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Lina M.20 septembre 2020

En 24 heures, je dois concilier études, job étudiant et vie perso

Grâce à mon job étudiant, j'ai réussi à devenir indépendante financièrement. Mais ce confort matériel amène des sacrifices personnels...

Par Lina M.20 septembre 2020

Année d’études 2019-2020. Je travaille chez McDo en plus de mes études. Après trois années passées en khâgne-hypokhâgne (et khûbe), l’emploi du temps de la fac me paraissait suffisamment léger pour que je cumule avec un job étudiant à côté. J’avais même hâte de commencer : le mois de septembre me semblait durer une éternité.

J’ai mis un certain temps avant d’en trouver un qui coïncide avec mon emploi du temps. En licence Humanités, on a pas mal d’heures et mon emploi du temps était plutôt mal agencé, avec beaucoup de « trous » dans la journée. J’ai dû dire adieu à des postes dans le prêt-à-porter ou dans la garde d’enfants, même si j’avais passé des entretiens très prometteurs. J’ai donc choisi McDo un peu par défaut : c’est près de chez moi, les horaires sont flexibles.

J’ai alors pu jouir d’une grande indépendance : avoir un job me donnait le sentiment d’avoir des responsabilités. Je me suis offerte mes premières vacances sans mes parents et, surtout, je n’avais plus ni à me priver ni à courir après qui que ce soit si je voulais faire ou avoir quelque chose. L’indépendance financière était pour moi la clé vers une liberté bien plus grande. Et je ne voulais plus attendre les prochaines vacances pour en profiter à nouveau !

J’ai fini par brûler les ailes de ma liberté toute neuve

Mon emploi du temps est millimétré. Aucune place pour un imprévu. Quand mon emploi du temps est modifié, j’en deviens folle. Je me répète sans cesse que je peux tout faire et que « la clé, c’est d’être organisée ». Si je suis en retard pour le travail, je perds une demi-heure, à rattraper en restant plus tard le soir, donc ça me fait commencer mes révisions une demi-heure en retard. Finalement, tout ce que je vois ce sont les trente minutes de sommeil en moins.

Toute mon organisation s’est effondrée quand j’ai dû cumuler mes cours, mon job, et un stage obligatoire : j’avais un emploi du temps de cinquante heures par semaine et, dans tout ça, je cherchais du temps à accorder à mes proches. Ajoutez à cela la grève qui me faisait perdre toujours plus de temps dans les transports : il m’est arrivé de faire une crise de nerfs pour un train loupé.

D’après l’Observatoire de la vie étudiante, 88 % des étudiant.e.s considèrent leur job comme étant indispensable pour vivre. Face à la précarité étudiante, quelles solutions adopter ? Arte partage des pistes :

Quand mon stage s’est terminé, après trois semaines sans sommeil, sans loisirs, je me suis sentie soulagée. J’ai retrouvé dix heures précieuses que je pensais mettre à profit pour mes proches mais, avec les grèves, les partiels ont été pour la plupart avancés et je voyais à nouveau mes petits calculs partir en fumée.

J’ai fini par brûler les ailes de ma liberté toute neuve. Je me suis enfermée dans un emploi du temps qui ne me laisse plus l’occasion de profiter du fruit de mon travail. Pourtant, j’ai accepté de poursuivre mon contrat chez McDo à la fin de ma période d’essai. Recevoir une paie tous les mois est devenu un luxe dont je ne peux plus me passer, malgré le fait que je vive toujours chez mes parents et que je n’ai pas véritablement de frais.

J’ai raté ses premiers pas, ses premières dents

Ma vie est rythmée par mes allées et venues entre la fac, le travail et chez moi, et cela a mis en péril mes relations. Je n’ai pas vu mon neveu pendant presque un mois, j’ai donc raté ses premiers pas, ses premières dents. Réaliser que j’avais perdu tous ces instants m’a donné envie de démissionner, mais je ne suis pas parvenue à m’y résoudre. Pour moi, c’est dans l’ordre des choses d’avoir un job étudiant. En grandissant, on a besoin d’acquérir cette forme d’indépendance. C’est un premier pas dans la vie d’adulte, avec tous les sacrifices qui l’accompagnent.

Ma relation amoureuse aussi en a pris un coup. Je suis beaucoup moins disponible pour mon copain qui a dû se « plier », non sans disputes, à mon emploi du temps. Il accepte le fait que je sois plus occupée, plus indépendante, mais me fait comprendre que ça l’embête par des petits piques : « Avant on se voyait plus », « Ça fait longtemps qu’on a pas fait ça mais on peut plus comme tu travailles. » La dernière fois que j’ai dû annuler une de nos sorties à la dernière minute, parce que j’étais en retard sur mes devoirs, notre couple a failli ne pas y résister. J’aimerais que la journée dure plus que vingt-quatre heures pour que je puisse tout concilier : travail, études, vie personnelle.

Une partie de moi a l’impression de passer à côté de beaucoup de choses : devoir partir le matin de Noël alors que tout le monde était réuni – y compris ma famille venue de l’étranger – m’a vraiment fait comprendre que je sacrifiais de bons moments pour une pseudo indépendance financière à laquelle je n’ai pas l’impression d’avoir vraiment goûté pour le moment.

J’associe mon job étudiant à un tournant dans ma vie

Aujourd’hui, j’en suis là : mon job chez McDo qui me demande beaucoup de temps à cause de ces allers-retours incessants au restaurant midi et soir, ma licence avec un quart des partiels reportés à la rentrée. Alors j’ai effectivement pu faire de beaux cadeaux de Noël à mes proches, et voir les éclats de joie de mes neveux m’ont donné l’impression, l’espace d’une soirée, que tout ça valait le coup.

Après le bac, Bilel a enchaîné sur un job d’été. À 18 ans, il a découvert le monde du travail et la joie de pouvoir se payer et organiser lui-même ses vacances : « C’était la première fois que je me sentais libre et adulte. »

Mais j’ai l’impression de ne plus avoir une seule seconde à m’accorder. Rien que le fait de regarder un film, de prendre un bain, de passer un dimanche entier au lit me manquent. Ne rien faire du tout me manque alors qu’il n’y a pas si longtemps ma devise pour convaincre mon copain de sortir c’était : « Tu dormiras quand tu seras mort. » Je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi je ne dis pas stop à tout ça. Je crois que, finalement, je me suis faite à cet emploi du temps chargé et que je ne veux pas voir ma routine s’écrouler à nouveau en le modifiant.

En plus, le peu de fois où je profite de l’argent que je gagne, c’est sans compter. Et je ne suis pas sûre de pouvoir renoncer à ce confort. L’argent est devenu prioritaire par rapport à mon temps libre et j’associe cette décision à un tournant dans ma vie : l’entrée dans la vie d’adulte.

 

Lina, 20 ans, étudiante, Argenteuil

Crédit photo Unsplash // CC Anton Malanin

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