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Clémence B.8 mars 2020

Ça veut dire quoi être une femme ? Laissez-moi choisir !

Dès la puberté, les autres ont défini pour moi ce que ça voulait dire d'être une femme. Ma mère, mes potes, les mecs. Mais, pour moi, c'est quoi ?

Par Clémence B.8 mars 2020

Être une femme, c’est quoi ? Quand et comment le devient-on, et est-ce qu’une fois qu’on l’est, on le reste ? Est-ce que c’est quelque chose de palpable ou de mental ? Au départ, ce que l’on disait de moi avait de l’importance. Il fallait que je sois « la fille bien ». Vous savez, cette fille qui n’a pas vraiment de désir, qui est discrète, qui ne crie pas de joie lorsqu’elle a ses règles, qui n’a que très peu d’hommes dans sa vie…

J’avais douze ans quand je me suis posée ces questions-là pour la première fois. Il m’arrivait d’avoir quelques maux de ventre, bien que dame Nature m’ait déjà touchée de sa grâce en me donnant des formes, élargissant mes hanches et faisant exploser mes décolletés. Je me sentais bouffie depuis quelques jours. Puis, je me suis réveillée un matin avec une drôle d’impression. L’impression d’être mouillée. Alors j’ai allumé la lumière et, oh ! Un nouveau cadeau de dame Nature ! J’ai hurlé tellement fort en apercevant la scène de crime qui s’était répandue sur mon lit que ma mère, en montant les escaliers pour me rejoindre, a trébuché en me hurlant, inquiète, d’expliquer la situation.

Être une femme, c’est avoir mal au ventre tous les 28 jours ?

Quand elle a vu le sang, mes tremblements, mon regard terrifié, elle m’a souri et m’a annoncé que j’étais devenue une femme. Vraiment ? Être une femme, c’est avoir mal au ventre tous les 28 jours, être mal lunée pendant cinq jours, et devoir porter des couches parce qu’on n’est pas capable de se retenir de saigner à fond… ? Si c’est juste ça, j’ai pas trop envie…

J’avais plus l’impression qu’il s’agissait d’un poids, surtout quand j’en ai parlé à mes copines. Alors toute heureuse dans la cour du collège, je suis allée vers elles le sourire aux lèvres malgré les douleurs désagréables qui allaient et venaient dans mon bide. Et là, je leur ai annoncé : « J’ai mes règles ! »

Les règles, l’amour, le viol, le travail, l’excision… Plus de 2000 femmes dans plus de 50 pays ont partagé dans Woman leurs expériences, leurs joies et leurs larmes.

Mais à la place de regards d’admiration, de mots d’encouragement, de joie de me voir franchir cette étape, j’ai eu des rires moqueurs, des détournements de regards, des airs de dégoût et au mieux, des rires gênés. Donc, être une femme, c’est dégoûter les autres, c’est ça ?

J’en ai parlé à ma mère : « Je ne comprends pas, tout le monde se moque de moi alors qu’ils devraient être heureux de savoir que je suis devenue une femme ! » Elle a rigolé et m’a dit que j’étais encore loin d’en être une. Non mais il faut savoir ! Bon, allez, j’accorde le bénéfice du doute, elle avait sûrement voulu me dire que les règles, c’était le début de mon ascension vers la féminité ultime.

Être une femme, c’est ne pas avoir de désir ?

Puis vint une autre étape. Ah la la, les premiers amours… L’Education nationale avait bien compris qu’on était tout feu tout flamme à cet âge puisqu’en troisième, nous avons eu UN cours d’éducation sexuelle ! Wouah ! C’est la fête, sortez le champomy !

Bien entendu, on nous a séparés, les filles entre elles et les garçons entre eux. On nous a parlé de ce que les garçons désirent, nous explorer pour s’explorer eux-mêmes. Selon l’infirmière scolaire, ils étaient en train de se transformer en bêtes assoiffées de sexe ne voulant de nous qu’une seule chose : notre fleur virginale, les secrets de notre jardin, qu’il soit tondu ou mal coiffé, peu importe la saison, qu’il y pleuve ou que la terre y soit aride ! On nous a aussi parlé de voir le loup le plus tard possible pour fuir les MST et les bébés, ainsi que pour sauvegarder notre réputation. Mais on ne nous a pas parlé de masturbation. Alors que, comme toutes mes copines, on voyait le fait de se toucher soi-même comme quelque chose de dégoûtant ; ou au mieux, comme une chose dont on ne devait pas parler.

Et nos désirs à nous ? C’est comme si on nous disait que nous ne pouvions pas, que nous ne devions pas en avoir. Être une femme, c’est ne pas avoir de désir propre ?

La série féministe The Bold Type dresse un portrait édifiant de femmes qui osent. Sortie en 2017, elle raconte les périples de trois amies qui travaillent dans une rédaction new-yorkaise. Une émission qui respire l’empowerment !

Mais je n’en veux pas à ces personnes. Il y a toute une génération qui a vécu avec l’idée que la virginité est un cadeau qui ne va qu’à un seul homme et qu’il faut bien le choisir, que la femme n’avait pas d’envie sexuelle exceptée pour concevoir. Le pire ? Cette façon de voir les choses m’a paru normale…

Être une femme, c’est devoir faire attention à sa réputation ?

