Camille

Camille13 octobre 2018

Éternelle rêveuse, j'aspire à devenir journaliste afin de partager à autrui tout le savoir dont regorge ce monde. J’aime aussi comprendre, autant le fonctionnement des choses que les situations et les événements. Apprendre est l'un des ressorts de ma vie, l'un de mes plus grands plaisirs.

Mon métissage, mon fardeau

Métisse, Camille n'a jamais réussi à savoir quelle culture s'identifier. Elle a finalement décidé de miser sur son côté français...

Par Camille13 octobre 2018

Au cours de ma vie, je n’ai jamais réellement su qui j’étais. En tant que métisse, c’est compliqué de se définir quand on est étiré entre plusieurs pôles. Je suis française d’origines portugaise et congolaise, et mon métissage est une différence que l’on m’a toujours renvoyée en pleine figure.

Quand j’étais petite, mes origines et celles des autres n’avaient que très peu d’importance pour moi. Je voyais les gens pour qui ils étaient et qui ils semblaient être, sans chercher à voir plus loin. Mais les gens n’avaient pas cette même vision des choses, cette même attitude envers moi. En primaire, on me demandait sans cesse si j’étais une adoptée quand ma mère, qui est blanche, venait me chercher à la fin de ma journée de cours. Et en grandissant, j’ai de plus en plus été confrontée à cette différence qui m’a tant fait souffrir et complexer.

On nous demande de choisir un camp

Nos sociétés répètent sans arrêt que le métissage est une chance, qu’il faut être fier de ses origines, mais la vérité, c’est que les métisses seront toujours affiliés à une partie de leur identité et qu’on leur demandera toujours de choisir un camp. Des inconnus dans la rue, des camarades de classe et même certains de mes amis m’ont répétée que j’étais noire à cause de ma couleur de peau caramel, ou encore à cause de mes cheveux. Mais jamais je ne pourrai m’identifier qu’à ce côté-là, car il ne me compose pas entièrement, parce qu’il ne me fonde pas à lui tout seul, et parce que me considérer noire, ce serait renier ma mère, ses origines et son histoire, une partie de moi aussi, et c’est juste inconcevable.

Le plus dur, c’est quand au sein de sa propre famille, certains se jettent des insultes à la limite du racisme. Les gens ont tendance à considérer uniquement les points positifs et les clichés liés au métissage (les métisses seraient beaux, supérieurs, avantagés au sein de la société), sans être conscients des faces plus sombres.

Mes parents ne sont plus ensemble parce qu’au bout d’un moment, le mélange de culture est devenu une richesse de plus en plus difficile à entretenir. Ça les a éloignés. Mais aussi, ma mère ne s’est jamais réellement reconnue en nous, dans la mesure où mes frères, ma sœur et moi ne lui ressemblons pas physiquement. Elle a aussi subi des remarques désobligeantes qui l’ont sans doute affectée, ce qui fait qu’il n’y a pas de complicité entre nous.

Tout et rien à la fois

Aux alentours de mes 16 ans, j’ai commencé à ne plus supporter mon métissage et à envier ceux qui n’avait qu’une origine, parce que c’est beaucoup plus facile de se définir et de se dire qu’on est 100% ci et non 55% ça et 45% ça. J’ai compris alors que le plus dur quand on est métisse, c’est de s’identifier car, comme tout le monde, on a besoin de savoir qui on est, ce qui nous constitue, ce dont on a hérité. Et cette quête est complexe parce qu’on a l’impression de venir de partout et de nulle part en même temps, parce qu’on a l’impression d’être tout, mais rien à la fois. Et c’est encore plus compliqué quand les gens m’octroient une origine qui n’est pas la mienne et que, d’en plus de ne pas savoir moi-même qui je suis, ils me prennent pour ce que je ne suis pas. Lorsque des hommes m’abordent, par exemple, ils m’assimilent systématiquement à une antillaise, une ivoirienne, une capverdienne voire à une marocaine. De quoi renforcer mon trouble identitaire.

