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Mathilde F.18 février 2021

Le CDD, ma liberté

Mon statut précaire, je le défends ! Le CDI est une contrainte qui ne m'a jamais attirée et que je persiste à repousser.

Par Mathilde F.18 février 2021

Je suis tombée follement amoureuse de ceux qui ne voulaient rien construire de sérieux avec moi, et j’ai fait des pirouettes pour ne pas continuer avec ceux qui le souhaitaient. J’ai fait en sorte de me sentir libre de partir d’une ville quand je le voulais, j’ai même eu du mal à souscrire à un abonnement internet par peur de me sentir emprisonnée à ma nouvelle adresse ! Acheter un appartement, s’engager à rembourser un prêt sur 30 ans ? L’angoisse ! J’ai refusé des CDI par peur du confort qu’ils m’apporteraient, cette peur de ne plus trouver la force de sortir d’une cage dorée. Je crois que j’ai toujours eu peur de l’engagement.

J’ai pourtant l’impression de l’entendre partout : l’engagement politique, associatif, familial, dans le travail. Comme une injonction, un chemin tout tracé vers la réussite, une voie à suivre pour être acceptée, socialement reconnue, heureuse. Heureuse.… ou conforme ? Cette intimation à l’engagement m’apparaît comme une intimidation, une menace à ma liberté de choisir, d’essayer et d’échouer, d’incarner mes convictions, et paradoxalement… de m’engager.

« Ta recherche de CDI, ça avance ? »

Inconsciemment, je me suis désengagée des diktats de la société, notamment dans mes choix professionnels. Après une école supérieure de commerce, je n’ai connu et choisi que des contrats dits « précaires », des CDD, des intérims. J’ai essuyé les remarques aux repas de famille, vous savez ces « ta recherche de CDI, ça avance ? », « Qu’est-ce que tu vas vraiment faire après ? ». Comment expliquer que ce fameux CDI, je le fuis ?

Peut-être que ce n’est pas moi qui déconne, mais ce système qui ne me correspond pas. Cette supposée stabilité qui manquerait à ma vie, cette voie d’engagement toute tracée que la société m’invite à choisir, je crois que je n’en veux pas. Cet engagement dicté me fait peur car il obstrue mon futur, il s’insinue partout, il pense à long-terme et m’empêche d’être ici et maintenant. Après tout, je dois m’engager pour moi et ce qui me plaît, ou pour nourrir un système que je décrie par ailleurs ?

Doit-on s’affranchir des règles au travail ? Choisir son rythme et ses horaires ? Être flexible à foison ? Louie Media interroge nos professions dans son podcast « Travail (en cours) ».

Depuis bientôt trois ans, je suis intermittente du spectacle. Ce statut m’offre la liberté d’être actrice de mes engagements, d’assumer mes périodes de désengagement pour laisser plus de place à la réflexion, à la prise de recul, à l’introspection. Le plus drôle dans tout ça, c’est que j’ai opté pour ce statut précaire alors que je revenais de six mois de PVT (programme vacances-travail) en Australie avec la volonté cette fois de tenter de « rentrer dans les cases ». Je cherchais à « me poser » : un nouvel appartement parisien, un nouveau job plus routinier, plus « métro-boulot-dodo » que celui que j’exerçais auparavant dans l’événementiel sportif. J’en ai trouvé un dans la production audiovisuelle, et pour l’accepter j’ai dû choisir entre régime auto-entrepreneur et statut intermittent. J’ai choisi le second, sans trop savoir ce que ça impliquait. Après un an à ce poste confortable j’ai dû m’avouer qu’une routine professionnelle ne me rendait pas heureuse, que j’avais besoin d’aventures et de ruptures de rythme.

L’intermittence c’est aussi apprendre à dire non

C’est là que j’ai pu voir l’avantage de ce statut, qui m’est apparu plus précieux que précaire. Je me suis de nouveau tournée vers l’événementiel sportif où j’ai, cette fois, pu accepter des missions quand j’en avais besoin ou envie. J’ai pu travailler à fond sur des événements, sans compter mes heures ou mes week-ends, puis prendre des vacances et du recul. Mon rapport au temps a évolué, avec des contrats d’un jour, une semaine ou un mois. N’étant pas salariée, je n’étais pas toujours tenue de travailler depuis le bureau, j’ai donc expérimenté le télétravail, j’ai appréhendé de manière plus autonome la notion de responsabilité.

J’ai aussi appris à dire non, et apprécié le positif qui en est ressorti : des opportunités plus intéressantes, des rencontres marquantes, des voyages éclairants, des remises en question parfois dérangeantes mais qui m’ont poussée à avancer. J’ai pu trouver et prendre du temps pour nourrir mes convictions. En me désengageant professionnellement par période, je me suis engagée dans la pratique quotidienne du yoga, mais aussi dans une meilleure compréhension des enjeux climatiques et une vraie remise en question de mon mode de vie et de consommation. Les inconvénients de la « précarité », comme le manque de visibilité, les salaires fluctuants et peu élevés, le risque de ne pas « faire mes heures » pour renouveler mon statut d’une année sur l’autre ou de ne pas retrouver de travail facilement, sont pour moi des moteurs et m’ont amenée à me poser des questions sur le sens que je veux donner à ma vie.

Une promesse de liberté à moi-même

Grâce au chômage que je touche lorsque je ne travaille pas, je peux vivre tout en faisant des pas de côté. J’ai ainsi pu suivre cet été un parcours d’accompagnement et d’agilité professionnelle pour m’aider à mieux connaître mes besoins et mes compétences, et je suis aujourd’hui un parcours immersif de coopération et d’intelligence collective dans un éco-centre pour une reconversion professionnelle que je souhaite engagée dans la transition écologique, sociale et démocratique.

À 30 ans, Clovis a décidé de quitter son « job à la con » avec un objectif : faire une reconversion professionnelle écolo-compatible ! Directeur dans une start-up du digital à Paris, il a tout plaqué pour changer de mode de vie.

Je trouve aujourd’hui ma voie en m’étant désengagée de celle qui semblait être la suite logique de mes études. Je chéris tout ce à quoi je dis oui en disant non : l’indépendance, l’itinérance, la possibilité de l’échec, l’impermanence et la nouveauté. Je n’ai pas de CDI et je crois que pourtant je réussis. Mon engagement est d’abord un état d’esprit, une promesse de liberté et d’alignement que je me fais à moi-même, avant de la faire au monde. Il est pluriel, et face à l’obsolescence du fonctionnement salarial, il m’offre de nouveaux possibles, en phase avec qui je suis et ce en quoi je crois. Il me permet de m’adapter et d’agir, il est mouvement et c’est ça ma voie.

 

Mathilde, 29 ans, intermittente en reconversion, ici et ailleurs

Crédit photo Unsplash // CC Niu Niu + Joanna Kosinska

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1 réaction

  1. Bravo, énergétique, enthousiasmant, courageux. Belle authenticité.