Mina4 janvier 2019

Je suis devenue mère à 14 ans

À 14 ans, habitant dans un campement Roms, Mina est tombée enceinte. Avec le père lui-même âgé de 16 ans, mais contre l'avis de leurs parents, ils ont choisi de garder l'enfant et de l'élever ensemble.

Par Mina4 janvier 2019

Je suis devenue mature le jour où j’ai appris que j’allais devenir maman, à l’âge de 14 ans. Le papa avait 16 ans quand je lui ai annoncé. On savait que ça allait être dur pour nous, qu’on était encore des enfants et nos parents ne voulaient pas qu’on le garde. Ils voulaient que j’avorte, disaient que ce n’était pas possible de le garder, qu’on était trop jeunes et pas capables de le faire grandir. Nous, on n’était pas d’accord avec cette idée. On savait que c’était beaucoup de responsabilités, mais on ne voulait pas tuer un enfant. On a décidé de le garder.

Quand l’enfant est né, c’est vrai que c’était très compliqué, plus compliqué que ce qu’on imaginait. On habitait dans un Platz [un camp], on n’avait pas l’eau. Y avait ni lumière ni chauffage. On a ramassé un grand bidon pour chauffer au bois. On habitait tous les trois avec son père à lui et ses deux sœurs. J’ai appris à m’occuper du bébé. On faisait la manche pour acheter à manger pour le bébé. Je l’emmenais avec moi. Je le faisais dans le métro parce qu’il n’y a pas beaucoup de police, alors que devant un magasin, c’est dangereux. Les gens te voient, la police passe. C’est compliqué.

On s’est dit qu’il fallait trouver une solution. Tout le monde nous disait d’appeler le 115, d’aller voir les associations, parce qu’on était tous les deux mineurs. Son père nous aidait. Moi, ma famille était en Roumanie. Alors un jour, on a décidé d’essayer. Mais comme on était mineurs, l’association a juste trouvé comme solution un placement pour moi et mon enfant dans un foyer à 500 kilomètres de Paris. On n’était pas d’accord, parce qu’il fallait se séparer de son papa. Quand on a refusé, l’association a voulu enlever ma fille et la mettre dans un foyer. Mais les règles, c’est pas pour nous. On veut pas dépendre de quelqu’un d’autre. Alors on est partis.

Les policiers m’ont retrouvée, ils ont voulu prendre mon enfant

Le lendemain, la police nous a cherchés, pour prendre l’enfant. C’était à côté du Secours Catholique, on avait donné leur adresse à l’assistante sociale. Nous, on était partis dans un autre bidonville. Comme les policiers nous ont pas trouvés là-bas, ils sont venus au Platz de Noisy. Ils m’ont retrouvée, ils ont voulu prendre mon enfant. Le papa est arrivé, il l’a attrapé et a couru avec ! Il a couru deux villages ! Et la police les as pas retrouvés. Après, on est restés discrets. On a recommencé à faire la manche, car l’association ne nous avait pas aidés financièrement. Ils voulaient juste un placement. On a décidé d’arrêter les démarches avec l’asso. On n’avait pas l’AME ou la sécurité sociale, donc on ne pouvait pas emmener l’enfant chez le médecin. C’est là qu’on est devenus complètement matures.

C’était trop compliqué pour son papa de s’occuper du bébé. Je le voyais sur son visage. Je lui ai dit de prendre son temps. Alors je suis allée vivre chez mes parents, qui étaient revenus en France quand ma fille avait un an et demi. Ma fille a grandi. Elle a trois ans, elle va à l’école. Moi, j’ai arrêté de faire la manche.

À 18 ans, avec le papa, on a eu un hôtel par le 115, et je me suis inscrite à Romcivic. Là, j’ai une vie normale. J’aurais voulu grandir plus vite parce que dans ma tête j’étais prête, mais pas pour les autres.

 

Mina, 19 ans, volontaire en service civique, Noisy-le-Grand

Crédit photo © Twentieth Century Fox France // Juno (film de Jason Reitman, 2007)

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