Célia K.18 janvier 2019

Je ne suis pas musulmane, sauf pour ma famille

Élevée en Algérie dans la religion musulmane, Célia a découvert à Paris un autre mode de vie. Aujourd'hui, elle s'est détachée des croyances et de sa culture familiale, ce qui lui pose un conflit de loyauté.

Par Célia K.18 janvier 2019

Einstein croyait « au Dieu de Spinoza qui se révèle dans l’harmonie de tout ce qui existe, non en un Dieu qui se préoccupe du destin et des actions de l’humanité ». Et moi, je crois en quoi ?

Petite, j’ai vécu quelques années en Algérie avant de partir pour l’autre côté de la Méditerranée afin de commencer mes études. J’ai grandi dans une famille plus ou moins religieuse où les traditions et la culture musulmane avaient une grande place. En fait, il n’y avait pas de place pour autre chose.

On apprenait les bases de l’islam et nos yeux se fermaient sur celle-ci, sur des histoires « mythologiques » qui ont du sens lorsqu’on est jeune mais en perdent dès que l’on grandit. Et puis, il y avait les traditions : les hommes et les femmes n’occupaient pas la même place au sein du foyer. Alors quand on était une fille, on suivait maman et on reproduisait ses gestes.

Je ne me posais aucune question. Je pratiquais et m’imprégnais de cette culture.

J’ai mis face à face deux styles de vie

Aujourd’hui, j’habite dans le 3ème arrondissement de Paris, quartier assez bourgeois où la question des religions se résume à l’athéisme. Une ambiance « bobo » à laquelle j’ai fini par m’habituer, alors que mon style de vie n’avait aucun rapport avec celui des copains.

Un déclic a eu lieu quand, il y a deux ans, j’ai retrouvé une amie d’Alger. Elle était mariée à un homme qu’elle n’aimait pas, qu’elle n’avait pas encore vu et avec qui elle dialoguait uniquement par téléphone. Un choc pour moi. Visiblement pas pour elle, puisqu’elle prétend l’aimer aujourd’hui. J’ai directement commencé à comparer ces deux univers et j’ai mis face à face ces deux styles de vie. L’un était dicté par la religion, l’autre par la modernité et l’ouverture.

À Paris, rien n’empêche personne de fumer, boire, sortir ou encore fréquenter un garçon. Des manières de vivre totalement différentes des miennes en Algérie, et auxquelles j’ai eu envie de céder de plus en plus.

Quand on commence à boire ou à fumer jeune, certains disent qu’on profite de notre jeunesse, d’autres que ce sont des conneries d’ados. Moi, ce que j’en pensais ? C’était que, connerie ou pas, j’avais envie de goûter à cette liberté.

Cela m’a amenée à me poser des questions, notamment sur la religion et l’existence de Dieu. Est-ce que je croyais vraiment en tout ça ou est-ce que je suivais juste mes parents ? Pourquoi tant d’interdictions dans ma religion ? Pourquoi pas dans celles des autres ? Et surtout, pourquoi j’avais tant envie d’essayer toutes ces choses ?

Rien ne m’empêche de croire en ce que je veux

Alors je me suis renseignée et me suis éloignée de la religion. J’ai arrêté de faire le ramadan, j’ai même goûté au porc, j’ai continué à boire, j’ai même fumé de la weed. Plus je me cultive, moins j’ai de foi. Je suis heureuse de savoir que je suis en fait une personne à part entière et que rien ne m’empêche de croire en ce que je veux.

Et il est évident que personne dans ma famille n’est au courant. Ça doit être la première fois que je me livre à ce sujet. Je n’arrive pas à en parler car je me sens coupable et je sais que ma famille n’accepterait aucunement ce choix de l’athéisme. Ce mensonge m’éloigne d’elle.

Pour Alice c’est l’inverse : elle voudrait se convertir à l’Islam, mais ça ne plait pas à sa mère… « Mon choix religieux creuse un fossé entre ma mère et moi »

Je voudrais le dire à ma mère, mais rien que le fait que mon ancien petit copain soit juif posait problème : « J’assisterai pas à ton mariage si ton mari n’est pas musulman. » Des paroles crues, difficiles à avaler en 2019. Du moins, pour moi, enfant de la nouvelle génération, enfant de la France, pays où la liberté d’expression prime. Qui serait d’accord pour que sa mère n’assiste pas à son mariage, parce que son conjoint est d’une autre confession ? Pas moi.

Devant mes parents, je fais semblant…

Malgré tout, je me sens de plus en plus mal de mentir, de rentrer chez moi défoncée, bourrée, d’assister à des coupures du jeûne alors que je n’ai pas jeûné. Alors, j’ai essayé de me replonger dans la religion, de lire le Coran, de le comprendre. Mais rien. J’ai plus l’impression de faire plaisir à ma mère en faisant tout ça que de me faire plaisir à moi… Qu’a-t-elle fait pour que son enfant ne suive pas ses règles ? Qu’il prenne un tout autre chemin ? Je ressens de la peine pour elle, car je sais à quel point ça lui ferait du mal de savoir que je n’ai pas du tout adopté les mêmes convictions qu’elle.

La religion peut devenir un frein dans une relation, car la foi peut vite dépasser l’amour. Combien de personnes ont dû quitter leur amour car la religion les en empêchait ? Combien de personnes ne parlent plus à leur famille ? Triste réalité à laquelle je n’ai pas envie de participer. Alors devant mes parents, je fais semblant… C’est la seule solution que j’ai trouvée pour l’instant, car je ne veux pas rompre les liens.

 

Célia, 19 ans, volontaire en service civique, Paris

Crédit photo © Diaphana Films // Persepolis (film 2007) 

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4 réactions

  1. Tu te cherches et c’est difficile, parfois dangereux. Il est bien plus confortable de s’appuyer sur des règles qu’on ne cherche même pas à comprendre.
    Mais pour devenir un être humain digne de ce nom, il faut d’abord être soi-même.
    Je te souhaite courage et bonne chance dans ta quête. Puisses-tu t’épanouir pleinement.

  2. Revenir ivre chez soi et se vanter d’avoir goûté à la drogue n’est pas une fierté ni un exemple à citer pour les autres jeunes. Il faut arrêter de banaliser ce genre de comportement.
    De plus au Maghreb de ce n’est pas rare de voir des jeunes qui fument et qui boivent. Arrêter de faire passer les pays du Maghreb pour des pays d’intégriste ( ce n’est pas l’Arabie saoudite).

  3. @Sabine : ce n’est pas une fierté pour vous, mais moi en tant que trentenaire je ne serai pas la femme que je suis sans être passée par ces expériences, et j’en suis fière, désolée! Vous n’aimez pas ces choses, pour d’autres elles restent des souvenirs de jeunesse impérissables,dont on est au contraire fier et heureux.

  4. Vous êtes en face d’un dilemme et nous qui avons grandi ici nous en savons quelque chose. L’infleunce de l’école occidentale a été fatale pour vous. Le seul conseil que j’ai à vous donner est de retourner à vos racines. Dans ce monde occidental, tout est vanité sachez-le.