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Ousmane N.25 mai 2020

Margaux Dzuilka

Contrôle au faciès : à 16 ans c’est déjà la routine

Je ne suis ni un délinquant, ni un provocateur. Pourtant, à 16 ans, j'ai déjà subi quatre contrôles de police. La seule raison ? Je suis noir...

Par Ousmane N.25 mai 2020

À 16 ans, avoir déjà subi quatre contrôles de police en une année, je peux vous dire que ça n’a rien de cool ! Dans mon quartier du XVIIe arrondissement de Paris, mes amis et moi connaissons bien la BAC et les policiers. Ils circulent beaucoup dans le quartier car ça « bicrave » beaucoup. Avec mes potes, on a appris à les connaître, malgré nous.

Mon premier contrôle, c’était l’année dernière. J’étais avec trois potes en train d’en rejoindre d’autres pour aller jouer au foot au parc Martin Luther King, pas loin de chez moi. On était dans le tramway, comme des ados normaux. Dans mes mains, je tenais un ballon de foot.

Là, on a vu passer une voiture de police. À ce moment-là, je ne me doutais pas que je subirais mon premier contrôle au faciès. La voiture s’est arrêtée. Quand une voiture de police s’arrête devant vous, vous vous mettez vite en position de défense et vous réfléchissez à ce que vous avez pu faire. La police arrête ceux qui ont commis un délit or moi je suis un simple adolescent qui allait jouer au foot.

J’étais juste un jeune noir en jogging 

Les policiers sortent de leur voiture et j’entends la phrase culte, comme dans les films : « Mettez-vous sur le côté, on va procéder à un contrôle, sortez les mains des poches ! » Puis le policier, un homme blanc en tenue de civil qui savait pertinemment que je n’avais rien fait,  me regarde et dit : « Pose ton ballon et mets toi face au mur. » À ce moment-là, je flippe, je regarde mes potes et je leur demande ce qu’ils ont fait mais ils n’ont rien fait.

C’était en 2018. Mamadou Camara et deux autres de ses camarades étaient en train de rentrer d’une sortie scolaire. C’est alors que des policiers se mettent à les contrôler, eux, les seuls racisés de la classe. Un contrôle au faciès humiliant pour lequel ils ont attaqué l’État en justice.

En vérité, c’est juste que j’étais un jeune noir en jogging avec quatre potes d’origine maghrébine. Ils nous ont relâchés quatre minutes après. Ça, c’était juste le premier contrôle. Le contrôle qui m’a le plus marqué… – c’est grave ça si j’en arrive à dire que c’est le contrôle qui m’a le plus marqué ! – c’était un vendredi, j’avais encore une fois rejoint mes amis. Cette fois, on était trois, j’avais mon sac à dos car je revenais du lycée.

« Vous alliez où comme ça ? Pourquoi vous êtes rassemblés ? »

Et là, on voit une bagnole de flic passer. Elle s’arrête et, comparé à la première fois, je n’ai pas été surpris. Je me suis dit : « C’est reparti, encore un contrôle pour rien ! » Mais celui-là c’était le pire, pourquoi ? Il faisait tellement froid ! Je voulais juste me poser avec mes amis et discuter mais non, au lieu de ça, ils nous ont fait attendre quarante minutes debout dans le froid, en cherchant des excuses du genre : « Pourquoi n’avez-vous pas vos pièces d’identité sur vous ? Vous alliez où comme ça ? Vous faisiez quoi ? Pourquoi vous êtes rassemblés ? ».

On était cinq dans la rue de mon ami car on allait le chercher en bas de chez lui et les policiers nous ont quand même dit de ne pas nous regrouper ! Ça je tiens à le souligner. Je savais pas mais, c’est interdit de se retrouver entre potes dans la rue ?

Trois voitures de police pour trois ados

Là, une voiture de police arrive puis une autre et à la fin ils sont trois voitures de police pour trois ados qui voulaient juste se retrouver un vendredi ! Quand, à la fin, ils nous ont dit de circuler, j’en revenais pas ! Tout ça pour ça ? Et le pire c’est que leur excuse c’était : « reconnaissance faciale ». En gros, ils ont dû faire une vérification de notre identité via une photo. Oui, ils nous ont pris en photo et l’ont envoyé au poste de police.

Au final on est tous rentrés chez nous, on n’avait plus envie de sortir. À chaque contrôle j’essayais de parler, de glisser des mots pour leur faire comprendre qu’ils nous contrôlaient pour rien. Je soupirais, je tchipais, je faisais des mouvements pour montrer mon agacement. Mais à chaque fois que je parlais, ils me menaçaient de m’emmener au poste de police.

Je n’ai jamais été contrôlé pour avoir fait quelque chose car quand je sors c’est uniquement pour jouer au foot, voir mes potes ou me balader. On n’est pas des gars qui volent, qui rackettent ou qui embêtent les commerçants. Je n’ai jamais été en « GAV » [garde-à-vue], tout simplement parce que je n’ai jamais commis de délit.

Yasmine habite en banlieue, à Chanteloup-les-Vignes. Les contrôles et les bavures policières elle les voit de sa fenêtre et se demande « On appelle qui quand c’est la police qui tue ? »

La pire chose pour moi, c’est de faire du mal aux autres. Les policiers, ils me contrôlent seulement parce que je suis d’origine africaine. Et ça, je veux le dénoncer. Cette injustice que je subis chaque jour comme des centaines d’adolescents d’origine africaine, je veux la raconter pour qu’un jour ça puisse changer.

 

Ousmane, 16 ans, lycéen, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Jurien Huggins

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1 réaction

  1. Ousmane,
    Bravo pour ton travail d’écriture achevé. Ton témoignage résonne fortement dans l’actualité du monde, même si c’est malheureusement récurrent. Cela dit, continue à témoigner par une mise en scène, un scénario?