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Luc3 juillet 2019

Livrophile, passionné de psychologie.

À 27 ans, je me dis déjà que c’était mieux avant

En retrouvant une photo de moi prise alors que j'avais 17 ans, je me suis mis à regretter mon adolescence et la légèreté qui m'habitait alors.

Par Luc3 juillet 2019

Il y a peu de temps, je suis tombé sur une photo de moi d’il y a dix ans. À l’époque, j’avais 17 ans, j’étais lycéen en première L, j’avais les cheveux longs, éclaircis à l’eau oxygénée, j’arborais un sourire franc, cachant certains complexes propres à l’adolescence (quelques kilos en trop par exemple). J’étais un enfant plutôt jovial mais qui ne faisait pas de vagues. À l’époque, j’avais annoncé à tout mon entourage que j’étais homosexuel. En dépit, des moqueries quasi hebdomadaires au lycée, je m’en sortais plutôt bien.

Mon plus grand problème de l’époque était mon célibat, je rêvais qu’un homme viendrait un jour me délivrer de mes névroses d’adolescent, sans que ce problème n’engendre de réelle souffrance. Mes amis étaient tous merveilleux, après les cours on se retrouvait tous ensemble pour un goûter bien mérité, mes journées se déroulaient toujours de la même façon. Il pouvait arriver que je sèche les cours pour aller manger au Buffalo Grill avec ma meilleure amie qui était aussi un modèle pour moi. Nous vivions au travers de nos séries télé (Grey’s Anatomy, Newport Beach, etc.) convaincus que tout s’améliorerait avec le temps.

Lorsque je pensais à l’avenir, je me voyais faire des études dans un Institut d’Études Politique de province spécialisé dans les pays asiatiques ou devenir stewart, ou bien faire un master de langues étrangères. Je n’étais pas particulièrement anxieux quant à mon avenir, j’avais le droit de me tromper. Après tout, j’étais jeune et j’avais la vie devant moi.

Être adulte est une histoire de renoncements…

Aujourd’hui j’ai 27 ans, bien tassés comme on dit, et de mon adolescence, il ne me reste plus qu’une mélancolie envahissante. Je suis infirmier dans un service de traitement des dépressions résistantes, j’ai une carrière plutôt brillante (j’ai publié un article scientifique, remporté deux premiers prix scientifiques et ai réalisé six interventions dans différents colloques nationaux en l’espace d’un an). J’ai à peu près la vie professionnelle que j’espérais à mes 22 ans.

Comment réussir à rater sa vie ? « Superfail », un nouveau podcast signé France Culture, remet en question la notion de réussite, d’échec… De bonheur et de malheur… Avec Yves Cusset. Un sujet intéressant, traité avec finesse, qui nous invite à lâcher prise. À écouter !

Crédit photo Visualhunt // CC (e)Spry

Pourtant, je ne me suis jamais senti aussi désœuvré. J’ai réalisé qu’être adulte, c’était surtout une histoire de renoncements, de résignation. Cet esprit léger et rêveur que je pouvais avoir auparavant a évolué pour renforcer une nostalgie qui n’a plus sa douceur d’antan. J’ai perdu des cheveux, pris des rides, mais ce n’est pas ça qui importe le plus. J’ai réalisé ces deux dernières années que la jeunesse d’esprit m’avait quitté. Que l’adolescent jovial et sympathique n’existait plus. Alors oui, je suis bon dans mon travail et les personnes que je vois en consultation sont heureuses de trouver quelqu’un d’aussi sérieux que moi pour travailler sur leurs schémas dysfonctionnels, sur leurs troubles psychiatriques, ils sont même très satisfaits du résultat. Mais à la fin de la journée, je ne comprends pas le sens de tout ça.

Je pensais qu’un épanouissement professionnel se généraliserait à la sphère personnelle, j’avais tort. Je suis très apprécié globalement, mes collègues et mes amis me trouvent tous très optimiste. Ce n’est pas étonnant, j’ai un tempérament jovial mais c’est superficiel. Lorsque les rares personnes de mon entourage tentent de creuser, il n’y a pas grand-chose de formidable et je lis facilement l’embarras sur leur visage. Ils ne s’attendent pas à ça. Ma vie privée s’articule principalement autour de trois axes : mes amis, mes révisions et les histoires d’un soir.

À quoi tient l’engagement ? À la passion, à la croyance dans le combat mené d’après Maud, 21 ans. Mais quand cette passion s’atténue avec le temps, y a-t-il un moyen de raviver la flamme ? Est-ce que grandir c’est perdre la flamme ?

Plus jeune j’enviais les Don Juan et leurs tableaux de chasse bien remplis, je les pensais rayonnants, attractifs et épanouis. Moi, les histoires d’un soir ne me renvoient que ma solitude et mon désarroi. Je n’arrive pas à créer de liens concrets avec d’autres hommes et c’est ce qui me semble le plus difficile aujourd’hui. Ma vision de l’amour était teintée de légèreté et de passion, quelque chose de très adolescent à vrai dire. Mais on ne peut pas être un adolescent à 27 ans, porter des chemises Hollister et lire un livre en se sentant désœuvré. Malheureusement, cet ensemble ne crée qu’une caricature anachronique d’un homme qui refuse de prendre de l’âge.

À la fin de la journée, je repense à toutes les actions que j’ai menées et je trouve ça bien futile. C’est difficile de grandir, de regarder en arrière en réalisant que le paysage a changé. J’étais un jeune pressé de devenir adulte, je ne suis à présent qu’un adulte obsédé par le regret de cette légèreté passée.

 

Luc, 27 ans, infirmier, Rouen

Crédit photo Allociné // © Steven Spielberg, Hook (film, 1991) 

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2 réactions

  1. Je ne sais pas si ce message se veut rassurant ou l’inverse. Mais ton texte, court, est suffisamment bien écrit pour me retrouver plus ou moins dans cette réflexion. J’ai eu 28 ans il y a deux jours et malgré ma réussite professionnel, familial et amical, ma vie a quelque peu perdu de son gout avec l’age. Je voyage pourtant, je tisse des liens, mais c’est compliqué de trouver un sens à tout cela en y repensant à la fin de la journée. Est-ce un trait de caractère, lié à des gens peut-être trop torturé ou trop conscient des choses? Allons don savoir . S’ajoute à cela le système fragile dans lequel nous grandissons (environnement, tensions, populisme..) et dont nous prenons conscience qu’un jour, en un claquement doit, tout peut basculer.. C’est d’ailleurs ce qui alimente notre pessimisme et qui nous fait perdre un peu de gout a la vie. Mais là c’est s’éloigner du sujet. Beau texte.

  2. J’ai 66 ans. Et non, avant n’ étais pas mieux. Je pense que vous ne réalisez pas tout ce que vous avez pu apporter à d’autres.

    Vieillir, c’est faire des choix, pas renoncer.

    Il faut redevenir un enfant et rêver pour se construire comme un adulte (mais pas certain de savoir ce que ce mot veut dire).

    Rien que votre façon d’écrire me dit que vous êtes exceptionnel.