Au fil du temps, j’ai eu de plus en plus de difficultés à dire mes origines à ceux qui me le demandaient, car je n’ai pas encore trouvé ma place, et parce que je ne sais toujours pas qui je suis. Par conséquent, je me suis renfermée, parce que je me sens terriblement incomprise et seule dans cette étape. Je n’ai jamais été très proche de mes parents et ils ne comprendraient sûrement pas mon mal-être, car ils ne sont pas aussi ouverts d’esprit qu’ils ne le pensent, mais je ne peux pas leur en vouloir car je pense qu’il faut vivre cette situation pour réellement la comprendre. Quant à mes frères et à ma sœur, ils ont réussi à trouver un équilibre en rejetant une partie de leur bagage culturelle (voire en ne s’affiliant à aucun pays concernant un de mes frères). Par conséquent, je ne pense pas pouvoir m’entendre avec eux concernant ce sujet.

Après tout ce temps, je n’ai, moi, toujours pas réussi à m’identifier, ce qui fait que je préfère cultiver uniquement mon côté français, en essayant d’en savoir toujours plus sur l’histoire et l’actualité de mon pays ou en le soutenant quand il est représenté dans des évènements sportifs ou culturels, parce que je me sens beaucoup plus proche de la France et parce que j’aime ce pays, mais aussi parce que ce combat identitaire est un combat éprouvant, auquel je n’avais plus envie de faire face.

 

Camille, 17 ans, lycéenne, Garges-lès-Gonesse

Crédit photo Flickr // CC Garry Knight

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2 réactions

  1. Etant également metisse Beninois, Danois et donc Français, et beaucoup de gens que je croise me prennent pour un arabe ou un portugais. je comprend tout a fait ce que tu ressens. J’ai 23 ans et je peux seulement dire depuis 1 ans que j’ai resolu l’équation. J’ai pendant longtemps préféré mettre en avant mon côté Africains lorsque j’étais plus jeune. A l’époque je cotoyé beaucoup de personnes métissé ou bien Française de pure souche (on va dire). C’était plus simple et sympa de se différencier comme cela. Et puis j’ai fini le lycée et suis allé en région Parisienne. Là, j’ai cotoyé pas mal de Noirs pour lesquels je n’avais pas le droit de me revendiquer Métisse, je devais choisir. Ils ont choisi à ma place souvent. J’étais un blanc. Pour d’autre j’étais rien du tout, juste une sorte d’aberration. Parfois c’était assez virulent. Enfin pour faire cours, j’ai bien après et donc il y a peu, réussi à ne plus cherché a être perçu soit comme un Africain soit comme un Français. Enfaite nous sommes les deux, mais surtout nous sommes la sommes des expériences de nos vies, pas seulement un nationalité ou une couleur de peau. Depuis j’aime parler avec mes deux parents afin de connaitre mieux d’où je viens. L’histoire de mes origines. Dans le font je suis maintenant persuadé que c’est une richesse car nous sommes, si nous voulons être honnete et respectueux de notre histoire, obligé d’être les personnes les plus tolérante possible. De plus lorsque quelqu’un essaye de me cataloguer car cela en général le rassure, en posant la fameuse question tu te sens plus quoi noir ou blanc. Je dis, je me sens juste moi. Il la ferme et on passe à autre chose. Un conseil oubli de quoi tu à l’air pour certain et fait ta vie comme tu l’entend. En gros ce n’est parce que tu es en parti Congolaise que tu dois Tchiper toutes les 5 minute. Et ce n’est parce que tu es Française que tu dois aimer le Fromage. En tout cas, courage renie rien. Tout ça c’est toi, mais seulement une partie.

  2. Il est bien dommage de ne pas pouvoir mettre un “j’aime”. Autant à l’article très touchant, qu’au commentaire de Péter, avec lequel je suis particulièrement d’accord.
    Je suis métisse française et antillaise. En France, on me voit simplement comme une noire, alors que je suis claire pour les Antilles ! Il y aura toujours des gens pour trouver des choses à redire. L’important, c’est d’être en accord avec toi-même. N’essaie pas de te mettre dans des cases dans lesquelles tu ne peux pas rentrer. C’est ce que la société demande parce que la nuance serait parait il trop dure à comprendre ou à gérer… Bref, nous sommes indéniablement au carrefour de plusieurs cultures et il faut l’accepter. Intéresse-toi à toutes tes racines car elles te constituent, même si tu as une préférence pour celle dans laquelle tu vis. Elles sont tes richesses. Courage! Mes meilleures pensées !