Djeneba A.22 février 2018

Je vais apprendre à vivre en France sans ma famille

Battue par sa mère au Mali, Djeneba a demandé à son père de partir étudier en France. Elle y a rejoint sa soeur, qui ne l'a pas franchement accueillie à bras ouverts...

Par Djeneba A.22 février 2018

J’ai grandi au Mali. Je suis venue en France il y a cinq mois, parce que ma mère me frappait tout le temps. Si je sortais avec des copines, quand je rentrais, elle me frappait. J’ai beaucoup de cicatrices sur la peau. Elle voulait me forcer à épouser mon cousin. Il a 20 ans, moi 15. Mon père n’était pas d’accord, mais ça n’a pas empêché ma mère de poursuivre. Elle est allée jusqu’à me mettre un implant contraceptif dans le bras. Elle a menacé de me frapper si je le disais à mon père.

Je n’ai aucun souvenir heureux avec elle. Elle n’a fait que me frapper. Elle pensait que c’était la meilleure solution pour me changer. Mon père, lui, disait qu’il valait mieux me donner des conseils. Elle frappait aussi mes frères et sœurs, mais moins que moi. Pour moi, c’était toujours plus souvent, toujours plus fort. Je me demande ce que j’ai fait pour en arriver là.

J’ai demandé à mon père de me faire la promesse que lorsque j’obtiendrai mon brevet, il me ferait partir en France pour continuer mes études. Il a trouvé que c’était une bonne idée. J’ai donc rejoint ma grande sœur qui vit à Paris depuis 4 ou 5 ans.

Esclave chez ma soeur

Mais quand je suis arrivée chez elle, elle m’a traitée comme son esclave. Je devais tout faire : la cuisine, la lessive, la vaisselle. Elle partait travailler toute la journée, elle ne revenait que tard dans la nuit. Elle trouvait tout en ordre, mangeait et se couchait. Elle ne demandait pas comment j’allais. Je ne sais pas ce qu’elle fait comme travail, elle n’a pas voulu me dire. Je lui ai dit que c’était bientôt la rentrée des classes, que j’aimerais qu’elle m’inscrive à l’école. Elle m’a répondu qu’elle n’était pas mon père ni ma mère, qu’elle n’a pas le temps pour ça. J’étais en colère, parce que je suis venue en France pour continuer mes études.

Un jour, elle me propose de sortir pour faire des courses au marché. Là je rencontre une femme de mon pays, on parle, je l’aide à porter ses sacs jusqu’à l’arrêt du tram, on échange nos numéros. Sur le moment, je n’ose pas lui raconter ce que je vis avec ma sœur, parce que j’ai un peu honte. Mais, le lendemain, je l’appelle et je lui raconte tout. La dame se renseigne. Elle me rappelle pour me parler d’une association qui aide les enfants.

Ma vie, c’est en France

Le jour d’après, je prends toutes mes affaires et j’y vais. Ils m’amènent au commissariat. Les policiers m’interrogent et appellent ma sœur pour la prévenir que je suis sortie de chez elle sans son autorisation. Elle répond qu’elle est bien contente que je sois partie. Elle ne veut pas de moi chez elle. La police me dépose dans un foyer d’urgence où je passe la nuit.

Le lendemain, ils m’amènent à l’Aide Sociale à l’Enfance. Depuis ce jour, je vis dans un foyer avec d’autres jeunes qui ont eu des problèmes avec leurs parents. J’ai fait ma rentrée dans une classe de troisième. Je suis contente. C’est exactement pour cette raison que je suis venue en France. Et je vois que je peux m’en sortir sans ma sœur, ça me soulage, je me sens plus libre.

Bakalaye aussi ça lui a fait du bien d’intégrer un foyer. Lui qui ne faisait que traîner dans le quartier, pour fuir sa maison. Le foyer, ça l’a calmé.

Au Mali, la vie continue. Mon père travaille. Ma mère vend des wax et des parfums, elle installe sa boutique devant la porte de la maison. Je crois que je vais apprendre à vivre sans ma famille. Même si c’est vrai qu’elle me manque, je vais rester ici pour construire ma vie. Pendant les vacances, j’irai peut-être les voir quelques semaines. Je sais que ma mère se sent mieux quand je suis loin d’elle. Elle fait de la tension et quand je suis là, elle s’énerve, c’est mauvais pour sa santé. Et pour moi aussi, je crois que c’est mieux. Je préfère ne plus vivre là-bas.

 

Djeneba, 15 ans, collégienne, Paris

Crédit photo Flickr // CC DFID – UK Department for International Development

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3 réactions

  1. Je suis très triste , on ne doit jamais faire du mal aux enfants.
    Cette sincérité, cette maturité et je suppose cette honnêteté mérite le dévouement d’une personne pour donner une chance dans la vie de cette demoiselle.
    Grosse responsabilité !!!!

  2. Thanks a lot for the post.Really thank you! Much obliged.

  3. On espère vraiment que tu vas t’en sortir !

    Bon courage !