Il n’y avait donc aucun sens à ce que je pratique, mais je me sentais tiraillée entre la curiosité et la culpabilité de simplement y penser. Puis, j’ai rencontré un garçon. Chaque fois qu’on se tenait la main ou qu’on échangeait un petit sourire complice, j’avais des papillons dans le ventre ! Et chaque fois que je le voyais, j’apercevais derrière lui, au loin, ce loup qui attendait que je baisse ma garde ne serait-ce qu’un seul instant pour se jeter sur moi, crocs déployés…

Un soir, on était dans ma chambre, ambiance tamisée, Diam’s en musique de fond. On buvait un chocolat et… il n’y avait pas que la tasse qui était chaude ! Il me souriait, on se regardait dans les yeux puis : « AAHOUUUUUUUUU ! » Le loup hurlait de toutes ses forces pour m’obliger à l’entendre ! « AAAAAHOUUUUUUU ! » Je sentais mon cœur battre à tout rompre, mon cerveau déraillait complètement. Est-ce que c’était le bon ? Est-ce qu’il fallait que je franchisse le cap maintenant ?! Qu’est-ce qu’on va penser de moi si ça se sait ? Et si je tombais enceinte ?! Et si mes parents voyaient sur mon visage que j’ai fait l’amour ?!

Puis, tout s’est tu. Il venait de poser ses lèvres contre les miennes et j’ai tout oublié. Il n’y avait que lui et moi, et ce loup dont les hurlements agressifs se sont transformés en tendres mélodies. Vous savez, un peu comme Sébastien dans la petite sirène : « Chalalalala n’aie pas peur, ne pense qu’au bonheur vas-y oui embrasse-là ! » Ahhhhh c’était si bon sur le moment…

… Mais après, je me suis sentie honteuse ! J’avais vraiment l’impression d’avoir fait quelque chose de mal et aucune envie de le raconter à qui que ce soit. Mais… tout le collège a été au courant ! Mon petit-ami de l’époque a eu besoin d’aller parader devant ses potes, quitte à mettre mon image en jeu ! La chose qui m’a à peu près sauvée ? Nous étions en couple. Bien que l’on me faisait des remarques désobligeantes, cela en restait là car tant que j’étais avec celui qui m’avait touchée, mon honneur resterait sauf…

Nous ne sommes pas restés longtemps ensemble. Certaines insultes se sont amplifiées, certains garçons dans la cour tentaient de me toucher la poitrine, me mettaient des mains aux fesses… Et je n’ai jamais rien dit. Ni à eux, ni à personne parce que j’avais l’impression que je devais supporter seule ce poids, j’étais la seule fautive. J’avais couché, j’étais une salope qui osait, la Vilaine, avoir des envies ! Comme si j’étais un homme !

Si c’était ça être une femme, ne faire l’amour qu’avec un garçon dans toute ma vie pour conserver mon honneur ; ou assumer d’avoir du désir sexuel pour un ou des hommes, mais devoir subir insultes et agressions comme si je désirais TOUS les hommes de la planète, non merci !

Salope, fille facile, fille bien, touchante, aimante, sainte, coincée…

Aujourd’hui, j’ai 25 ans et entre-temps, j’en ai encore entendu des vertes et des pas mûres sur la féminité. Mes propres amis m’ont reproché de ne pas me respecter parce que je m’habillais court, de fréquenter plusieurs hommes en même temps alors que je n’avais de compte à rendre à personne. Certains m’ont prise pour un objet, d’autres pour une amie, ou encore pour l’amour de leur vie. On m’a traitée de salope, de pute, d’égoïste, de fille facile. On m’a dit aussi que j’étais une fille bien, une fille touchante, aimante, amoureuse, aimée, une dépravée, une sainte, une excentrique, une coincée…

Une femme, c’est quoi ? La féminité, qu’est-ce que ça veut dire au juste ? Nathalie, Tess et Yasmine nous ont parlé leur vécu de femmes.

Plein d’expériences et une éternelle question : c’est quoi être une femme ? Je trouvais tout injuste par rapport à mon sexe. Pourtant, j’adore être une fille. Alors merci à certains posts sur les réseaux sociaux, comme sur @payetashnek que je suis depuis mes 21 ans. On peut y parler de ce que l’on vit en tant que femme face aux regards des autres, de nos craintes d’être « trop » ou « pas assez », du harcèlement subi dans l’espace public.

Je me suis vite rendu compte que je n’étais pas seule et j’ai lâché l’idée d’être une « fille classe ». Je suis fatiguée de devoir toujours surveiller comment je suis habillée, d’être discrète en société… Et je suis une gueularde en plus ! Je me suis faite cette promesse : je ne me priverai de rien de ce que je désire, surtout si c’est pour autrui. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, je me sens femme et complètement épanouie. J’aimerais un jour nous entendre toutes dire d’une seule voix cette phrase : « Je suis une femme, je fais ce que je veux, et tous ceux qui pensent l’inverse, je les emmerde. »

 

Clémence, 25 ans, en recherche d’emploi, Rambouillet

Credit photo Allociné // © Tmdb ( The bold type / De celles qui osent, série 2017)

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1 réaction

  1. Faire pour plaire à autrui ça ne fonctionne jamais : tout le monde a un avis différent, alors autant pas se prendre la tête et tracer sa route !

    Je pense qu’il y a autant de définitions “d’être femme” que de femmes. Y en a qui vont te dire que pour être femme faut se maquiller sinon ça montre qu’on prend pas soin de soi, s’apprêter, etc., puis d’autres qui vont te dire que si elles avaient pas les cheveux longs elles se sentiraient moins féminines, puis d’autres encore qui vont te dire qu’elles se sont senties femmes le jour où elles ont appris qu’elles étaient enceinte, et d’autres vont donner encore d’autres réponses, comme toi aujourd’hui. Au final, il n’existe aucune réponse unique et que le principal ce n’est pas d’être femme (d’ailleurs on ne se pose pas la question sur ce qu’est “être homme”) mais d’être soi-même !

    enirenrekhtoues.blogspot.fr