Nanterre Université 06/02/2018

Étudiante étrangère, diplômée, on me dit de bouger

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Je suis Colombienne. Faire mes études en France ? Un vrai kif : des cours passionnants, des profs ouverts. Par contre trouver du boulot, c'est une autre affaire...

Faire les études en France était pour moi l’occasion de recevoir un diplôme valorisant à un coût raisonnable : les universités sont gratuites et dans la plupart d’établissements, il n’y a pas d’examen d’entrée, il suffit de prouver un bon niveau de français en ayant le diplôme DELF – DALF. La législation française permet aux étudiants d’avoir un emploi à titre accessoire et donne également accès à la CAF. On est soumis aux mêmes règles que les Français : pas de différence de prix de scolarité comme dans les universités anglaises, mêmes tarifs pour les logements. Cela permet de se sentir bien accueilli et de mieux s’intégrer dans la culture française. La France est toujours aujourd’hui un mythe pour les autres. La phrase « Aller faire les études en France » fait rêver un étudiant autant que de dire à un explorateur : « J’ai trouvé un Eldorado. »

À côté du cursus universitaire, on trouve de nombreuses conférences ou séminaires organisés par des étudiants, des professeurs, des dirigeants d’entreprises ou des cadres supérieurs, qui partagent avec joie leur expérience et leur parcours. On apprécie le système d’éducation français pour les professeurs qui sont toujours ouverts pour vous donner un avis ou un conseil et vous encourager si vous avez un projet. De plus, ils sont heureux si on s’intéresse à eux, à leur culture et à leur métier. Si vous montrez de l’intérêt pour ce qu’ils disent, ils partagent les informations avec plaisir.

Pour résumer : le système d’éducation français est très humain, chaleureux, et accueillant.

Diplômé étranger : persona non grata ?

Une fois que le diplôme est validé, tout change. L’administration trouve tous les prétextes possibles pour ne pas renouveler votre titre de séjour. L’employeur potentiel apprécie votre CV et votre comportement lors de l’entretien d’embauche, mais ne veut pas se compliquer la vie, car embaucher un étranger demande quelques démarches supplémentaires.

Je n’ai eu que trois mois pour trouver un emploi, car mon titre de séjour expirait. C’était très compliquée, voir impossible de le prolonger. C’était franchement pas suffisant pour trouver un emploi. J’ai donc décidé de retourner en Colombie. Mais un jour, une de mes amies a déménagé à Madrid pour travailler dans une grande entreprise et m’a parlé du fait qu’ils cherchaient quelqu’un avec mon profil. Tout ça s’est fait en très peu de temps, juste avant l’expiration de ma carte de séjour. Aujourd’hui, j’habite à Barcelone et je suis heureuse.

Malheureusement, toutes les histoires ne se terminent pas comme ça et beaucoup de mes amis ont du revenir dans leurs pays d’origine après la fin de leurs études. Bien sur, ils n’ont pas la haine, ils aiment toujours la France et se souviennent avec joie les années passés ici, mais globalement, tous ont l’impression d’avoir été « gentiment renvoyés » dehors, alors que l’invitation de venir faire des études était plutôt chaleureuse. On ne compte pas rester en France définitivement et prendre l’emploi des Français, mais souvent, pour mettre en valeur nos diplômes, on a besoin d’un ou deux ans d’expérience.

Depuis cinq ans, de nombreux jeunes diplômés français partent vers l’Angleterre, le Danemark, les Etats-Unis, l’Australie, etc. Mais si on laisse partir les diplômés et qu’on n’encourage pas les jeunes diplômés étrangers à travailler et profiter de leurs diplômes, alors qui va développer la France dans le futur ?

Anna-Luisa SG., étudiante colombienne

Crédit photo Pixabay // CC0 Charly_7777

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2 réactions

  1. C’est une situation récurrente avec les diplômés étrangers. N’ayant pas la nationalité française, il n’est même pas possible de postuler à des VIE ou services civiques. Et comme le mentionne le commentaire précédent, en plus d’une limite de temps, il y a une condition de salaire… On peut donc voir des offres intéressantes mais si le critère du salaire n’est pas rempli, il s’agit d’une autre paire de manches.

    Trouver un travail après le diplôme, ce n’est facile pour personne. Mais il y a nettement un avantage pour les Français ? Est-ce injuste ? Je ne dirai pas ça.

    Mais pourquoi ne pas donner plus de temps aux étudiants étrangers ? Il y a une vraie course contre la montre qui stresse plus qu’autre chose…

  2. Ma copine a traversé le même genre d’expérience. Les longues files d’attente à la préfecture, le stress d’avoir oublié l’un des nombreux documents demandés, les entretiens d’embauche pour lesquels une personne anglophone est demandée mais qui n’empêche pas la frilosité des recruteurs. Pour les étrangers qui obtiennent un diplôme en France, il reste une option pour trouver du travail : l’Autorisation Provisoire de Séjour. Cela laisse un an pour trouver après l’obtention du diplôme. Par contre, il est précisé qu’il doit s’agir un emploi en rapport avec la formation et rémunéré à hauteur de 2 247,70 € bruts mensuels. Pas si simple. Pour plus d’infos : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F17319

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