Meryem B.

Meryem B.7 avril 2018

Évidemment que la vie ça finit mal. Ça finirait jamais sinon.

J’ai organisé une maraude pour les migrants

Alors qu'elle organisait une maraude pour aider les migrants de Porte de La Chapelle, les CRS ont bloqué Meryem et ses potes. Elle a quand même trouvé le moyen de distribuer fringues et kits d'hygiène... et pris le temps de faire des rencontres !

Par Meryem B.7 avril 2018

Meryem a partagé son expérience d’engagement citoyen dans le cadre du festival Make Sense organisé le 14 Avril 2018. Et il reste des places si ça vous tente ! 

C’était un jour d’hiver, en décembre, quand les CRS nous ont entravé la route, une route vers l’équité.

Il y a un an de ça, avec des amis on a ressenti un besoin, ce besoin d’aider les autres, ceux qui nous entourent. On a donc décidé d’organiser des maraudes dans les gares parisiennes, mais surtout à Porte de la Chapelle. Pour ça, on a mobilisé notre entourage en demandant des dons, des vêtements, de l’argent pour faire des kits de survie, etc. Avec l’argent, on a acheté des plaids mais aussi des mouchoirs, rasoirs, serviettes hygiéniques, lingettes pour faire des kits hygiène. On a séparé tous les vêtements récoltés (hommes/femmes/enfants) afin de donner plus facilement, selon le gabarit de la personne en face.

Ce samedi 16 décembre, nous étions à Porte de la Chapelle, armés de nos kits de survie et prêts à venir en aide à nos voisins démunis. On a réuni un groupe de migrants pour la distribution. Mais au bout de dix minutes, les CRS sont intervenus. Ils nous ont demandé de quelle association on faisait partie. On n’en avait pas. Ils ont donc demandé l’organisateur. C’était un pote et moi. On a pris nos responsabilités parce qu’on avait créé le groupe Whatsapp.

Ils nous ont mal parlé pour nous dire qu’on n’avait pas le droit, que c’était un attroupement et qu’il fallait dégager un peu plus loin. En fait, ils voulaient juste pas nous voir. C’est donc ce qu’on a fait.

Rebelote. Un deuxième groupe de CRS nous refait le même speech, avec un contrôle d’identité. L’un de nous, qui avait un peu trop de répondant, a fini par se faire arrêter un peu plus loin, au sol. On n’avait pas le droit de s’approcher et ils nous ont dit de partir.

Des rencontres exceptionnelles

Enfin, on a fini par avoir la paix dans un petit endroit où l’on a pu faire notre distribution. On demandait aux migrants présents de ramener les autres personnes dans la même situation s’ils savaient où ils se trouvaient. De là, on a pu discuter avec certains d’entre eux qui parlaient français ou anglais. Ils étaient majoritairement soudanais, libyens et éthiopiens. Il y avait même une famille yéménite avec une petite fille de 5 ans. Elle ne parlait pas français mais j’ai pu parler un peu avec elle en arabe. Elle s’appelait Amina et lorsque je lui ai demandé son âge elle m’a montré ses cinq petits doigts. Un vrai petit ange. Elle m’a fendu le coeur.

Snapchat // © Meryem

L’un d’eux m’a beaucoup marqué. Il nous a raconté son histoire, son passé d’esclave en Libye et comment il était arrivé en France. Une histoire horrible. Celle d’un soudanais qui a décidé de fuir la pauvreté, le manque de travail et les mauvaises conditions de vie. Avec son frère et quelques connaissances, ils ont migré mais se sont vite retrouvés dans un traquenard : ils ont été réduits en esclavage en Libye sans trop comprendre comment. Ils se sont fait frapper, humilier, torturer sans que cela choque la population libyenne ou attise l’indignation…

Zaineb nous avait raconté en vidéo cet esclavage. Jusqu’à ce qu’elle puisse s’échapper et rejoindre la France. À voir : “Rescapée de l’enfer libyen”

J’ai pas vraiment compris comment ils ont fait pour s’en sortir, mais ils ont finalement pu fuir et se sont retrouvés en Tunisie. Après quelques mois là-bas, ils ont décidé de traverser l’Algérie pour rejoindre le Maroc. Il m’a dit qu’il a particulièrement apprécié l’hospitalité marocaine, le fait que sa couleur de peau ne dérange pas contrairement à la Tunisie. Ils ont pu être logés, ils ont trouvé un travail. Mais ça n’a pas duré très longtemps. Ils avaient pour projet de rejoindre la France. Pour quitter le continent africain et gagner l’Europe, ils ont du passer par la Méditerranée. Une traversée de stress, de peur, d’angoisse.

Ce migrant a perdu son frère lors de ce passage du Maroc à l’Espagne. Son frère avec qui il avait vécu tout cet enfer est tombé à l’eau. Mais il n’a rien pu faire. Impossible de le repêcher, il a dû avancer sans lui. C’était une condition du passeur car ils étaient en réalité tous au courant des dangers auxquels les migrants s’exposaient. Une fois en France, ils ont tous constaté une chose : leur idéal n’était qu’utopie. Un rêve. Cela fait des années que ce gentil monsieur, ses amis et les autres errent dans les rues de Paris, dorment entassés dans des camps de migrants et vivent de ce qu’ils mendient la journée.

Ces maraudes m’ont permis de faire des rencontres exceptionnelles. Ils étaient pauvres mais riches de cœur.

 

Meryem, 20 ans, étudiante en BTS, Saint-Maurice (94)

Crédit photo Flickr // CC Croix-Rouge française à Paris

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4 réactions

  1. Bonjour, c’est sensationnel ce que vous faites . Les témoignages révèlent une dure réalité .
    Chacun de nous doit contribuer du mieux qu’il peut
    Je vous félicite

  2. Très beau témoignage, émouvant.
    Bravo pour la qualité d’écriture.
    JT

  3. Bonjour,
    J’admire votre initiative, c’est vraiment un beau projet que vous avez réalisé. Merci pour votre témoignage qui met en lumière les situations qu’ont vécues ces personnes. Elles méritent amplement notre générosité à tous!

  4. Très bon article, on ressent parfaitement le degré d’engagement que Meryem porte aux personnes dans le besoin à travers ses différentes actions sociales qui vont dans la même orientation que les principes de MakeSense ! Bravo !