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Shanon N.19 novembre 2019

J’ai quitté ma petite ville pour voir plus grand

J'ai voulu suivre mon rêve en quittant ma petite ville de Troyes. Et ces années loin de chez moi m'ont aidé à me construire, moi et mon futur !

Par Shanon N.19 novembre 2019

J’étouffais à Troyes. Et un beau jour, j’en suis partie. Plusieurs fois même. J’ai 21 ans. Je suis née à Troyes, j’ai grandi à Troyes, et vers 16 ans, on peut clairement dire que j’en avais marre de vivre à Troyes. J’avais de grands projets à réaliser et ce n’était pas possible de les achever ici. J’avais tout planifié dans ma tête : à 18 ans, après mon bac, je partirai dans une grande ville afin de commencer une école de cinéma. J’avais tout prévu pour réaliser mon rêve de travailler en tant que comédienne. Et quelle grande ville visais-je ? Paris, la capitale, évidemment.

À cette époque, je voyais Paris un peu comme on voyait avant l’Amérique, la Terre de tous les possibles. À 18 ans, je suis arrivée avec mes airs de grande personne. L’école d’acting se passait bien, je commençais à me sociabiliser un peu, mais à mon grand étonnement, j’avais beaucoup trop de temps pour moi ! Je n’avais que neuf heures de cours par semaine, ce qui signifie que j’aurais pu trouver un petit job étudiant à côté. Mais à la surprise de mes parents, ce fût une année « cigale ». Oui, la cigale chantait et dansait beaucoup, mais travaillait peu. Et on peut dire que je l’ai payé par la suite, ce surplus de temps que j’aurais dû utiliser à des fins plus intéressantes. À la fin de l’année, je suis revenue sur Troyes, à nouveau chez mes parents.

De cigale, je suis passée à fourmi

Après une année de fête, sans me soucier de l’argent ni de quoi que ce soit, mes parents, qui me poussaient dans mes études et dans la réalisation de mon rêve, m’ont cette fois poussée à avoir un travail. J’ai donc travaillé deux mois sur Troyes, mais j’étouffais à nouveau ici, avec l’impression de ne pas vraiment être à ma place. Je voulais à nouveau partir. C’est ainsi que je me suis retrouvée en Suisse à 19 ans, à travailler dans les montagnes en tant que serveuse. C’était à la base pour une saison d’hiver de quatre mois, j’y suis restée presque un an. Cette année était tout l’inverse de la précédente. De cigale, je suis passée fourmi. Je travaillais plus de 45 heures par semaine et le temps que j’avais auparavant, je n’y pensais même plus ! Je passais mon temps à travailler et même si j’avais quelques amis saisonniers là-bas, mes temps de repos me servaient surtout à repenser à mon chemin de vie. Je ne regrettais pas d’être venue ici, au contraire ; même si j’étais plutôt épuisée physiquement, je savais que c’était nécessaire et surtout bénéfique pour la suite. J’étais passée d’un extrême à l’autre.

À la fin de mon contrat, retour à Troyes. J’appréhendais ce retour et pourtant, j’avais besoin de retrouver le cocon familial. J’avais besoin de retrouver un équilibre, l’équilibre pour lequel je n’étais pas assez mature lors de mon année à Paris et que je n’avais donc pu trouver avant. Je reprenais doucement les castings, les tournages, la danse, le théâtre… toutes les activités que j’avais mises de côté pour ma vie de fêtarde ou pour le travail. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre parfait : je suis en service civique dans la culture, j’ai un travail de quelques heures dans un bar où l’on organise des concerts, je continue de suivre des cours de théâtre et de danse. Je peux subvenir à mes besoins tout en ayant pas mal de temps pour moi et mes passions.

De retour dans ma petite ville, mon cocon

À l’heure où j’écris, ça fait donc un an que je suis de retour dans ma ville natale. Mais je n’ai plus les mêmes sentiments à son propos. Certes, je sais que je vais en partir très prochainement, mais je m’y suis ressourcée, après plus de deux années de vagabondages sans vraiment savoir quoi faire. Partir d’ici, et partir dans un autre pays seule, ne pouvait me faire plus de bien, car même si je n’avais plus de temps pour moi, paradoxalement, je me suis trouvée, et j’étais enfin la personne indépendante que je jurais être trois ans auparavant.

Blandine serait bien restée dans sa petite ville en Vendée. Mais elle a été forcée de poursuivre ses études sur la capitale. Sa vie parisienne l’a convaincue de rentrer dès que possible là où elle a grandi.

Même si j’ai parfois l’impression d’avoir fait un peu tout à l’envers, contrairement à certains de mes potes du lycée qui ont maintenant achevé au minimum leur licence, et qui vont partir en voyage ou que sais-je plus tard à la fin de leurs études, je ne regrette en rien ces années. Ce fût mes choix et ils m’ont permis de réaliser ce que je voulais vraiment être et devenir.

 

Shanon, 21 ans, volontaire en service civique, Troyes

Crédit photo Pexels // CC Daniel Spase

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