, bonjour ». Je suis rentré dans le lieu. C’était… je sais pas, je sentais pas que c’était familier. Le rendez-vous s’est pas trop mal passé, elle était bizarre, elle parlait, je comprenais pas tout. Mais bon, j’étais toujours aussi motivé. Un rendez-vous plus tard, elle m’a annoncé qu’elle me prenait.

Le service civique de Naissa ne lui a pas permis de trouver sa voie comme elle l’espérait. Elle en a malgré tout tiré des enseignements, même si son expérience a été rude : « À l’hôpital, je suis service civique et débordée » 

On a parlé de ce qui allait arriver, de ce qu’elle attendait de moi, des futurs projets comme le café des enfants, la suite de son spectacle « Le saumon sauvage » et l’atelier théâtre auquel j’étais obligé de participer. Moi, Larbi, faire du théâtre ? Et puis quoi encore ? Elle m’a pris pour qui ? Je me rappelle qu’au collège, y avait du théâtre, mais j’avais toujours séché. J’avais déjà été dans un théâtre, dans des musées ou quoi, mais comme tout le monde, avec l’école. Ça m’avait pas intéressé plus que ça. C’était loin de moi tout ça ; chez moi, on va plus se dire on va faire du foot, c’est dommage mais c’est ça.

Mais là, j’y étais obligé, alors j’ai décidé de jouer le jeu. Après tout, j’avais rien à perdre. J’ai commencé en avril. Mon premier jour, c’était justement le jour du théâtre, je stressais de participer à ce cours. J’ai bien aimé, mais dire que je voudrais en faire mon métier, c’était un grand mot.

Les gens allaient quand même payer pour me voir

Je pense que j’ai eu deux moments déclencheurs. Le premier, c’était quand la prof nous a dit d’apprendre nos textes. C’était du Shakespeare et du Aimé Césaire, je les connaissais que de nom. J’étais le seul à avoir appris mon texte, mais le pire, c’est que personne s’y attendait ! J’ai compris à ce moment que ouais, j’aime bien le théâtre. Et le deuxième, je m’en rappelle comme si c’était hier.

C’était le jour de la Grafiteria dans le quartier. J’étais chargé d’installer, d’accueillir, et le soir avec le groupe de théâtre, on devait réciter des phrases sur le bonheur. Devant un public putain, j’étais trop stressé. C’était la première fois que j’allais faire une récitation de texte devant un public. Y avait une bonne ambiance, c’était convivial et j’ai commencé à réciter mes phrases. La sensation était incroyable, une sorte d’adrénaline, mais c’était pas ça le pire… Ma voix, oui ma voix, elle portait sur toute la salle ! J’avais l’impression d’être le président. Non, vraiment, j’ai kiffé ce moment. Et à la fin, quand on est venu me féliciter, j’étais trop gêné. Un monsieur bénévole m’a dit : « Tu m’as ouvert les yeux sur ce que tu as dit, tu devrais pousser. » Je dirais pas que c’est cette personne qui m’a ouvert les yeux, mais ça a contribué.

Et puis, après avoir joué avec le groupe du théâtre dans la salle de ma ville, ce qui était énorme pour moi, ma tutrice était contente. Un jour en octobre, au détour d’une conversation, elle m’a proposé de jouer dans son prochain spectacle, « La l’eau l’ère », une création originale. Au début, je pensais qu’elle rigolait ; elle a quand même l’habitude de jouer avec des professionnels. J’ai répondu oui comme ça et quelques semaines plus tard, elle m’a annoncé qu’on allait la jouer dans notre lieu à l’occasion du festival Marmoe. Là, c’était du sérieux, c’était pas qu’avec le groupe du lundi. C’était répétition presque tous les jours, et les gens allaient quand même payer pour me voir, c’était bizarre.

Moins d’un mois plus tard, on jouait notre première devant une salle pleine d’un peu moins de 40 personnes. Les gens avaient payé putain, et c’était incroyable, surtout que dans le spectacle, je danse un peu, même je chante en playback, et il y avait beaucoup de moments avec le public. Et les compliments qui ont plu à en finir trempé… surtout quand c’est des gens que tu connais et qui te diront la vérité. Attention, c’était pas parfait, mais c’est surtout que je n’étais pas habitué aux compliments avec un parcours scolaire chaotique.

Je me dis de plus en plus, comédien, pourquoi pas en faire mon métier ? Le théâtre a été une réussite pour moi. En plus, ma tutrice veut me garder après mon service civique pour continuer ce que je fais là avec les enfants. J’aime beaucoup ce qu’on fait : les jours se ressemblent jamais, on organise des apéros dans le quartier, des rencontres, des fêtes, et le café des enfants les samedis.

Le service civique, ça m’a beaucoup apporté, en si peu de temps. J’ai fait des rencontres, je suis autonome, j’ai beaucoup gagné en assurance. J’ai appris beaucoup de choses, sur moi aussi, parce que je pense que toutes ces qualités étaient en moi avant… et qu’elles sont en toi aussi !

 

Larbi, 19 ans, volontaire en service civique, Montreuil

Crédit photo Unsplash // CC Angel Origgi

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