Assia A.

Assia A.2 mai 2019

Artiste dans l’âme, j’essaie de tirer les enseignements de ma vie .

Les personnes âgées m’ont donné une leçon de vie

Psychologue stagiaire dans un EHPAD, j'apprends au contact de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer à chérir la vie.

Par Assia A.2 mai 2019

En EHPAD [établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes], le temps semble suspendu. Au sein de l’unité protégée Alzheimer particulièrement. La plupart des personnes âgées n’ont plus de repères. Elles ne savent plus où elles sont, à quel étage, quelle année ou quelle saison. C’est comme si les mois et les heures avaient cessé de défiler. Ils attendent que le temps passe, lorsqu’ils en ont encore conscience et qu’ils ne déambulent pas dans les couloirs toute la journée.

Leurs proches leur manquent et ils sont toujours heureux de nous recevoir. Ils nous racontent une partie de leur vie et très souvent leurs photos de famille sont accrochées sur les murs. C’est d’ailleurs l’histoire de leur famille qui leur reste lorsqu’ils perdent une grande partie de leur mémoire. Et quand leurs troubles cognitifs ne sont pas importants, ils ont besoin de parler encore et encore de leurs proches. En faisant passer un test à une résidente, elle me disait : « J’attends mes enfants, je ne comprends pas pourquoi ils ne sont pas venus, ils devaient venir. »

Dans l’EHPAD où je réalise mon stage, les personnes âgées sont assez bien encadrées et entourées. Elles peuvent regarder la télé, jouer à des jeux de société, souvent avec des stagiaires ou des ASP [aide et soin à la personne] et faire de l’art thérapie avec la psychologue. Et durant la semaine, des bénévoles viennent chaque jour pour des ateliers manucure, maquillage, estime de soi, messe, etc. Quand il y a assez de personnes pour s’occuper des personnes âgées, cela se passe plutôt bien.

Il faut profiter de chaque instant et agir malgré la fatigue

Lorsque j’ai commencé mon stage en EHPAD, je savais quels étaient les troubles que j’allais observer, mais je n’avais pas réalisé que m’y confronter allait modifier ma manière de voir les choses. Stagiaire psychologue, je n’ai pas pu assister à l’ensemble des soins ou des journées des résidents, mais ce que j’ai vu a suffi à me faire prendre conscience de toutes les capacités que j’avais : marcher, m’exprimer correctement, contrôler mes gestes et avoir des occupations.

Je me plains parfois d’avoir beaucoup trop de choses à faire, d’être fatiguée, de vouloir ne rien faire. Mais lorsque j’ai vu ces personnes âgées devenues dépendantes à cause de leur maladie d’Alzheimer passer leurs journées assises et parfois demander d’aller au lit car rester sur leur fauteuil les fatigue, je me suis rendu compte qu’il faut profiter de chaque instant que l’on a et agir malgré la fatigue car finalement, la fatigue ne s’en va pas. On rêve de rester au lit toute la journée parce qu’on n’est pas contraint d’y passer nos journées !

Volontaire en service civique dans un hôpital, Naissa s’est retrouvée seule à gérer l’arrivée des patients. Une expérience rude mais enrichissante. À l’hôpital, je suis service civique et débordée.

Un jour, nos capacités ne nous permettront peut-être plus de faire tout ce que l’on fait. Ça fait un peu peur de se demander si un jour on sera à leur place, le cœur se resserre en traversant leur espace de jour. On n’entend que la musique de la télé. Même s’ils sont ensemble, ils n’ont pas la force de se parler et ne savent d’ailleurs plus très bien s’exprimer à leur stade avancé d’Alzheimer. Alors que nous, on sait parler mais on ne se parle pas non plus dans les salles d’attentes, dans les transports en commun et on évite parfois nos voisins pour ne pas avoir à leur parler. Un jour, on aura besoin de se parler mais on n’y parviendra pas.

En EHPAD, l’amour aide à reprendre des forces

Ces personnes âgées m’ont même donné une leçon de vie. Car lorsqu’elles n’arrivent plus à s’exprimer clairement, elles arrivent malgré tout à montrer leur affection. Une femme que j’avais suivie durant un atelier et qui avait des difficultés à s’exprimer m’a dit, lorsque je l’ai raccompagnée à son étage : « Au fait, je voulais te demander : Tu reviens ici ? On se reverra ? » Elle qui ne parvenait pas à formuler ses phrases juste avant ! Et un homme, qui avait oublié mon prénom et le fait de m’avoir déjà vu, m’a dit un jour : « C’est dommage pour nous que tu doives partir, on s’attache. » Peut-être qu’au fond, quand on a perdu beaucoup, qu’on n’a plus d’objectifs dans notre vie, il ne reste alors plus que l’amour. L’amour spontané envers l’être humain, même l’inconnu. C’est ce que j’ai pu ressentir durant mon stage, beaucoup d’amour.

C’est toujours difficile de penser nos proches dans ce genre de structures, souvent critiquées pour leur traitement des personnes âgées. Si le témoignage d’Assia ne vous aide pas à passer le pas, peut-être que cet article de Marie Claire le fera !

Je ne suis en stage qu’un jour par semaine, et parfois je n’en peux plus de la pression des cours et de la sélection. La première fois que j’ai mis les pieds dans l’unité protégée Alzheimer, je me suis dis que toutes les connaissances qu’on accumule ne servent à rien. Un jour, elles disparaissent en même temps que nos neurones et on n’y peut rien.

Mais cette journée par semaine en EHPAD m’a ensuite aidée à reprendre courage. On est humain et l’amour nous aide à reprendre des forces. Ça aide également à se dire que tant que l’amour reste, il reste de la vie et c’est l’essentiel.

On dit que les personnes âgées ont besoin de nous, c’est vrai. Mais nous avons encore plus besoin d’eux. Pour se rendre compte que l’essentiel est dans l’amour et l’affection que l’on peut partager.

 

Assia, 21 ans, étudiante, Ile-de-France

Crédit photo Unsplash // CC Lyana Zac

TAGS :