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Rifari D.2 novembre 2019

Du chômage à l’emploi, parce qu’on m’a aidé

À peine arrivé à Paris, je me suis retrouvé au chômage. Mais accompagné par des associations et formations, j'ai réussi à retrouver une super entreprise.

Par Rifari D.2 novembre 2019

Le 27 décembre 2018, j’ai signé mon premier contrat d’alternance et je suis descendu seul à Paris. J’avais envie de partir à l’inconnu. Ceux de mon lycée, dans le Nord, soit ils sont restés, soit ils sont partis sur Lille. Moi ça m’intéressait pas de partir à 20 minutes de chez ma mère. Je voulais partir loin avec un petit sac, une valise et me construire ailleurs. Je voulais rendre mes parents fiers, en mode « je suis parti loin et voilà ce que j’ai réussi à faire ». Mais après une semaine d’alternance… je me suis fait virer par manque d’expérience.

Première, deuxième semaines de chômage, tu te dis : « Je suis en vacances, le chômage c’est trop cool. » Tu reçois ta première paye de chômeur : « C’est bien, je suis payé à rien faire. » Mais à partir du deuxième mois, ça s’est transformé en : « Je fais rien de ma vie, il y a rien à faire, je peux rien faire ! » En plus, mon école ne me mettait aucune pression et ne donnait aucun signe de vie. Qu’est-ce qui m’a aidé ? Ma soif de vouloir aller loin, commencer des formations et aller voir des associations d’insertion pro.

Le chômage, solo, quelle angoisse !

Tous les matins, je me levais tôt, à 6h ou à 8h. Les recherches, les relances de mail… Je finissais vite mes journées, à 10h : « Bon bah c’est tout, j’ai fini ma vie pour aujourd’hui. Enfin… ma vie pro. » Très vite, je suis rentré dans une boucle de paranoïa : « Si je sors, ça veut dire que je vais perdre du temps à chercher des postes. Mais si j’ai déjà fini mes recherches, c’est qu’il n’y en a plus. » Du coup, je sortais plus. Le soir, je faisais rien.

Si t’es pas accroché, si t’as refus sur refus, voire pas d’e-mails tout court, c’est dur. Je faisais rien de mes journées, je vivais dans une porcherie, je tournais en rond. À ça, s’est ajoutée une sorte d’anxiété. Je cogitais… « Tu vois les autres qui partent au travail et toi tu fous rien de ta life ! » Le regard des autres, j’en avais rien à foutre. C’était le regard que j’avais sur moi-même : « Regarde-toi. C’est bien, bravo, t’es un flemmard en fait. »

Le gouvernement vient de réformer l’assurance chômage. Beaucoup de médias, d’associations et même Pôle emploi dénoncent des mesures « dévastatrices ».

 

Avant, j’avais toujours été dans l’action. J’avais fait des stages, des travaux saisonniers, et quand je travaillais pas, j’étais en cours. Et puis je vivais dans le Nord chez ma mère, donc avec quelqu’un. Là, j’étais vraiment solo. Et j’avais ma fierté qui m’empêchait de dire à mes parents : « Je suis dans la merde. »

Et puis, j’ai eu une sorte de boost. Mi-janvier, le staff de l’ALJT, ma résidence de jeunes travailleurs, m’a parlé de Proxité. Cette association t’associe à quelqu’un dans le milieu du travail et t’aide à te réinsérer, à améliorer tes entretiens, ton CV. J’ai mis un peu de temps à me lancer dans les démarches. J’ai commencé mi-février, en mode : « Plus le temps de m’apitoyer sur mon sort. T’es à Paris, il doit y avoir plein d’outils pour trouver du boulot ! »

Mi-février, j’ai eu un entretien avec Alexandra, de Proxité. Elle est là pour te trouver une marraine ou un parrain qui te correspond : même personnalité, même ambition de vie. Si comme moi par exemple, t’as envie de bouger mais que t’es un flemmard, elle va te trouver une personne comme ma marraine qui te donnera un coup de pied au cul ! La politique de Proxité, c’est que tu dois voir ton parrain ou ta marraine au moins une fois par mois. Moi, je la voyais deux fois par semaine ! Parce que je voulais pas perdre de temps.

Le chômage, certains préfèrent en rire ! Studio Bagel, un collectif de vidéastes web, c’est un peu leur spécialité. Même si derrière l’humour se cache toujours un fond de vérité !

 

Et c’est revalorisant parce que c’est une personne qui est dans le milieu professionnel et elle te parle comme si t’étais son ami, ou son filleul. Elle m’aidait beaucoup à me construire un planning de travail dans la semaine, et elle m’aidait à toujours être positif.

Je me suis aussi inscrit à des formations et je suis allé voir d’autres associations qui aident à s’insérer dans le travail, à se préparer à un éventuel poste. Comment bien postuler, comment bien prospecter sur internet ? Pendant ces quatre mois, je travaillais pas, mais j’ai appris plein de trucs.

Trois jours d’entraînement pour un entretien… que j’ai réussi

À mon premier rendez-vous avec ma conseillère Pôle emploi, je lui ai tout de suite demandé si elle avait des formations. Ils faisaient des rencontres hebdomadaires ou mensuelles avec des professionnels, des PDG et chefs d’entreprise, à la Défense. Comme je suis dans le web design, j’ai pris des rendez-vous dans tout ce qui touchait au numérique, au digital : comment monter sa boîte ? Qu’est-ce que c’est que le métier de web designer ? Le digital learning ? J’ai été convié à deux rencontres. La première était dans le 19e : un entretien avec une start-up dans une pépinière. La deuxième, c’était pareil, mais dans le 13e, et un peu plus convivial.

En avril, j’ai fait trois jours de formation avec Mozaïk RH. Il fallait venir en tenue pro, dans l’optique d’avoir un entretien. Comment le passer ? Comment le réussir ? Les questions à poser, les réponses à dire. Ils nous ont aussi fait un test de personnalité dans le milieu professionnel. On était sept personnes dans la formation et tout ce qu’on a appris, on devait le mettre à l’oeuvre en entretien devant la formatrice. On a terminé la formation un mercredi. Le lendemain à 9h, j’avais mon entretien d’embauche pour une alternance. Trois jours d’entraînement pour un entretien… que j’ai réussi à avoir !

Elliot aussi a été au chômage pendant un an et demi malgré toutes les démarches qu’il a entrepris. Il raconte l’enfer de Pôle Emploi, et le moral qui décline avec les refus : « Je ne suis pas un numéro, je suis chômeur »

Mon alternance, ça me plaît de ouf. J’ai des réunions, des déjeuners clients, des présentations… J’adore cette ambiance de rush, quand c’est intense, et je me sens utile. Il y a des gens qui sont depuis 20 ans dans la boîte, ils m’ont envoyé des mails ou sont venus me voir en me disant : « Bravo, on est contents de t’avoir. » Ma marraine de Proxité, c’est limite devenue ma vraie marraine. On se voit toujours pour prendre un café et on se parle souvent sur WhatsApp. Elle m’aide si j’ai besoin, si j’ai des problèmes, si je suis fatigué, et elle me revalorise au niveau du taf. Et je sais que je peux compter sur elle si j’ai besoin d’aide après mon alternance.

Maintenant, je peux dire à mes parents : « Regarde papa, regarde maman, j’ai fait ça tout seul ! » Comme quand t’es gosse et que tu leur montres un dessin.

 

Rifari, 22 ans, en alternance, Paris

Credit photo Unsplash // CC Charles PH

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