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Romain S.22 décembre 2020

Voyager responsable, c’est possible

Des hôtels de luxe aux tentes de camping, des avions à l'auto-stop, mon rapport au tourisme a changé du tout au tout. Et depuis, je me régale.

Par Romain S.22 décembre 2020

« Vers le SUD », est écrit sur un morceau de carton que je tiens de ma main gauche le 18 septembre 2020. Me voilà à l’extrême nord du Cap Corse avec un ami, mon sac à dos, mes chaussures de montagne, mon petit écriteau et le sourire aux lèvres, prêt à lever mon pouce à chaque passage de voiture. De la lassitude de voir des voitures passer sans s’arrêter à la bouffée de joie d’en voir certaines nous ouvrir leurs portes, les émotions sont décuplées et me donnent sincèrement l’impression d’être vivant.

Notre dernière voiture nous dépose au soleil couchant dans un petit village côtier, où nous avons mangé une pizza sur la place du village et dormi à la belle étoile sur une grande plage de galets noirs. C’est ce retour à l’authenticité, à la simplicité, à la découverte de soi et des autres, à l’aventure… que je considère être un voyage alternatif. Un voyage qui laisse tomber tout l’aspect superficiel lié à l’industrie touristique de masse qui a accompagné mon enfance.

« Escortés » jusqu’à notre « prison occidentale dorée »

« Les passagers à destination du vol Marrakech 711 sont priés de se présenter porte B. » Ainsi commençaient certains de mes voyages avec mes grands-parents, mon frère et mes deux cousines. Du haut de mes 12 ans, l’excitation était à son comble : quelle joie de se retrouver pour une semaine entière dans un chic hôtel all inclusive ! Dès la sortie de l’avion, nous étions « escortés » jusqu’à notre « prison occidentale dorée ». Les seuls contacts avec les locaux se limitaient aux employés de l’hôtel – assignés aux tâches les moins valorisantes – et aux quelques personnes que nous croisions dans les rues autour de l’hôtel. Le rapport de domination, de supériorité et de méfiance à leur égard était très marqué.

@partirentourdumonde, alias Emilie, pratique le slow travel ! Depuis sept ans, son copain Nicolas et elle voyagent aux quatre coins du monde en prenant leur temps. Du Pakistan au Canada, en passant par le Monténégro, ces deux aventuriers ont mis les pieds sur 5 continents et 44 pays !

Mes trois semaines de voyage en stop en Corse m’ont quant à elles permis de rencontrer de manière authentique la population, bien loin des stéréotypes qui lui sont attribués. Les trajets partagés avec eux ont été des opportunités en or pour prendre le temps d’échanger sur nos cultures respectives et de se narrer nos belles histoires de vie ! Ce voyage alternatif m’a permis de laisser mes idées reçues derrière moi et de privilégier l’échange et la curiosité à l’individualisme.

Être dans l’urgence de voir un maximum de choses, c’est fini

Plus jeune, j’ai également eu la chance de faire un road trip avec mes parents et mon frère dans l’Ouest américain à plus de 8 000 kilomètres de chez moi. Cinq semaines incroyables à voyager en voiture d’hôtels en campings, de villes en parcs nationaux. Cinq semaines planifiées par mes parents à la journée près, des mois avant le voyage. Au pays du consumérisme et de la vitesse, le tourisme conventionnel nous incitait à profiter abondamment des habits peu chers des grands mall américains, à être dans l’urgence de voir un maximum de choses en un temps réduit, quitte à ne prendre qu’une photo du lieu visité. La planification très bien ficelée était justement au service de cette efficacité, même si cela ne laissait que très peu de place à l’imprévu et aux opportunités.

Tandis que pour notre périple corse, nous avons décidé de ne quasiment rien planifier et de s’ouvrir totalement aux différentes opportunités. En portant sur notre dos tente, nourriture et eau. Le fait d’avoir choisi l’auto-stop comme moyen de locomotion nous a permis d’affronter pleinement l’inconnu. Par exemple, deux retraités du Doubs et leurs deux chiens nous ont pris en stop dans leur rustique camping-car entre Porto et Ajaccio. Nous avons mangé dans une paillote au bord de la plage. S’imprégner plus des lieux visités et en voir moins, mais mieux. Se laisser le temps de contempler, de profiter pleinement de « l’ici et maintenant » et d’éviter de continuellement se projeter dans le futur. À vrai dire, ces expériences tranchaient réellement avec la monotonie de mon stage d’ingénieur, où chaque jour ressemblait sensiblement au précédent.

L’industrie du tourisme a pour credo : « Voyager loin, c’est voyager bien. »

Ce voyage m’a également incité à questionner le rapport à la distance. L’industrie du tourisme a pour credo : « Voyager loin, c’est voyager bien. » Ce n’est que récemment que j’ai trouvé cette idée plutôt absurde. Ce qui me plaisait particulièrement pendant mes voyages : les paysages, les rencontres, les personnes avec qui je faisais ce voyage et les imprévus. Changer de modèle faisait partie d’une réflexion plus globale sur ma vie : comment limiter mon impact environnemental et qu’est-ce qui fait vraiment sens pour moi ? J’ai adoré mes premiers voyages « conventionnels », mais il est évident que privilégier des voyages alternatifs m’a rendu encore plus heureux et épanoui. Je me sens désormais plus en phase avec mes valeurs, je m’enrichis de chacune des rencontres. Et ces voyages me font me sentir terriblement vivant !

May aussi voyage beaucoup, mais son engagement est tout autre. En quatre ans, elle a visité 40 pays toute seule, et a prouvé qu’une femme peut aussi être une véritable aventurière.

Changer de manière de voyager, c’est enfin remettre au centre de notre existence des valeurs comme le bonheur, l’humilité, l’authenticité, la confiance, la liberté et l’entraide. Ne serait-ce pas de bonnes bases pour imaginer un nouveau modèle de société ?

 

Romain, 22 ans, étudiant, Lille

Crédit photo © Romain

Ce témoignage a été écrit dans le cadre d’une formation de Fertîles, un projet immersif et pédagogique pour s’engager autrement et en commun. Découvrez cette « école de la coopération et de l’engagement, au service des transitions écologique, sociale et démocratique. » sur leur site.

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