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Anaïs H.15 juillet 2020

Cigarette électronique : la Juul est en train de m’enfumer

Je n'ai jamais été attirée par la cigarette mais, depuis peu, j'ai envie d'acheter une Juul. Son accessibilité et sa popularité chez mes copines me poussent à franchir le pas.

Par Anaïs H.15 juillet 2020

Récemment, une sorte de déclic s’est déclenchée dans mon cerveau. Depuis petite, je ne me suis jamais dirigée vers l’alcool et la cigarette et, même quand on m’incitait à le faire, je refusais catégoriquement. Et même si ce genre de choses me dérangent beaucoup, je n’ai pas eu de mal à m’intégrer et à faire partie d’un groupe de fumeurs malgré le fait que je ne fumais pas.

Pour moi, ça n’a jamais été envisageable de fumer ou même de respirer la fumée des cigarettes de mes amis. C’est comme ça que j’ai grandi, que j’ai été éduquée, c’est ce que mes parents m’ont toujours interdit et appris à ne pas prendre. Ça a l’air bizarre dit comme ça, mais, rien que l’odeur me dégoûtait jusqu’à récemment. Mais, à force, je me suis habituée et j’ai normalisé le geste et l’odeur, jusqu’à presque me poser la question : « Pourquoi je n’essayerais pas moi aussi ? Après tout, si tout le monde le fait, c’est que ça doit être agréable et pas si grave que ce qu’on dit. »

La Juul a un aspect et une réputation cool et séduisants

Selon moi, cette envie vient surtout de la pression sociale, du regard des gens et de leur impact sur moi. Je n’ai jamais voulu me démarquer particulièrement des autres ou appartenir à un « simple groupe » et devenir banale. Devant mes amis fumeurs, ça ne me dérangeait pas de ne pas faire comme eux.

Voilà deux ans que la cigarette électronique s’impose et séduit énormément de jeunes Américains, parfois mineurs. Dix-huit académies scolaires américaines ont porté plainte contre la marque Juul, accusée d’avoir crée une épidémie de vaping.

Mais, même si cette idée me trotte dans la tête depuis un bon bout de temps, je connais les conséquences de la cigarette classique. Sauf que, depuis peu, mes amis ne fument plus la cigarette normale mais une nouvelle invention qui ressemble à une clé USB et qui cible plus les jeunes de mon âge : la Juul. C’est presque un accessoire de mode et ça m’attire encore plus. Même moi, qui ne trouve pas ça esthétique, une cigarette suspendue aux lèvres de quelqu’un, le design de la cigarette électronique sonne classe et distinguée. Il donne surtout un aspect et une réputation cool et séduisants dans certains établissements comme le mien.

En plus de tout ça, c’est assez accessible et facile à trouver. C’est certes plus cher qu’un paquet de cigarettes classiques mais c’est un objet qui dure dans le temps, qui se recharge et qui coûte moins de 50 euros… Et les vendeurs peuvent en vendre sans soucis même à des mineurs, qui en sont les plus grands consommateurs. Après tout, c’est juste du business.

Avoir une image plus attirante me tourne en boucle dans la tête

Dans mon collège-lycée c’est le cas : pas forcément dans les classes de troisième, mais plutôt en seconde ou en première. Les classes des gens que je fréquente. L’âge et la mentalité ne sont pas les mêmes chez mes camarades de troisième et chez mes amis. Ça fait que je suis quasiment la seule à avoir envie d’acheter une Juul dans toutes les classes de troisième de mon école.

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Alors, l’idée de faire comme tout le monde et d’avoir une image plus attirante dans le même temps me tourne en boucle dans le crâne. À force de voir toutes mes copines avec une Juul dans la main et de voir l’image qu’elles renvoient – beauté, classe, indépendance et rébellion –, ça me pousse à me poser la question : devrais-je en acheter une ou pas ? Même si j’ai conscience des risques que ça comporte.

Ce n’est pas forcément pour « m’intégrer » que j’ai envie de m’y mettre, puisque je fais déjà partie de ce groupe et que je fréquente les gens qui utilisent une Juul. C’est plutôt pour leur ressembler.

 

Anaïs, 14 ans, collégienne, Neuilly-sur-Seine

Crédit photo Unsplash // Kirill Balobanov

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