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Inès A.14 juin 2019

Alumni des jeunes ambassadeurs de l’engagement associatif 2018, m'impliquer dans le milieu associatif est pour moi aussi important que m'impliquer dans le milieu professionnel. S’engager dans n’importe quel projet nous aide à gagner à maturité et nous créer une expérience hors du commun pour fonder notre avenir. L’année prochaine je serai en DUT GEA (Gestion des Entreprises et des Administrations) option RH en alternance.

J’ai toujours travaillé pour ne pas être une charge pour ma famille

Née dans un milieu défavorisé, j'ai commencé à accumuler les petits boulots dès que j'ai pu. Pour m'offrir l'avenir que je voulais.

Par Inès A.14 juin 2019

J’ai toujours voulu être indépendante. Décider de ce que j’achète. Née dans un milieu défavorisé, je n’ai jamais voulu être une charge en plus pour ma mère. Quand tu vis dans un couple monoparental, forcément, les revenus sont faibles, surtout quand la pension alimentaire n’est pas versée. Ma mère a dû élever quatre filles sans père, en travaillant pour le SMIC dans un centre d’accueil d’urgence pour les SDF (à côté d’eux, on avait tout). Et les allocations ne suffisent absolument pas ! C’est pour ça qu’aujourd’hui, je suis peu dépensière, car on n’a jamais pu l’être. Aussi, le quartier où j’ai grandi m’a appris à vivre à la MacGyver, dans la récup’, mais toujours dans le partage. Toujours offrir ce qu’on a à donner, car même dans les quartiers les plus défavorisés, il y a les pauvres et les très pauvres.

De nature économe, je n’ai donc jamais dépensé sans réfléchir et ça agace mes amies. Mais elles, acheteuse compulsives, regrettent aussi souvent de pas avoir eu ce côté économe et se retrouvent facilement sans argent. Je trouve ça dommage (et débile aussi) de faire du shopping une semaine avant les soldes alors qu’on a un budget limité. Pourquoi pas faire du lèche-vitrine, mais acheter quelque chose qui te coûtera moins cher avec juste un peu de patience, c’est assez compulsif à mon goût.

Mineur, tu n’as pas beaucoup de valeur sur le marché du travail

Je pense que l’une des raisons pour laquelle elles sont dépensières facilement, c’est parce qu’elles n’ont pas conscience de la réelle valeur de l’argent. Tout ce qu’elles possèdent aujourd’hui provient de leurs parents, de leur famille en général, mais c’est jamais le fruit de leur travail. La question qui revient H24 lorsque je dis que je travaille c’est : « COMMENT TU FAIS ? »

Alors là, je vais répondre une bonne fois pour toutes. Il y a différentes manières de trouver un job : le bouche-à-oreille (la base), les sites web (allovoisin, stooties, leboncoin, yoopies, aide au top…), les petites annonces (dans les boulangerie, dans les écoles…), etc.

Après, ce qu’il faut savoir c’est que si tu veux de l’argent, en étant mineur sans expérience, tu n’a pas beaucoup de valeur sur le marché du travail. Il ne faut pas être exigeant, mais toujours s’imposer des limites.

J’ai commencé à travailler quand j’étais en seconde. Au début, c’était trois-quatre heures par semaine. Par contre, en première, j’ai tout donné. Ça pouvait aller jusqu’à 20 heures par semaine. Je travaillais avant d’aller en cours, après les cours, entre les cours, les week-ends et pendant les vacances scolaires. Dès que j’avais cinq minutes, j’en profitais. Il y a différents types de jobs que j’ai faits : babysitting, femme de ménage, cours particuliers, vendeuse, aide administrative, aide aux personnes âgées.

Étudiante, Léa jongle, pour vivre, entre ses aides, un emploi dans un lycée et des heures à l’usine le week-end. Comment étudier sereinement dans ces conditions ?

Il faut toujours postuler, même si tu te dis que tu ne va pas être prise. C’est la vie, tu n’es pas la seule à vouloir travailler. Il ne faut jamais désespérer, car si je l’ai fait en partant de rien, tout le monde peut le faire s’il le veut vraiment. Certes, faire du ménage chez des particuliers n’est pas aussi enrichissant que donner des cours particuliers ou faire du baby-sitting. Ça reste mes plus belle expériences ça. Vraiment, j’adore jouer le rôle de baby-sitter cool et drôle avec qui on ne s’ennuie jamais. Je m’amuse tellement avec les enfants que je fais des heures supplémentaires avec plaisir. Mais je suis sûre que je ne veux pas travailler avec plusieurs enfants, je pense que je serais débordée. Deux-trois enfants max. Mes expériences m’ont d’ailleurs fait comprendre que je ne veux pas en faire mon métier. Vraiment, j’ai eu une majorité de bonnes expériences. Vraiment, je me suis toujours bien entendue avec mes employeurs… Même s’il m’est arrivé de tomber sur des gens malhonnêtes (il faut de tout pour faire un monde).

J’ai directement économisé pour mes études

Ça fait toujours plaisir de pouvoir se payer ce qu’on veut avec l’argent qu’on a eu à la sueur de son front, vraiment, c’est tellement satisfaisant ! Avec mes premières paies, j’ai directement économisé pour mes études et pour mon futur en général. Ce n’est pas un sacrifice. J’aime rarement me faire plaisir sur un coup de tête. Quand je vais vouloir quelque chose, dans ma tête, je vais toujours faire un calcul coût/avantages. Et si les avantages sont supérieurs au coût, à ce moment-là j’achète. Même si ça peut paraître radin ou quoi, mon entourage dit souvent de moi que je suis généreuse et j’en tire une fierté personnelle car je me dis qu’on peut être généreux tout en sachant comment dépenser.

Étudiante à Polytechnique, Léa jongle, pour vivre, entre ses aides, un emploi dans un lycée et des heures à l’usine le week-end. Comment étudier sereinement dans ces conditions ? « Étudiante, je bosse à côté et ça me coûte »

Je sais que ces expériences professionnelles ont contribué à la maturité que j’ai aujourd’hui. Mais il faut savoir ne pas se précipiter, car cela peut causer des dégâts. Il faut toujours peser son temps et bien s’organiser, car on peut être submergé par le travail et ne plus suivre à l’école. C’est ce qui m’est arrivée en première. J’avais une moyenne bien en dessous de mon habitude, mais elle était totalement justifiée par le manque d’implication dans ma vie étudiante. Vraiment, j’ai tout donné pour être bien financièrement et pas pour avoir une bonne moyenne. Encore une fois, le calcul coût/avantages. Une année de première ne sert pas à grand-chose (dans le sens où il n’y a pas de bac à la fin de l’année), donc je pouvais me permettre de faire moins d’efforts et de m’investir dans mon but de faire des économies pour plus tard réussir mes études. Cette année, j’étais en terminale et j’ai continué à travailler, mais seulement les samedis. Et à partir du mois de mai, j’ai tout stoppé pour réviser le bac.  

Je suis heureuse et je ne regrette absolument pas ce que j’ai vécu. Toutes ces expériences professionnelles m’ont énormément apporté, même si je compte bien désormais me consacrer à mes études.

 

Inès, 17 ans, lycéenne, Bordeaux

Crédit photo Pexels // CC Daria Shevtsova 

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1 réaction

  1. Ça me rappelle des récits de plusieurs américaines aujourd’hui très célèbres.
    Je pense que ton avenir est deja tracé. Tu dois penser à la conquête des USA. Tant que tu ne désespères pas.
    Bon courage.